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Le racisme en Corse à l’égard des populations d’origine maghrébine : une très longue histoire

Le ressentiment de certains Corses à l'égard des populations maghrébines n'est pas tant dû au contexte actuel qu'à une vielle histoire à laquelle sont mêlés ces deux peuples. A travers les Maghrébins, c'est l'Etat qui est visé. Il est accusé d'avoir spolié les Corses de leurs terres agricoles il y a plusieurs décennies au profit des pieds noirs et leurs ouvriers arabes.

Tête de maure

Publié le - Mis à jour le 8 Février 2016
Le racisme en Corse à l’égard des populations d’origine maghrébine : une très longue histoire

Atlantico : Le récent mitraillage d'une boucherie hallal à Propriano fait écho aux événements de décembre dernier, lorsque des centaines de Corses avaient violemment pris d'assaut deux quartiers d'Ajaccio, visant spécifiquement la population d'origine maghrébine locale, en réaction à l'agression de pompiers pendant la nuit de Noël. Comment se fait-il que de tels débordements racistes se produisent en Corse, alors qu'ils semblent inimaginables dans les autres régions françaises ?

Gilles Casanova : Pendant des années, les statistiques ont montré que près de la moitié des actes racistes recensés en France (65 millions d’habitants) étaient commis dans l’île, qui compte pourtant moins de 300 000 habitants.

Il s'agit d'actes qui visent spécifiquement la communauté maghrébine et cela, sans rapport avec la religion musulmane ou les récents attentats commis par des djihadistes sur le continent.

Ce serait cependant une erreur de penser qu'il existe une xénophobie consubstantielle aux Corses. Si c'était le cas, on déplorerait tout autant de violences à l'égard des noirs ou des asiatiques, ce qui n'est pas le cas.

Ces actes qu'il faut condamner sans équivoque, trouvent leurs racines dans un ressentiment vieux de plusieurs décennies lié à une affaire peu connue sur le continent : la question de la vente des terres agricoles de la plaine orientale après le remembrement ordonné par le général de Gaulle dans les années 60. Les Maghrébins y ont joué un rôle indirect et involontaire, mais des tensions également liées à l'émergence du nationalisme corse se sont cristallisées autour de la question de leur présence en Corse.

Racontez-nous !

Il faut remonter à avant 1914, une époque où la Corse avait une production de blé particulièrement importante. Tout comme la Sicile, l’île était un véritable grenier à blé. Elle vendait alors la grande majorité de ses récoltes à l’extérieur. Le blé était cultivé dans les montagnes dans des cultures en escalier. Cette localisation particulière des cultures était liée à deux raisons : la première c’est que l’ensoleillement en altitude est plus important, ce qui est favorable pour le blé. La deuxième raison c’est que la grande plaine corse de la côte orientale était alors marécageuse et totalement infestée dès le printemps par la malaria. On ne pouvait donc pas y faire de cultures et il était très difficile d’y vivre. Seules les montagnes permettaient donc les cultures agricoles.

Par conséquent, lors des héritages, on léguait aux hommes les terres les plus riches, celles des montagnes, et aux femmes celles des plaines insalubres et infertiles. Or, il faut se rappeler que jusqu’il y a peu, la Corse avait un droit spécifique en matière de succession (les arrêts Miot). On n’y payait aucune taxe sur les héritages et il n’y avait donc aucune obligation de les déclarer, donc d'établir d'actes notariés.

Mais alors, comment est-ce que les gens savaient ce qui leur appartenait et ce qui ne leur appartenait pas ? Et surtout comment pouvaient-ils le prouver ?

Justement, c'est là que les problèmes commencent. En ce qui concerne les hommes et leurs terres riches de montagne, malgré l’indivision les droits de propriété étaient bien établis et connus de tous car il fallait bien savoir qui a le droit de cultiver telle ou telle parcelle. En revanche, l’indivision entre les femmes était le plus souvent très floue car personne ne se souciait de savoir qui possédait une parcelle d’une terre inexploitable.

Et donc ?

Le résultat est une fragmentation extrême de ces terres de la côte orientale que personne n’a intérêt à regrouper et qui ne font donc l’objet d’aucune espèce de transaction.

Mais revenons à l'histoire :

A l’issue de la première guerre mondiale, la Corse importe la grande majorité de son blé tandis qu’elle en exportait la même quantité avant. La guerre a éloigné les hommes des champs pendant plusieurs années et emporté bon nombre d’entre eux. Ceux qui en reviennent constatent qu’en leur absence, et en l’absence des efforts colossaux et continus que l’entretien que les terrasses réclamaient, les espaces de cultures ont été détruits. Ils n’ont plus les moyens d’y faire pousser du blé. La richesse agricole corse est morte. Dans le même temps, les progrès techniques sur le continent rendent moins compétitive la production de montagne subsistante.

De 1920 à 1945, la Corse n’a donc plus guère de capacités agricoles. En 1945, après la Seconde guerre mondiale, les Américains installent une base militaire à Solenzara qui est un endroit stratégique de la Méditerranée, d’où nous sommes d’ailleurs intervenus récemment en Libye.

Pourtant, ne disiez-vous pas que la zone était infestée par la malaria ?

Si, et ce fut très vite un gros problème pour les autorités américaines. Face aux nombreux cas de malaria contractés par leurs soldats, il est décidé d’assainir la zone de façon à la rendre salubre. De 1946 à 1956, vont donc être déversées des quantités astronomiques de DDT (insecticide utilisé contre les moustiques véhiculant le paludisme, ndlr) sur ces marécages qui auront le mérite d’éradiquer totalement cette maladie de la région. A partir de là, la IVème République se rend compte que ces terres sont les terres arables parmi les plus fertiles d’Europe et qu’il serait très regrettable de ne pas les remembrer pour permettre le retour de l’agriculture dans l’île qui en manque cruellement.

Que décide alors de faire l’État ?

Un préfet est chargé de présider la Société pour la mise en valeur de la Corse (la Somivac). Cette dernière va alors s’employer à faire le tour de toutes les familles dont les femmes ont hérité d’une parcelle de ces terres afin de leur demander de leur signer la vente de leur terrain pour les remembrer et ainsi les rendre exploitables. L’engagement de la Somivac pour obtenir la signature des acheteurs était qu’une fois le remembrement réalisé, elle revendrait en priorité les parcelles aux familles anciennement propriétaires.

 
Commentaires

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  • Par jurgio - 06/02/2016 - 11:15 - Signaler un abus Une explication incomplète

    Des causes remonteraient beaucoup plus loin et beaucoup le savent.

  • Par Anguerrand - 06/02/2016 - 12:32 - Signaler un abus Le halal et le cacher sont illégaux

    Les animaux sont considérés comme des êtres sensibles, l'abattage sans anesthésie préalable est interdit en France. Àlors pourquoi ces " tolérances" halal et cacher qui égorge y a vif et font souffrir les animaux jusqu'à leur mort. Jusqu'à 20 mn de souffrance.

  • Par Texas - 06/02/2016 - 13:18 - Signaler un abus Les Tours Génoises....?

    Le Corto , les attaques Barbaresques pendant des siècles , le repli dans les montagnes , les femmes qu' il fallait cacher .....! . Nous en parlions avec un Corse , il y a encore 3 mois , alors qu' il m' expliquait pourquoi son village était si bien caché .

  • Par Borgowrio - 06/02/2016 - 14:20 - Signaler un abus Rongés de l'intérieur

    Ils sont envahis quand même . L'idéologie de ceux qui sont persuadés d'être les élus de l'humanité d'un monde fraternel , est plus forte que les armes , que la vendetta ... Même ce peuple d'insoumis ,se fait sournoisement soumettre ..

  • Par langue de pivert - 06/02/2016 - 16:04 - Signaler un abus ???

    Article intéressant : quelle idée ont eu les Corses de se lier aux putschiste de 1961 ? Et la tête de maure sur le drapeau ? c'est du veau vinaigrette ?

  • Par vangog - 07/02/2016 - 00:16 - Signaler un abus Torab, Tête de Maure!

    L'histoire de cette vendetta Corse est croustillante, mais largement insuffisante pour expliquer un nationalisme corse exacerbé par les faiblesses de la République, et celle de De Gaulle en fut une supplémentaire...l'histoire du nationalisme corse se nourrit des trahisons de la République, la trahison et la vengeance de De Gaulle, la cupidité des nouveaux propriétaires pieds-noirs, les tractations socialistes, les promesses indépendantistes en échange de leur vote...tout cela montre le manque de cohérence idéologique du nationalisme corse, si ce n'est sa constante xénophobie, tous étrangers confondus, et son exploitation persistante des faiblesses de la République, dernière en date, le camouflet de l'assemblée régionale Corse...

  • Par Deudeuche - 07/02/2016 - 11:06 - Signaler un abus @langue de pivert

    1961, un petit effort de retour dans le contexte et vous comprendrez. Pourquoi les Parisiens ont ils soutenu les Anglais en 1424 idem, un peu d'effort des enjeux de l'époque!

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Gilles Casanova

Gilles Casanova est l'ancien conseiller de Jean-Pierre Chevènement au ministère de l'Intérieur. Il est également le secrétaire général adjoint de l'Union de démocrates et écologistes.

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