Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mardi 17 Octobre 2017 | Créer un compte | Connexion
Extra

Ce qui se cache derrière la forte hausse des cas d'hépatite A en Europe

Depuis le début de l’année 2017, 14 pays européens observent une augmentation importante du nombre de cas d’hépatite A touchant en particulier les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH). C’est ce que vient d’annoncer Santé publique France dans son dernier bulletin épidémiologique. Faut-il s’inquiéter de cette épidémie ?

Hépatite Aïe !

Publié le
Ce qui se cache derrière la forte hausse des cas d'hépatite A en Europe

Atlantico : On ne parle que des hépatites B et C et pratiquement pas de l’hépatite A. Cette forme d’hépatite est-elle aussi dangereuse que les autres ? Cette épidémie risque-t-elle de s’étendre ? Quels sont les risques ?

Stéphane Gayet : Les hépatites virales B et C présentent une dangerosité particulière. Elles peuvent toutes les deux évoluer de façon chronique et agressive, en dégradant lentement, mais implacablement le foie. L’hépatite chronique et agressive évolue en général vers une cirrhose du foie : c’est une maladie grave se caractérisant par une perte fonctionnelle majeure de la glande hépatique, qui ne peut dès lors plus assurer correctement ses fonctions pourtant indispensables au maintien de l’équilibre vital. Cette maladie provoque également une élévation sévère de la pression des grosses veines de l’appareil digestif (système porte), ce qui entraîne de graves complications.

La cirrhose virale évolue elle-même en général vers un cancer du foie, qui est l’une des formes les plus graves de cancer. Le cancer hépatique est rapidement mortel en l’absence de traitement. Cette gravité potentielle des hépatites B et C fait que l’on a hâte d’avoir un vaccin contre l’hépatite C, celui contre l’hépatite B ayant déjà une efficacité et une innocuité remarquables.

L’hépatite virale A est tout à fait différente. Elle n’évolue jamais de façon chronique et ne provoque pas de cirrhose ni de cancer du foie. La seule vraie gravité potentielle de l’hépatite virale A réside dans la possibilité de survenue d’une hépatite suraiguë ou fulminante, qui entraîne la destruction massive du foie en quelques jours. La transplantation hépatique en urgence est susceptible d’éviter la mort par coma hépatique terminal. À l’inverse, de nombreuses personnes infectées par le virus VHA de l’hépatite A font une forme discrète ou même inapparente. Mais quand il s’agit d’une hépatite A « maladie », il y a un ictère ou « jaunisse » et une fatigue prononcée (asthénie). Cette fatigue marquée est parfois invalidante et peut se prolonger plusieurs semaines. Elle est liée à l’importance de l’atteinte du foie qui joue un rôle majeur dans le métabolisme énergétique.

L’épidémie actuelle que l’on constate en Europe est liée à trois souches différentes du virus VHA de l’hépatite A. Depuis le premier janvier 2017, le nombre de cas n’a pas cessé d’augmenter, avec en France un total de 2031 cas enregistrés fin août de cette année. Ce nombre de cas enregistrés est le plus haut depuis les dix dernières années. Il convient de préciser que l’hépatite virale A – comme l’hépatite virale B - fait partie de la trentaine de maladies à déclaration obligatoire en France, ce qui facilite l’enregistrement des cas.

La majorité des cas est de sexe masculin, dont la plupart sont âgés entre 15 et 50 ans. L’analyse des souches de virus a montré qu’il s’agissait souvent de souches épidémiques connues pour circuler chez les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HSH). Mais il faut savoir que, lors de la déclaration obligatoire d’un cas, aucune information n’est recueillie sur l’orientation sexuelle. Cette épidémie chez les HSH a tendance à présent à diffuser au sein de la population générale, avec une augmentation constatée des cas chez les femmes et les enfants. Cette épidémie a toutes chances de s’étendre, car les pays européens touchés dont la France ont une faible fréquence ou endémicité de cette maladie ; ce qui signifie que moins de 15 % des personnes sont immunisées à l’âge de 20 ans. Cette faible immunité de la population vis-à-vis du virus VHA de l’hépatite A dans les pays européens est liée à leur niveau de vie, car ce virus circule principalement dans les populations à faible niveau de vie. Les conditions sont donc réunies pour une diffusion du virus en France.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 25/09/2017 - 20:45 - Signaler un abus Bon ! Ça va faire chuter les

    Bon ! Ça va faire chuter les statistiques sur l'espérance de vie..... Il est donc temps de corriger tout ça avec les nouvelles naissances PMA et GPA à venir.... Maintenant il va falloir que la Marlène nous expique pourquoi elle était au courant avant tout le monde...... Ben oui, c'est bien elle qui a écrit " les filles biens n'avalent pas " !!

  • Par vangog - 26/09/2017 - 23:24 - Signaler un abus Transmission feco-orale...

    Bon! Une autre forme de punition divine pour n'avoir pas respecté la nature...oh nom de Dieu! Mais c'est pas politiquement et socialistiquement correct, ça?...le pape gauchiste ne va pas aimer...et bin, tant pis!

  • Par assougoudrel - 27/09/2017 - 10:13 - Signaler un abus Sous les tropiques presque

    tous les bébés attrapent la "jaunisse" et un grand pourcentage de la population est immunisé contre l’hépatite A. A l'Armée, j'étais exempt de la Gammaglobuline car c'est mon cas. Cet article est incomplet.

  • Par Stéphane Gayet - 27/09/2017 - 13:09 - Signaler un abus Pourcentage de personnes immunisées

    Il est pourtant bien indiqué page 1 : "Cette épidémie a toutes chances de s’étendre, car les pays européens touchés dont la France ont une faible fréquence ou endémicité de cette maladie ; ce qui signifie que moins de 15 % des personnes sont immunisées à l’âge de 20 ans." L'âge du premier contact avec le virus VHA est également abordé : il varie selon les pays. En revanche, étant donné le sujet de l'article, nous n'avions pas à parler des immunoglobulines ou gammaglobulines qui auraient été hors sujet ici.

  • Par assougoudrel - 27/09/2017 - 15:58 - Signaler un abus Tout militaire qui par en

    Mission Extérieure, doit être vacciné (gammaglobuline). La plupart des antillais sont immunisés de l'hépatite A et n'en n'ont pas besoin; tant mieux, car c'est ça de moins à prendre sur toute la panoplie et de plus, il parait que c'est assez douloureux. Je ne vois pas pourquoi c'est hors sujet. Combien de militaires français partent en Afrique, Guyane, Pacifique, Asie etc..Cela fait beaucoup de monde.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€