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A quoi ressemblera un monde où Google, Facebook et Amazon décideront de tout ce que nous savons ou consommons sans même que nous en soyons conscients ?

Les moyens dont disposent ces grandes plateformes les incitent à se comporter comme des Etats et à gouverner nos conduites. Le monde qu'elles dessinent montre déjà le bout de son nez et il pourrait bien être en train de tous nous piéger.

United States of Google

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A quoi ressemblera un monde où Google, Facebook et Amazon décideront de tout ce que nous savons ou consommons sans même que nous en soyons conscients ?

Atlantico: Alors que Google est depuis longtemps déjà une plateforme de contenu d'information, Facebook est désormais un hébergeur d'articles de presse. Quel pouvoir cela leur confère-t-il en matière de contrôle de l'accès à l'information ? 

Jean-Gabriel Ganascia : Les grandes sociétés de l’internet, celles que l’on appelle les GAFA, sigle qui se réfère à Google, Amazon, Facebook et Apple, jouent un rôle de plus en plus grand dans nos vies quotidiennes. Nous nous sentons de plus en plus souvent obligés de passer par elles si nous voulons un téléphone portable, si nous souhaitons chercher une information sur Internet, si vous voulons échanger avec nos amis sur Internet, si nous cherchons à stocker nos données etc.

Ces sociétés correspondent à ce que Jaron Lanier, dans son livre Who Owns the Future ? (Qui possède le futur ?), appelle des Siren Servers par allusion aux sirènes d’Ulysse : elles chantent les plaisirs et les facilités de ce qu’elles offrent ; comment leur résister lorsque ce qu’elles proposent est accessible sans effort ? Mais, si elles nous séduisent, c’est pour mieux nous asservir plus tard. Elles anticipent nos désirs à court terme pour nous rendre esclave de leurs services.

Pourtant, elle ne décident pas de tout comme le faisaient les Etats totalitaires dans les années 1930, en cela qu’elles sont éminemment fragiles. En effet, nous pouvons du jour au lendemain, sans avertir personne, décider de changer de moteur de recherche pour formuler nos requêtes, de changer de marque de téléphone,  de changer de réseau social, etc.

Christophe Benavent :  Facebook et Apple censurent déjà la nudité et impose donc une norme qui n'est pas sociale, ni idéologique mais qui impose une valeur sur ce qu'on pense être l'espace social : un espace pudibond. Leur règle, par l'étendue de l'espace social qu'ils couvrent, s'impose sans accord ni discussion. Et modèle ce a quoi nous nous exposons. Ces deux marques pratiquent dès aujourd'hui ce que j'appelle une sorte de "wahhabisme digital". En clair, les moyens dont disposent les plateformes les incitent à se comporter comme des Etats et à gouverner nos conduites.

Depuis plusieurs années déjà, on observe un changement notable dans notre façon de consommer et de nous informer. A l'avenir, quels autres secteurs de notre société pourraient être concernés ?

Jean-Gabriel Ganascia : La GAFA propose de remplir la plupart des fonctions qu’assumaient les Etats, ce que l’on appelait les fonctions régaliennes, à savoir battre monnaie, établir le cadastre, gérer les archives et l’état-civil, instruire la population, dispenser les soins, etc. En effet, prenons une à une chacune de ces fonctions, nous voyons que les services de ces grandes sociétés de l’Internet peuvent aider à les exécuter à moindre coût. Par exemple, avec le bitcoin, nous avons une monnaie, Google Map dresse les plans indépendamment des services nationaux du cadastre, Facebook en connaît souvent plus sur les individus que l’administration des Etats, Amazon stocke sur le Cloud nos archives, Google investit dans la santé des sommes plus considérables que les organismes de recherche nationaux, etc.

Christophe Benavent : Tous les domaines d'activité sont concernés : la santé, l'emploi, l'alimentation, l'éducation, les transports, nos finances. La logique des plateformes est que pour maximiser la valeur elles doivent influencer nos conduites. Un exemple simple est celui du covoiturage, l'expansion du leader du marché dépend à la fois du fait d'avoir beaucoup de conducteurs et de celui d'avoir de bons conducteur. En étant capable d'inciter ses membres à rouler cool, il s'assure de l'intérêt des passagers. Cette incitation risque de faire de cette marque un acteur plus influant que la sécurité routière !

En quoi les évolutions suscitées par ces entreprises vont-elles nous être utiles ? Quels seront les bénéfices pour notre mode de vie ?

Jean-Gabriel Ganascia : Ces entreprises nous proposent les services dont nous avons besoin à moindre coût, ou en tout cas, pour un coût plus faible que d’autres nous le proposaient auparavant. Il apparaît donc extrêmement difficile de résister à leurs avances. En cela elles nous sont très utiles. Mais, ce qu’elles nous offrent possède en réalité un coût invisible. Nous sommes piégés. Avec le temps, il devient plus difficile de nous dégager. De plus, elles ne permettent pas à des sociétés de plus faible envergure, par exemple aux sociétés nationales ou européennes de subsister. Songeons, par exemple, qu’Androïd va bientôt proposer des décodeurs domestiques. Nous n’aurons alors plus besoin de passer par les opérateurs téléphoniques. D’un côté, nous serons satisfaits, car cela se fera à moindre coût. D’un autre côté, nous risquons d’être totalement asservi par quelques grandes sociétés de dimension mondiale qui nous proposerons tous les services, le téléphone, l’internet, les moteurs de recherche etc., sans vraiment d’alternative.

 
Commentaires

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  • Par Texas - 19/07/2015 - 22:52 - Signaler un abus Sans rire ?

    Parce que si l' on fait abstraction des G.A.F.A , ce n' est déjà pas le cas ? .

  • Par Phlt1 - 21/07/2015 - 12:58 - Signaler un abus Ridicule...

    Ce qui me gêne dans l'exposé de ces messieurs est qu'il est stérile. Comme le dit Texas, rien de nouveau. Quand on est fonctionnaires et français, alors on est très fort pour dénoncer, moraliser, faire peur. Mais quand on est confronté à la réalité, la vraie, celle qui vous oblige à trouver par vous mêmes votre propre subsistance, alors on arrête de pleurer, et on...crée....Apple, Google, Amazon, Facebook, Netflix, Oculus Rift, Go Pro, Uber, Airbnb, etc, etc... Ces constats soit disant sophistiqués et toujours pleurnichards de la part de ces fonctionnaires dans ce pays de fonctionnaires où l'état d'esprit fonctionnaire et socialiste a envahit jusqu'à la sphère privée en la pétrifiant de toutes sortes de peurs, deviennent ridicules. Quand on est spécialiste des sciences cognitives, on devrait savoir que le cerveau répond à l'intention et à rien d'autre: être très fort pour critiquer ne crée aucune richesse. Etre très fort pour trouver des solutions à l'inéluctable avenir crée des richesses et un nouveau monde. Que les français arrêtent de pleurer, qu'ils se remettent en question, et qu'ils commencent à rêver le monde de demain.! Pas besoin de dire des conneries sur les GAFA.!.

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Jean-Gabriel Ganascia

Jean-Gabriel Ganascia est professeur à l'université Pierre et Marie Curie (Paris VI) où il enseigne principalement l'informatique, l'intelligence artificielle et les sciences cognitives. Il poursuit des recherches au sein du LIP6, dans le thème APA du pôle IA où il anime l'équipe ACASA .
 

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Christophe Benavent

Professeur à Paris Ouest, Christophe Benavent enseigne la stratégie et le marketing. Il dirige le Master Marketing opérationnel international.

Il est directeur du pôle digital de l'ObSoCo.

Il dirige l'Ecole doctorale Economie, Organisation et Société de Nanterre, ainsi que le Master Management des organisations et des politiques publiques.

 

Le dernier ouvrage de Christophe Benavent, Plateformes - Sites collaboratifs, marketplaces, réseaux sociaux : comment ils influencent nos Choix, est paru en mai  2016 (FYP editions). 

 

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