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Réacteurs nucléaires à l'arrêt : ces responsabilités très politiques de l'automne noir d'EDF

En empêchant le renouvellement de certaines des centrales les plus âgées du parc nucléaire français, les écologistes ont bloqué partiellement sa modernisation. Pour autant, le parc nucléaire français demeure l'un des plus sûrs au monde.

Energie

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Réacteurs nucléaires à l'arrêt : ces responsabilités très politiques de l'automne noir d'EDF

Au-delà de ce seul aspect vétusté du parc nucléaire français, la véritable question est celle de sa sûreté. Or, la sécurité, dans le cadre du nucléaire en France, fait l'objet de contrôles très serrés de la part de l'ASN. Crédit REUTERS/Stephane Mahe

Atlantico : Mardi soir, à la suite d'une publication de Challenges, EDF a fait l'annonce de la fermeture de 5 de ses réacteurs nucléaires. Sept autres réacteurs du groupe sont actuellement à l'arrêt pour les mêmes raisons, à la suite des prescriptions de l'ASN. Qu'est-ce que cela traduit de l'état de vétusté du parc nucléaire français ? Que faut-il y lire en matière de sécurité ?

Stephan Silvestre : Le motif invoqué dans le cadre de la fermeture de ces cinq centrales, c'est effectivement celui de la vétusté, ainsi que celui d'incidents répétitifs.

Le parc nucléaire a été installé dans les années 1960 pour les premiers essais expérimentaux et réellement déployé à partir des années 1970 et 1980.

Cela a continué jusque dans les années 1990. Dans les faits, en moyenne, le parc nucléaire français est donc âgé entre 40 et 50 ans. Par conséquent, il est indéniable que les centrales en elles-mêmes soient âgées. Au sein de ces centrales, toutes les installations ne sont d'ailleurs pas homogènes. Certaines sont plus récentes que d'autres. Beaucoup ont été rénovées. Les révisions décennales sont systématiques et donnent lieu à des travaux de maintenance. Le degré d'obsolescence varie donc selon les organes et les centrales. Une grande partie du parc demeure très performante, puisque les opérations de maintenances continuent d'être réalisées au fur et à mesure. Elles ne disposent peut-être pas toujours des équipements derniers cris que l'on retrouve sur les EPR, mais elles restent on ne peut plus sûre.

Car, au-delà de ce seul aspect vétusté du parc nucléaire français, la véritable question est celle de sa sûreté. Or, la sécurité, dans le cadre du nucléaire en France, fait l'objet de contrôles très serrés de la part de l'ASN (Autorité de sûreté nucléaire). Ces contrôles ont évidemment été renforcés après la catastrophe de Fukushima. Les normes qui ont été imposées ensuite ont réhaussé le niveau d'exigence. L'intégralité des incidents est répertoriée et classifiée selon une échelle de gradation très précise. Elle va de 1 à 7 et fait l'objet de distorsion : on arrive assez rapidement à des niveaux élevés mais la dangerosité n'est réelle qu'à partir des trois derniers niveaux (5-6-7). Les niveaux précédents sont extrêmement codifiés et ne présentent pas matière à s'inquiéter réellement. Un incident de niveau 3 est susceptible d'arriver sur n'importe quel site industriel et donne lieu, comme partout, au remplacement ou à la réparation d'une pièce au sein de la centrale. Ces répertoires permettent notamment de constater les incidents les plus répétitifs, ceux qui sont susceptibles de soulever des questions sur la pertinence de l'entretien de certains des réacteurs.

Le parc nucléaire français est vétuste, indéniablement. Pour autant, il est extrêmement sûr : il compte même parmi les plus sûrs au monde, avec celui des États-Unis. La transparence et l'indépendance de l'ASN constituent un facteur essentiel. Le niveau de sûreté en France est l'un des plus élevés, nettement plus élevé que dans la majorité des autres parcs de grands pays du nucléaire comme la Russie ou la Corée. L'ASN dispose d'un niveau de contrôle et de protocole particulièrement sévère. Il est probablement le plus sévère au monde, seulement secondé par celui de son homologue américain. Cette surveillance donne lieu à une fréquence élevée des contrôles et comprend également de nombreux contrôles inopinés. En outre, cette sévérité se manifeste à la fois en amont et en aval de la conception de la centrale : lors de la réalisation de l'EPR, l'ASN procède à des audits et des contrôles très serrés. En aval, il faut rappeler qu'il existe des contrôles tous les 18 mois, en plus des interventions décennales déjà évoquées qui provoquent l'arrêt total de la centrale pendant plusieurs mois, pour tout revoir de A à Z.

 
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  • Par Deneziere - 20/10/2016 - 08:31 - Signaler un abus Sait-on seulement démanteler une centrale ?

    Article assez convaincant avec un bémol. On n'a jamais démantelè de centrale nucléaire. On ne sait pas combien ça coûte. On ne sait pas concrtement quel est le résultat in fine. On sait juste qu'on a essayé d' en démanteler une: Brennilis. On a commencé il y a 20 ans, et on y est encore.

  • Par essentimo - 20/10/2016 - 09:52 - Signaler un abus Où trouvera-t-on

    le carburant pour faire rouler TOUTES les voitures électriques tellement prônées par les mêmes qui veulent démanteler le nucléaire ?

  • Par vangog - 20/10/2016 - 11:38 - Signaler un abus Les ecolo-reactionnaires ont gagné!

    Grâce à eux et à leur activisme politique vis à vis des plus faibles, la France a pris du retard en tout...beaucoup de retard! Constructions de places de prison avortées, 10 projets d'EPR torpillés, désindustrialisation massive et accélérée, lois débiles détruisant les fondements societaux, justice et éducation détruits de l'intérieur, soumission mortelle aux pétrole et gaz Wahabites et Algériens...l'écologie de salon rose de la poissonnière Duflot plombe l'avenir, menace gravement l'indépendance française et entraîne le déclin rapide de la France...

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Stephan Silvestre

Stephan Silvestre est ingénieur en optique physique et docteur en sciences économiques. Il est professeur à la Paris School of Business, membre de la chaire des risques énergétiques.

Il est le co-auteur de Perspectives énergétiques (2013, Ellipses) et de Gaz naturel : la nouvelle donne ?(2016, PUF).

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