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Rapport Notat-Sénard : l’étrange défaite du capitalisme français

Le rapport Notat-Sénard, remis au gouvernement le 9 mars, marque une étape importante dans le combat mené par différents courants de pensée contre le capitalisme, entendu ici comme la propriété privée des moyens de production et la liberté du marché. Par Jean-Charles Simon, candidat à la présidence du Medef.

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Rapport Notat-Sénard : l’étrange défaite du capitalisme français

A l’origine de cette lutte post-marxiste, il y a la recherche d’une critique alternative du capitalisme, qui ne passe plus par la remise en cause de la propriété privée des moyens de production, mais par la limitation de ses degrés de liberté. Si l’associé ou l’actionnaire ne sont plus congédiés, car on doit s’accommoder du besoin de leur apport en capital qu’il serait contreproductif de confisquer, il faut circonscrire leurs droits, leur lier les mains pour qu’ils perdent leur pouvoir exclusif sur l’entreprise.

Plusieurs narratifs auront été mobilisés pendant de longues années pour mener ce travail de sape qui conduit aujourd’hui à la remise en cause de la liberté et du pouvoir des associés d’une société dans le code civil. On en trouve une forme de compilation dans le rapport précité. Il y a par exemple une dénonciation récurrente du « modèle anglo-saxon » - sans que jamais les performances de celui-ci soient d’ailleurs commentées. Il y a aussi l’évocation d’attentes nouvelles à l’égard de l’entreprise… exprimées d’abord par ceux-là mêmes qui la critiquent pour en faire état. Il y a l’implication supposée de ce modèle économique dans les problématiques environnementales, sans là encore la moindre démonstration sérieuse d’une causalité avec le mode de gouvernance des entreprises. Il y a bien sûr la dénonciation du court-terme et de la financiarisation, sans que soient distingués ce qui relève de l’exercice du pouvoir des actionnaires ou par exemple de la cotation des titres sur un marché, et surtout sans que ces reproches soient étayés par la mise en évidence de défaillances économiques ou sociales particulières.

L’entreprise est ainsi sommée d’évoluer. Le coupable désigné, c’est la communauté des associés ou des actionnaires qui ne viserait que le profit. Et cette recherche du profit serait forcément nuisible au bien-être collectif. Ce sont les deux présupposés fondamentaux, sans aucun support scientifique, de cette chasse au pouvoir et à la liberté des associés. Elle permet à ceux qui sont à l’œuvre de convoquer une entité distincte de la société commerciale et de la propriété de son capital en considérant qu’une entreprise est autre chose. Un bien supérieur ayant certes comme support juridique une société mais dépassant sa basse dimension matérialiste pour atteindre une sorte d’état gazeux où l’on fait rentrer des « parties prenantes ».

Cette notion est essentielle à la manœuvre de dépossession symbolique des propriétaires du capital. Alors qu’ils étaient a priori libres de mettre en commun leurs apports puis de les céder en tout ou partie, voilà que leur œuvre leur échappe pour faire immédiatement naître un concept englobant des droits nouveaux qu’auraient sur leur création ou leur possession différents acteurs : les salariés, les clients, les fournisseurs et même la société tout entière. Et ces droits ne s’arrêtent pas aux contrats qui les concernent ou à la mise en jeu éventuelle de la responsabilité de l’entreprise, ce qui la laisserait pleinement dans les mains des actionnaires. Non, ces droits vont bien plus loin dans l’esprit de leurs promoteurs : ils viennent contester ceux des associés dans la marche et le destin de l’entreprise. C’est bien de la sorte une remise en cause du droit de propriété, puisque celui-ci n’est plus souverain sur son champ, mais doit faire avec les attentes et prétentions de ces fameuses parties prenantes. Ainsi, alors que le contrat de travail est censé prévoir son propre équilibre de droits et de devoirs, on l’investit d’une dimension non écrite immanente, celle qui donnerait au salarié un droit concurrent de celui des actionnaires sur le contrôle de l’entreprise. Ces derniers voudraient-ils par exemple arrêter tel investissement, telle activité, céder tel bout ou la totalité de leur société, voire la faire s’éteindre, comme leurs statuts en prévoient d’ailleurs toujours la possibilité ? Pourraient-ils faire tout cela dès lors qu’ils respectent chaque contrat avec ces « parties prenantes » ? Eh bien non, nous disent les nouveaux censeurs. Les élus politiques, les salariés ou les prestataires seraient en quelque sorte en droit de sommer les associés de poursuivre l’activité en cours, de la faire subsister sur un chemin différent de celui qu’ils avaient choisi.

 
Commentaires

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  • Par Ganesha - 19/03/2018 - 09:03 - Signaler un abus Réincarné en crapaud ou en limace ?

    Horreur, enfer et damnation ! Les ''papys-Tarzan'' d'Atlantico, fervents défenseurs du Libéralisme, vont entrer en convulsions ! Pensez-donc : une entreprise rentable ne pourra plus se délocaliser en Pologne, pour augmenter ses dividendes ! Une autre, qui s'enrichit magnifiquement en produisant des milliers de tonnes de pesticides cancérogènes, sera obligée de se reconvertir ! On marche sur la tête ! Un conseil, cependant : vous avez tellement peur, dans une prochaine vie, d'être réincarné en crapaud ou en limace, que vous supportez stoïquement de vous enfoncer dans le quatrième âge. Mais vous ne devriez pas trop vous acharner : le Capitalisme financier a atteint un état de dérive tellement répugnant que sa fin est désormais proche et inéluctable !

  • Par vangog - 19/03/2018 - 10:24 - Signaler un abus La soviétisation de l’économie?...on y marche, direct!

    Le socîalisme avait réussi à capter les forces vives de toutes une nation pour les canaliser à son seul profit. Avec Macrouille, socialiste démasqué, le communisme, victoire ultime du socialisme, est en voie de parachèvement! Soyez heureux, benêts lobotomisés, car l’entreprise française va enfin être normalisée, selon les délires régressifs des prophètes de l’apocalypse écologiste, et selon les partenaires sociaux à privilèges variables, comme la Nicole Nota, qui peut s’enorgueillir d’avoir créé le pays le plus inégalitaire au monde, en matière de droits sociaux...excepté Dominique Senard, dont les succès à Michelin, auraient dû le prévenir contre les excès normatifs de l'état tentaculaire-Macroniste, la bécasse Nota est dans la parfaite continuité de sa carrière politique de combat pour les privilèges d’une minorité. Les entrepreneurs ne sont pas assez bons, en France gauchiste?...qu’a cela ne tienne! L'état PS-Macroniste va leur expliquer les règles à suivre...et si cela ne suffit pas, hop! Un petit séjour en camp de ré-education pour entrepreneur-actionnaire, afin de leur lobotomiser les cerveaux par les Sorbonnards...ceux-là même qui formataient les khmers rouges...

  • Par moneo - 19/03/2018 - 11:17 - Signaler un abus la FRAAAANNNNNCCCCCEEEEEE

    Elle est seule sur la planète ...sûr que de nombreux investisseurs étrangers viendront si ces carabistouilles aboutissent.... je suis effaré de voir qu'on est encore là : la lutte des classes ,le modèle français qui va s'imposer au Monde et les reformes de l'entreprise données à une ancienne syndicaliste pantouflant pour services rendus . Ne changez rien -:(

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 19/03/2018 - 16:08 - Signaler un abus Super....! Encore une usine

    Super....! Encore une usine à gaz qui va rendre nos entreprises encore moins compétitives et faire fuir les investisseurs étrangers de la bourse parisienne !!!! Ce ne sont plus des semelles de plomb, mais de mercure....

  • Par ajm - 19/03/2018 - 23:25 - Signaler un abus Bons sentiments et mauvaise economie.

    Remarquable contribution de JCS sur un sujet très important dont les médias n'ont pratiquement pas parlé. C'est là que l'on voit que Macron, contrairement à ce que beaucoup de crétins clament, n'est pas libéral et encore moins "ultra-libéral " mais represente l'incarnation politique la plus achevée du technocratisme-colbertiste de Bercy Cette reforme aura des conséquences negatives redoutables dans la durée, elle introduit un risque juridique supplémentaire considérable sur les groupes Français que n'auront pas les autres au nom de concepts et d"objectifs creux et sujets à moultes interprétations, necessairement arbitraires qui feront la joie et la prospérité des avocats et encombreront un peu plus tribunaux et cours de justice.

  • Par ajm - 19/03/2018 - 23:34 - Signaler un abus Le risque de l'entrepreneur.

    Ganesha vous ne manquez jamais d'afficher vos obsessions habituelles en les illustrant par des images enfantines à défaut de raisonnement véritable basé sur un minimum de connaissances et d'expériences du monde de l'entreprise. La recherche du profit est à la base de toute entreprise capitaliste, la plus modeste à ses débuts encore plus, car elle est la condition de sa survie et la justification des capitaux risqués pour sa constitution par l'entrepreneur.

  • Par PhloxxX - 20/03/2018 - 05:38 - Signaler un abus Là où le communisme n'a pas réussi

    Je rejoins le commentaire de Vangog, aucun régime communisme n'aura réussi à organiser une collectivisation consentie de la société aussi poussée qu'en France. Entre le contrôle des fakes news et celui du respect de l'objet social en considération de normes quasi divines, je ne suis pas certain que les KHMERS rouges auraient été plus imaginatifs que nos brillants hommes politiques pour contrôler la société. C'est vrai nous n'avons pas de camps de rééducation. Ce qui sera encore plus merveilleux, ce sera le pouvoir supplémentaire que va recevoir la justice française. Or lorsque l'on sait comment fonctionne cette entité administrative on peut aisément imaginé un résultat grandiose. Bienvenue dans cette nouvelle ère de collectivisme forcené franchouillarde.

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 20/03/2018 - 08:22 - Signaler un abus Toujours les mêmes

    Toujours les mêmes ganeshâneries....de la part d'un type qui n'a jamais vraiment travaillé, et ne connaît rien à l'économie et la finance c'est comique. Un peu comme les zadistes qui n'ont jamais gagné un centime autrement que grâce au RSA ....... vous expliquent la finance mondiale !

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Jean-Charles Simon

Jean-Charles Simon est économiste et entrepreneur. Chef économiste et directeur des affaires publiques et de la communication de Scor de 2010 à 2013, il a auparavent été successivement trader de produits dérivés, directeur des études du RPR, directeur de l'Afep et directeur général délégué du Medef. Actuellement, il est candidat à la présidence du Medef. 

Il a fondé et dirige depuis 2013 la société de statistiques et d'études économiques Stacian, dont le site de données en ligne stacian.com.

Il tient un blog : simonjeancharles.com et est présent sur Twitter : @smnjc

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