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Suavemente

Publié le 11 août 2011

Avec Raul Castro, Cuba avance
à petit pas vers le... XXe siècle !

Michael E. Parmy, l’ancien représentant des Etats-Unis à Cuba, voit dans la condamnation d’Alan Gross à 15 ans de prison pour avoir tenté de répandre internet sur l’île et les dernières promesses de Raul en faveur du commerce et des séjours hors de l'île, un signe d’ouverture contraint et très prudent.

 
Raul Castro

Raul Castro Crédit Reuters

La Cour suprême cubaine a confirmé le 5 août dernier une condamnation à 15 ans de prison contre l’entrepreneur américain Alan Gross. Son “crime”: Avoir osé apporter une mince connexion à internet à un pays -Cuba- qui reste dans les derniers pays de l’Occident en terme de connexions. Alain Gross, 62 ans, dont plusieurs membres de la famille souffrent d' une santé fragile, pourrait recevoir une grâce extrajudiciaire du président Raul Castro, mais de tels gestes sont rarissimes à Cuba.


La condamnation a été confirmée pour des raisons bien plus légales que symboliques. Il était important d’envoyer un message ferme - à l’étranger, mais aussi à l’intérieur de l’île. Longtemps, le gouvernement a lutté contre la promotion de la démocratie en provenance de l’étranger, en mettant en cause “l’ingérence dans les affaires internes cubaines”. De tels programmes viennent d’abord des Etats-Unis, mais aussi d’autres pays, d’autres ONG d’Europe et d’Amérique du sud.

Raul n'est pas devenu capitaliste, il a compris que le système était inadéquat

La répression et les vagues d’arrestations de dissidents, balaient régulièrement l’île, et il est commun de lier ces dissidents avec des intérêts étrangers - que ces allégations soient vraies ou imaginaires. Ces dernières années, rien n’a plus énervé les autorités à la Havane que l’inexorable croissance des nouveaux média. Le fait est que l’utilisation d’internet, qu’elle soit officielle ou “illégale”, n’a cessé de s’étendre depuis des années. L’intérêt parmi les Cubains, les jeunes en particulier, dans les réseaux sociaux, a crû rapidement.


Les autorités cubaines elles-mêmes, ont reconnu le désir de la population, fixant leur propre câble de connexion internet au Venezuela. Cependant, La Havane a toujours maintenu un stricte contrôle sur toutes les formes de communication avec le monde extérieur. Le crime sont on accuse Alain Gross fut d’oser penser que Cuba entrait dans le XXe siècle (avant même le XXIe).

Avant que le verdict de l’appel ne soit rendu, la plus grosse nouvelle de ces derniers mois en provenance de l’île a été le débat entre fin juillet et début août à l’Assemblée nationale de Cuba. Raul Castro a proposé des réformes économiques, dont le droit de vendre sa voiture ou sa maison, ainsi que les possibilités d’ouvrir un commerce privé sous certaines conditions. Cette évolution dans le sens de la réforme n’est pas dû au fait que Raul et ses collègues se soient soudainement convertis au capitalisme. L’économie cubaine est un tel bourbier - l’île importe 80% de sa consommation en produits agricoles pour nourrir sa population- que, de son propre aveu, cela n’a pas laissé d’autre choix au pouvoir cubain.

Longtemps dépendante de ses propres “papas gâteau”,  l'Union soviétique d’abord, puis le Venezuela de Chavez - Cuba estime aujourd’hui qu’elle doit de plus en plus faire cavalier seul. Et, nonobstant une forte rhétorique qui prône le contraire, le modèle socialiste a juste été inadéquate. Le frère de Raul, le charismatique Fidel, l’a lui-même confessé dans de récents communiqués...

Dans les faits, la dernière session de l’Assemblée fut classique pour Cuba la communiste. Elle a été caractérisée -spécialement sous Raul - par une prétendue candeur : “on ne va pas si bien”, “les Cubains doivent travailler plus et se discipliner davantage” ; mais aussi par des encouragements - “l’économie cubaine revient”. Le point le plus important de cette session fut la prudence de Raul et le désir de bureaucratisation. Oui, on dit que les réformes sont en route, mais on fait le parcours avec extrêmement de soin et de prudence : une “Commission permanente de mise en œuvre et de développement” de l’Assemblée nationale a été créée pour, selon Raul, “superviser le processus d'adaptation du modèle économique qui propose, à court terme, l’introduction de changements spécifiques dans différentes sphères de la vie économique, afin de projeter la conception théorique compréhensive de l’économie cubaine socialiste qui... aura recourt à plus de temps et d’efforts”. Pour faire court : ça n’est pas pour demain ! Fréquemment, dans les pays occidentaux, les dirigeants traitent (lire : fuient) les problèmes insolubles en créant des commissions. Cuba apprend vite. Très vite.
 

Les Cubains ne veulent pas quitter leur île définitivement

Il y avait un motif de bonne nouvelles dans le discours de clôture de Raul à la session d’été de l’Assemblé nationale. En prenant une suggestion discrète issue du Congrès du Parti communiste en avril de cette année, qui proposait “l’étude d’une politique qui pourrait rendre plus facile la possibilité de voyager à l’étranger pour les Cubains en tant que touristes”, Raul a fini sa remarque le 1er août en rappelant que le gouvernement est “en train de travailler sur l’actualisation de la politique d’émigration en vigueur” Il a expliqué que “nous sommes en train d’accomplir ce pas comme une contribution pour améliorer le lien entre la nation et la communauté émigrée”. Il est difficile d’exagérer l’impact de changement dans les règles sur les allées et venues de l'île représenterait dans l'esprit de chaque Cubain. C'est un truisme de dire que «Cuba est une île», mais plus que l’énoncé d'un fait géographique, une telle description a de profondes implications psychologiques sur la manière dont les Cubains se voient eux-mêmes. Les Cubains se considèrent comme autonomes et seuls. Ils VEULENT interagir avec les autres, alors même qu'ils cherchent à préserver leur propre identité. Les données scientifiques sont difficiles à trouver pour le prouver. Mais de nombreuses preuves anecdotiques démontrent l’intérêt d’une grande majorité des Cubains à ne pas vouloir quitter Cuba pour de bon - leur identification avec l'île est trop forte pour cela - mais plutôt, pour être en mesure de quitter l'île pour un temps indéterminé -pour le moment.


S'il y a une chose que l'actuel gouvernement cubain a gardé de sa population, c'est la capacité de contrôler leur vie. Le gouvernement, par son verdict sur Alan Gross, montre qu'il n'est pas encore suffisamment en confiance pour laisser les gens penser par eux-mêmes (à défaut, bien sûr, de réaliser que les Cubains donnent déjà libre cours à ce que leurs rêves pourraient être, ou peut-être, est-ce cette réalisation qui a poussé Raul à poursuivre les réformes économiques qu'il mène actuellement, afin d'ouvrir «juste assez» la valve de pression sur sa population). Si le gouvernement fait bien sur les annonces de Raul de réformer les règles de départ et de retour, cependant, même pour une partie seulement de la population cubaine, il aura mis en place la mesure ultime de la liberté pour le Cubain moyen. Les conséquences d'une telle démarche sont incalculables.

 

 
Commentaires

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  • Par LeditGaga - 11/08/2011 - 14:22 - Signaler un abus Tant mieux

    A tout prendre, on peut préférer un pays en pleine progression vers un "XXe" siècle moderne, à un pays en pleine régression, surtout intellectuelle, comme le nôtre ! Nous serons bientôt retournés au XIVe siècle, j'en veux pour preuve les seules émissions de "télé-réalité" qui nous montrent des intervenants loin de nos lumières d'antan !

Michael E. Parmly

Michael E. Parmly a fait carrière au sein du département d'Etat américain. Il a notamment été chef de mission de la Section des Intérêts des États-Unis à Cuba de 2005 à 2008. Il est actuellement conseiller du ministre des Affaires étrangères du Kosovo.

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