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Rapport explosif de l'IGAS sur les 35h : pourquoi il serait absurde de limiter les politiques de l'emploi à la question du temps de travail

Un récent rapport de l'IGAS montre que sous certaines conditions, la réduction du temps de travail (permise par des dispositifs tels que les 35h) peut permettre de lutter contre le chômage. Néanmoins, face au choc financier de 2008 et aux politiques d'austérité menées, le partage du travail n'est pas suffisant pour résoudre le problème de l'emploi en France : il faut aussi des politiques économiques européennes adaptées et une gouvernance européenne qui permettent d'avoir de la croissance.

Et la macroéconomie ?

Publié le - Mis à jour le 22 Juillet 2016
Rapport explosif de l'IGAS sur les 35h : pourquoi il serait absurde de limiter les politiques de l'emploi à la question du temps de travail

Atlantico : Une étude menée par deux inspecteurs des affaires sociales de l'IGAS parvient au constat que des dispositifs tels que les 35 heures, instaurées par les lois Aubry de 1998 et 2000, peuvent, sous certaines conditions, contribuer à réduire le nombre de demandeurs d’emplois. Ne s'agit-il pas d'un faux débat ? La politique de l'emploi n'est -lle pas avant tout dépendante de la macroéconomie, celle-ci pouvant s'adapter tout aussi bien aux 39 qu'aux 35 heures ?

Mathieu Plane : Non ce n'est pas un faux débat. La macroéconomie est effectivement un déterminant important des évolutions du marché du travail.

Mais dans le même temps, la réduction du temps de travail est une tendance séculaire. En effet, on l'observe dans tous les pays : les économies génèrent des gains de productivité dont une partie est redistribuée sous forme de réduction du temps de travail. Cette réduction du temps de travail passe par différents canaux ; dans de nombreux pays, le plus important étant une augmentation du taux de temps partiel.

Face à un chômage élevé et à des contraintes sur la croissance, le choix de la France a été de partager le travail et de réduire la durée des temps pleins (ce qui a d'ailleurs contribué au fait que le temps partiel a très peu augmenté en France par rapport à d'autres pays). Aujourd'hui, les évaluations considèrent que les 35h ont créé 350 000 emplois. Cela est lié à la réduction du temps de travail mais aussi aux allègements de cotisation : le surcoût lié aux 35h pour les entreprises a été compensé par les baisses de cotisations sociales et par une plus grande flexibilité interne dans les entreprises, notamment avec l'annualisation du temps de travail qui a permis plus de souplesse et de flexibilité (en particulier dans l'industrie). Néanmoins, dans certaines branches et entreprises, la réduction du temps du travail a posé des problèmes d'organisation au sein de l'entreprise. Cela a également posé un problème dans la fonction publique (dans l'hôpital par exemple).

La question du partage du travail est importante dans une économie où il y a 10% de chômage. D'autres pays ont réduit le temps de travail, non pas de façon organisée mais en augmentant le taux d'emplois partiels. Ainsi, suite à la crise, en 2009, l'Allemagne a augmenté fortement le chômage partiel (c’est-à-dire la possibilité de rester dans l'entreprise mais de travailler peu de temps) de façon à préserver le tissu productif et l'emploi jusqu'à ce que la situation s'améliore. 

La durée du travail est importante car d'une part, comme je viens de l'expliquer, il y a une tendance séculaire à la baisse du temps de travail. D'autre part, elle peut être évolutive en fonction du niveau de chômage : quand il n'y a pas de tensions sur l'appareil de production, la question est de savoir comment intégrer tout le monde dans l'emploi. En revanche, si le chômage est bas et qu'il y a des tensions sur l'appareil productif, un des recours possibles est l'augmentation du temps de travail.

 
Commentaires

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  • Par lexxis - 19/07/2016 - 10:43 - Signaler un abus MARCHÉ DE DUPES

    "Le surcoût lié aux 35h pour les entreprises a été compensé par les baisses de cotisations sociales et par une plus grande flexibilité interne dans les entreprises". or ceci a inévitablement entraîné dans un ensemble fiscal cohérent un transfert au moins partiel du manque à cotiser provenant des entreprises en augmentation des charges fiscales et sociales pesant sur les ménages. Mais cela est bien entendu tout à fait subsidiaire pour des fonctionnaires ou des antennes publiques qui consacrent tous leurs efforts àréglementer et à collectiviser une économie libre selon des schémas issus de doctrines, dont l'expérience des trente-cinq heures et la récession persistante qui a suivi ont montré le caractère artificiel et dangereux pour l'économie du pays. 350 000 emplois créés? D'abord les chiffres divergent souvent grandement et apparemment les défenseurs des 35 heures ne se sont jamais posés la question du vrai coût de la réforme Et actuellement la comparaison du nombre des heures de travail entre pays montre assez logiquement que ceux qui travaillent un peu plus longtemps ont tendance à mieux performer que les autres. Décidément les réalités de l'entreprise sont têtues!

  • Par lexxis - 19/07/2016 - 10:57 - Signaler un abus ALLONS JUSQU'AU BOUT...

    "La question du partage du travail est importante dans une économie où il y a 10% de chômage". La preuve est ainsi faite que l'introduction tant vantée des trente-cinq heures n'a en rien résolu le problème du chômage. Lorsqu'on ne sait pas produire, lorsqu'on entrave constamment l'initiative, lorsqu'on accable l'économie marchande de charges destinées à nourrir fort bien des cohortes de fonctionnaires qui ne connaissent rien ou presque à l'entreprise ou à renforcer de manière insensée l'assistanat, ,la réduction du temps de travail ne résout en rien les difficultés du pays. En réalité, la seule issue qui donnerait raison à tous ces esprits forts dont notre pays regorge, c'est d'aller jusqu'au bout de leur raisonnement en supprimant purement et simplement le travail. Cette "éradication" pure et simple aurait le double mérite de mettre fin à l'exploitation éhontée des travailleurs par l'entreprise dont on nous rebat sans cesse les oreilles et d'autre part aussi de faire disparaître jusqu'à la notion même de chômage, puisque personne ne travaillerait plus. Il n'est pourtant pas impossible que surgissent alors d'autres problèmes.

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 19/07/2016 - 20:49 - Signaler un abus A force de donner la parole à des incompétents......

    On arrive à justifier des emplois on ne peut plus politique... L'OFCE est un "bidule"qui ne sert à rien sinon à justifier par leur propre incompétence, l'incompétence économique de nos dirigeants...et en plus ils sont grassement payés pour ça

  • Par moneo - 19/07/2016 - 22:15 - Signaler un abus allons jusqu'au bout

    ne travaillons plus et que l"Etat distribue à chacun selon ses besoins en imprimant autant de billets nécessaires un certain jésus l"aurait fait il y a un peu plus de 2000 ans alors ..

  • Par lexxis - 20/07/2016 - 06:16 - Signaler un abus AUTO-PROMOTION DU SECTEUR PUBLIC

    L'une des principaux problèmes que l'on rencontre en France sur les études économiques et sociales est leur source quasi exclusivement publique (IGAS, INSEE, DREES.). Que l'IGAS publie un nouveau rapport sur les 35 heures fort bien, mais comment se fait-il qu'on oublie trop facilement que l'IGAS se trouve au sein même du Ministères des Affaires Sociales, qui a lui même imposé les 35 heures? On aimerait avoir à part au moins égale l'avis du secteur privé concerné. Or il ne partage pas du tout les mêmes analyses que la haute fonction publique qui n'a pas compris grand chose aux problèmes que cette réforme a posés aux petites entreprises à fort coefficient de main d'oeuvre, pourtant le principal vivier d'embauche du pays . Par ailleurs, on voit encore les problèmes que suscite (et qui bien entendu n'avaient pas été prévus) l'extension des 35 heures au secteur public et tout spécialement aux hôpitaux. Il y a donc comme un doute quant au succès de cette réforme à voir que quinze ans après aucune des puissances économiques occidentales n'a emboîté le pas à la France, qui elle-même barbote toujours dans des taux de chômage parfaitement réfractaires au dogme du partage du travail.

  • Par Ganesha - 20/07/2016 - 11:24 - Signaler un abus Canicule

    Monéo, vous faites semblant de plaisanter, mais volontairement ou non, vous nous énoncez la vraie solution. Les trente cinq heures et le retour de la Croissance, cela continuera à alimenter les bavardages du quatrième âge, jusqu'à ce que l'on instaure enfin le ''Revenu de Base''. Une bonne canicule cet été pourrait réduire le nombre de ceux ''qui n'y comprendront jamais rien'' et accélérer le mouvement !

  • Par moneo - 20/07/2016 - 11:56 - Signaler un abus @ ganesha

    Tout le monde il est beau tout le monde il est gentil..... Jesus....

  • Par Ganesha - 20/07/2016 - 12:19 - Signaler un abus Trente Piteuses

    La plupart des lecteurs d'Atlantico ont compris, dans leur subconscient, que le Revenu de Base est inévitable. Ils prient seulement pour qu'il ne soit institué qu'après leur mort. Ils seront alors assis à coté de Jésus-Christ et cela les consolera d'avoir vécu sur terre leur vie active dans une période aussi lamentable et dévastatrice que les ''Trente Piteuses'' !

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Mathieu Plane

Directeur adjoint du Département analyse et prévision à l'OFCE

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