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Ce qui se cache derrière le retrait surprise des troupes russes de Syrie

"Les militaires russes ont accompli leur mission en Syrie et inversé la tendance dans la lutte contre le terrorisme international," a annoncé le Président Russe le 14 mars au soir. Le retrait des troupes russes, au delà de son côté profondément surprenant nourrit probablement un objectif : celui de désarçonner Bachar el-Assad, un allié parfois trop peu conciliant.

Vladimir "Underwoodovitch" Poutine

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Ce qui se cache derrière le retrait surprise des troupes russes de Syrie

Atlantico : Vladimir Poutine a annoncé le 14 mars au soir le retrait des troupes russes de la Syrie. Que faut-il voir derrière cette annonce ? Quels en sont les motifs ?

Alain Rodier :Il semble que cela soit un coup de bluff mené par Vladimir Poutine. Il est essentiel de ré-étudier dans le détail la déclaration exacte et en vérifier la traduction. Le Président Russe ne parle pas, a priori, d'un retrait complet des forces aériennes, mais d'un retrait « de la majeure partie de nos contingents militaires ». Restera un site de « maintenance de vols », vraisemblablement sur la base de Hmeimim. Tout est affaire de proportions et du temps que mettront ses forces à se retirer. Si Vladimir Poutine retire que quelques appareils sur la cinquantaine (sans compter les 30 hélicoptères) qui y est déployée, cela n'aura pas d'impact.

Ce coup de bluff vise le plus vraisemblablement Bachar el-Assad. Vladimir Poutine souhaite le rendre plus conciliant, lui et son clan, dans le cadre des négociations qui sont d'ores et déjà engagées. Rappelons-nous que le Président Poutine nous a toujours habitué aux opérations surprises… C'était le cas en Crimée, mais il a également réussi à faire retirer les armes chimiques de l'arsenal guerrier syrien. Si l'intervention Russe en Syrie était déjà plus repérable, elle est restée tout de même une surprise. Par conséquent, il apparaît évident que c'est dans les manières de procéder de Vladimir Poutine. Il se comporte à la hussarde et souhaite certainement faire pression sur le gouvernement de Bachar el-Assad et sur son clan. Les rumeurs font état depuis un certain temps d’un rafraîchissement des relations entre les deux hommes.

Cela étant, le Président Syrien n'est pas la seule et unique cible de ce geste : Vladimir Poutine envoie également un signal aux Occidentaux et à l’Iran. Il souhaite sans doute dire qu'il est prêt à négocier et qu'il n'est pas marié avec Bachar el-Assad. Néanmoins, les deux grandes puissances concernées par la situation dans la région, les Etats-Unis et la Russie, n'ont aucun intérêt à ce que le régime en place à Damas s'effondre brutalement car cela pourrait permettre aux salafistes-djihadistes d’arriver au pouvoir. Cela ne signifierait qu'une intensification de la guerre civile.

Quelques heures après l'annonce du Président Russe, il est toujours aussi difficile de prévoir l'avenir. Il sera essentiel d'examiner de très près le cheminement des négociations actuellement en cours ; en espérant qu'elles connaîtront une meilleure issue que celles de février. Il semble que Vladimir Poutine a joué un de ses atouts, mais la balle est désormais dans le camp de Bachar el-Assad, dont nous attendons de savoir s'il acceptera de suivre la direction russe. S'il ne le fait pas, le problème sera d'autant plus réel que Poutine s'est quasiment engagé à retirer ses troupes par le biais d'une telle déclaration. Restons, toutefois, extrêmement prudents : il ne semble pas que cela soit véritablement sa volonté. J'ai même ouï-dire que le seul porte-avion dont il dispose, l'Amiral Kouznetsov, devrait rejoindre les côtes syriennes cet été.  Il n'est donc pas impossible que Vladimir Poutine replie des avions au sol pour déployer, en avance, son porte-avion. Sur le plan militaire, plusieurs options sont possibles. Je suis persuadé qu'il s'agit avant tout d'un coup politique.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 15/03/2016 - 11:53 - Signaler un abus Le pire, dans tout cela, c'est l'intervention diplomatique

    des europeistes et de John Kerry, vieux rêveurs fédéralistes, pour faire croire à une partition de la Syrie en trois parties, une Kurde au nord, une Allaouite-chiite à l'Est, et une partie sunnite au sud-est. Or, comme l'affirme fort justement Jacques Miard, il n'existe pas d'interlocuteur crédible parmi la résistance syrienne, faux-nez de l'islamisme radical: ce sont des rats d'hôtels intercontinentaux, opportunistes de la naïveté et de la faiblesse occidentale, et, pour cela, les europeistes sont les rois du compromis foireux...non! Seul un Kurdistan est envisageable au Nord, car les Kurdes ont largement mérité leur territoire. Pour le reste de la Syrie, et pour préserver les minorités de la furie belliqueuse des sunnites et des islamistes, il faut un homme fort qui ait le soutien des minorités, et seul Bachar-el-assad peut jouer ce rôle! Peu importe qu'il ait du sang sur les mains, car tous en ont...Voila pourquoi les Russes font mine de se retirer: pour laisser s'organiser ce Kurdistan, que ne veut pas Bachar. Puis ils reviendront, ensuite, l'aider à rétablir sa souveraineté sur le reste du territoire...

  • Par kaprate - 15/03/2016 - 19:36 - Signaler un abus Ou alors...

    Poutine a déjà négocié avec les occidentaux le retrait tranquille de Bachar-el-assad (exil doré quelque part plutôt que le lynchage, le tribunal international, ou encore une balle des services secrets...) au profit d'un autre, peut-être de son clan d'ailleurs, pour permettre le maintien du bouclier contre les islamistes. Lorsque Bachar était dos au mur, il a plus ou moins accepté cette possibilité contre l'intervention russe mais ayant repris du poil de la bête, il refuse aujourd'hui tout compromis. Face au risque de discrédit et pour espérer une levée de l'embargo déjà négociée contre le départ d'Assad, Poutine lui met un coup de pression et envoie par la même un message diplomatique aux occidentaux.

  • Par Ganesha - 16/03/2016 - 05:11 - Signaler un abus Poutine

    Ce que Poutine nous annonce tranquillement, c'est que la guerre contre l’État islamique se passera sans lui ! Les doux rêveurs qui s'imaginent qu'ils pourrait rétablir un pouvoir chiite sur les 25 millions de sunnites qui vivent dans les régions désertiques du centre de la Syrie et de l'Irak, n'auront qu'à trouver d'autres troupes que les russes pour intervenir au sol ! Ce fut la solution mise en place par les USA avant de quitter l'Irak, et cela a connu le succès que vous savez ! Les iraniens sont beaucoup trop intelligents pour se lancer dans une aventure aussi stupide. Quant aux saoudiens et aux turcs, s'ils intervenaient, ce serait au contraire pour renforcer l’État Islamique qui applique leur charia chérie. Reste à créer des ''brigades internationales'' ? Il y a des volontaires parmi les lecteurs d'Atlantico ? Soyons sérieux cinq minutes : la seule solution réaliste : reconnaitre l'État Islamique, lui laisser vire sa vie. Ils auront bien d'autres problèmes à régler que d'encourager des belgo-marocains à venir mitrailler nos terrasses de café. La pire des dictatures dans le monde ? Vous voulez rire !  Un nouvel accord Sykes-Picot... 

  • Par Jean-Benoist - 16/03/2016 - 10:22 - Signaler un abus Analyse de Vangog

    que je partage totalement. Il faut un état Kurde ily a eu un état juif n'est-ce pas?, Et Bachar a toujours protégé les chrétiens dans son pays. Ce n'est pas le cas pour les opposants islamistes..Et cessons de raisonner avec notre mentalité d'occidental.. Un dictateur est actuellement préférable à la chienlit actuelle

  • Par Gordion - 16/03/2016 - 11:29 - Signaler un abus Bon decryptage

    .... Même si les russes n'ont pu permettre à Assad de verrouiller entièrement la frontière turque, la route d'Alep est coupée pour L'EI. Et la logistique turco-islamiste. Ce retrait est certes tactique, comme Poutine sait le faire. Il maintient par ailleurs ses systèmes antiaeriens S400 sur place, pour décourager Erdoğan d'intervenir, et pèsera par la base de Qamishli en territoire kurde. Sauf erreur, les forces russes sont toujours présentes, À. RODIER peut-il le confirmer ? De même les US à côté, sur la base de Rmelan en cours d'aménagement, n'est-ce pas ? Concernant le déclin de l'influence iranienne en Syrie, ne pensez-vous pas que le clan Assad, son gouvernement profond, veut revenir aux temps où les Russes étaient les seuls supports stratégiques ? En outre, Muallem est soutenu par les russes, et déteste les Iraniens... Et le déclin iranien en Syrie constituerait un signal positif vers l'occident pour les négociations de paix, qu'en pensez-vous ? Merci pour votre analyse

  • Par RODIER - 16/03/2016 - 12:26 - Signaler un abus Réponse à Gordion

    Les forces russes sont globalement toujours présentes mais la plus grande discrétion reste de mise (combien d'avions ont quitté la base d'Hmeimim ?). Le président Poutine -passé oblige- est toujours favorable à l'action secrète qui se déroule derrière l'étalage de la puissance militaire. Je n'ai pas intégré dans mon analyse le fait que l'intervention militaire russe en Syrie coûte cher et que le budget de la défense devrait diminuer notablement car la crise économique est bien présente en Russie. Wallid Muallem, le ministre des AE syrien est sunnite, d'où sa "défiance" vis-à-vis de Téhéran. Il semble qu'il y a aussi un bras de fer entre Moscou et Téhéran qui attend toujours les S-300 promis. En résumé, Poutine a toujours un coup d'avance sur tous les intervenants. Le problème est complexe et il convient d'attendre la suite (on parle beaucoup d'une réduction des effectifs iraniens et du Hezbollah en Syrie) avant de voir quelle tournure vont prendre les évènements. Le pb des sanctions économiques de l'UE va se poser puisque cela doit être rediscuté en juin. C'est une équation à de multiples inconnus... Alain Rodier

  • Par Ganesha - 16/03/2016 - 15:32 - Signaler un abus ''Pas Beaux, pas Gentils'' !

    Il y a une notion de base qu'il faut accepter : ni les USA, ni la Russie ne sont les ''Gendarmes du Monde''. Quant à la France… Vous vous souvenez de la guerre du Vietnam ? A-t-elle vaincu le Communisme ? Non, celui-ci s'est éteint vingt ans plus tard, de mort naturelle, sans une goutte de sang. Les russes, puis les occidentaux sont longuement intervenus en Afghanistan. Ont-ils vaincu les talibans ? Dès que le dernier soldat américain sera parti, le gouvernement de Kaboul tombera comme un fruit mûr… Vous faut-il un bilan détaillé des décennies d'intervention américaine en Irak ? Alors, oui, les sunnites intégristes de l’État Islamique, ce sont des ''Pas Beaux, pas Gentils'' ! Mais pourquoi intervenir dans cette partie du monde, plutôt qu'au Rwanda-Burundi, où les massacres ethniques Hutus-Tutsi ont repris, au Tibet colonisé par les chinois, intervenir dans la guerre de la cocaïne en Colombie et au Mexique ? Argument traditionnel : à cause du pétrole !

  • Par Ganesha - 16/03/2016 - 15:35 - Signaler un abus Préférence Nationale

    Il y a un problème urgent : huit millions de nationaux français et belges, citoyens européens inexpulsables, mais d'origine maghrébine, et dont une proportion grandissante dérive vers le sunnisme intégriste, parce qu'on ne répond pas à leur CV, que nous n'acceptons pas de les intégrer dans notre société.  Mais si j'ajoute que la seule solution réaliste, c'est la Préférence Nationale de Marine Le Pen, je vais me faire assassiner !

  • Par Ganesha - 17/03/2016 - 09:20 - Signaler un abus Retour des russes

    ''Puis ils reviendront, ensuite, l'aider à rétablir sa souveraineté sur le reste du territoire...'' Dommage qu'avec l'anonymat des forums internet, nous ne puissions pas prendre de pari ! Même pas un ou cinq euros ?

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr (uniquement en version électronique); en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS.

 

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