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La quintuple rupture du docteur Macron

Atlantico a demandé à ses contributeurs leur vision de l’année où la France a vécu de nombreuses surprises et rebondissements et est entrée dans l’ère Macron. Jean Petaux revient sur "l'ampleur" de ce qui s'est passé lors de l'élection présidentielle.

2017, l’odyssée de la fin du monde d’avant

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La quintuple rupture du docteur Macron

Le moins que l’on puisse dire c’est que l’année 2017 qui s’achève aura été pour la France et pour le reste du monde une année de grandes surprises. Si le mot « incertitudes » semble le plus adapté pour tenter d’anticiper un minimum sur les situations à venir, le mot « inimaginable » résume le désarroi des observateurs et surtout la succession de rebondissements et retournements totalement inconcevables même dans les plus retors des cerveaux de scénaristes de séries politiques télévisées. Même si tout est lié désormais dans une « société-monde » où l’élection d’un Trump le 8 novembre 2016 et sa prestation de serment sur les marches du Capitole le 20 janvier 2017 impactent tout autant notre pays qu’un attentat sur les Champs Elysées en pleine émission politique pendant la campagne présidentielle, le 20 avril 2017, il convient, pour bien mesurer l’ampleur de ce qui s’est passé en France avec l’élection d’Emmanuel Macron le 7 mai 2017, de revenir sur cinq « lois » non écrites certes mais considérées jusqu’alors comme des « axiomes » (au sens aristotélicien du mot : « point de départ d’un raisonnement considéré comme non-démontrable ») de la vie politique française depuis 1958, pour les plus anciens de ceux-ci.

En ce sens la victoire d’E. Macron s’apparente bien à un pentagone explosé.

1)Pour être élu président de la République en France il faut impérativement s’appuyer sur un parti politique.

Cette « loi » est la plus ancienne. Le rôle des partis politiques est d’ailleurs explicitement inscrit dans le texte constitutionnel du 4 octobre 1958. L’article 4 leur reconnait plusieurs fonctions dont la moindre n’est pas celle qui est citée en premier : « Les partis et groupements politiques concourent à l’expression du suffrage ». On a certes pensé, et le général de Gaulle n’est pas pour rien dans cette « représentation », que l’élection présidentielle française, surtout depuis la réforme constitutionnelle d’octobre 1962 instaurant le suffrage universel, était la rencontre « entre un homme et son peuple ». Variante : entre un « destin et les Français ». La formule sentait bon, non pas le « sable chaud »,mais l’aventure personnelle et politique. Encore que l’épopée électorale solitaire pouvait, par certains côtés, prendre des allures de « Fort Saganne »…. En réalité il n’en fut rien et toutes les élections présidentielles depuis 1965 ont donné lieu à des stratégies partisanes. En 1965, les bataillons du parti gaulliste UDR se mettent en ordre de bataille, en rang serré (SAC compris) dès que le général de Gaulle décide de redescendre dans l’arène, entre les deux tours, pour faire campagne début décembre. En face, tous les partis de gauche s’étaient ralliés, avant même le premier tour, à la candidature Mitterrand dont la CIR était le plus petit dénominateur commun. En 1974 : Giscard « plante » Chaban grâce à Chirac et à ses 43 parlementaires dissidents de l’UDR. En novembre 1979, dans un congrès national du PS qui se tient à Metz et qui est plus que tendu, Mitterrand écrase la tentative de meurtre (« politique » s’entend…) de Rocard par une alliance partisane digne des plus belles manœuvres d’appareil. En 1995, Chirac parvient à contrer Balladur grâce à son contrôle de l’appareil du RPR. Sarkozy prend, dans une grand’messe « hors de prix » (« Bonne chance mon Papa » du petit Louis) le contrôle de l’UMP en 2004 pour l’emporter triomphalement à la présidentielle de 2007 et, du fait de cette logistique toute puissante dissuade toute tentative de concurrence (Villepin d’abord, Juppé ensuite au grand dam de Jacques Chirac qui lui en voudra d’ailleurs). Tous ces exemples le montrent : en l’absence du soutien d’un parti la conquête du trophée suprême est réputée impossible.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 28/12/2017 - 12:07 - Signaler un abus Luttons contre la propagande officielle!

    LePendant que la France s’enfonce dans la dictature de la pensée unique et de la propagande digne d’une idéologie d’avant-mur, Donald joue et gagne...contrairement à ce qu’affirment certaines bécasses promues journalistes par la seule volonté du politburo AFP (les bécasses sont plus faciles à cuire...), de nombreuses promesses de campagne ont été comblée par Donald, dès sa première année: contrôle de l’émigration à partir des 5 principaux pays exportateurs de terrorisme, fin du pitoyable et coûteux obamacare, délocalisation des industries américaines, baisse drastique des impôts, relance des forages pétroliers, diminution des subventions aux agences fédérales inutiles créés par la gauche, fin de la guerre de Syrie en laissant enfin le champ libre aux Russes, indépendance vis à vis des organes mondialistes infiltrés par les neo-trotskystes, reconnaissance de l'état d’Israel et de sa capitale, que les anciens Présidents n’etaient pas capables s’assumer...ça fait beaucoup, en à peine un an! Et rien de comparable avec notre efféminé présidentiel qui a démoralisé la vie publique française et enfume les journaleux sur une réforme du travail qui n’apporte rien de convaincant

  • Par Bobby Watson - 28/12/2017 - 17:06 - Signaler un abus 8 pages...

    ... pour aboutir au triomphe de l'énarchie. Le juppéiste Jean Petaux a manifestement besoin de vacances . Je lui conseille vivement la belle station pyrénéenne de La Mongie, accessible depuis Bordeaux , il pourra y retrouver ses ami(e)s.

  • Par cloette - 29/12/2017 - 10:50 - Signaler un abus "L'ère Macron" ? Mazette !!

    Beaucoup de bruit pour rien !

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Jean Petaux

Jean Petaux est docteur habilité à diriger des recherches en science politique, ingénieur de recherche, politologue à Sciences Po Bordeaux, grande école dont il est depuis 27 ans le directeur de la Communication et des Relations extérieures. Auteur d’une dizaine d’ouvrages,  il dirige aux éditions « Le Bord de l’Eau » la collection « Territoires du politique » et y a publié en avril 2017 un livre d’entretiens avec Michel Sainte-Marie, ancien député-maire de Mérignac  intitulé « Paroles politiques ».  Parmi ses publications antérieures il a  codirigé aux Editions Biotop, en 2010,  Figures et institutions de la vie politique française.

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