Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mercredi 13 Décembre 2017 | Créer un compte | Connexion
Extra

Ce que la guerre des pénis paparazzés Orlando Bloom - Justin Bieber dit de notre société (et de nos cerveaux)

Après le pénis d'Orlando Bloom, interprète célèbre de Legolas et Will Turner dans le Seigneur des Anneaux et Pirates des Caraïbes, c'est celui de Justin Bieber qui enflamme le web. Plusieurs commentateurs people voient d'ailleurs une guerre personnel entre les deux hommes, à base de photo de nue et sur fond de jalousie amoureuse.

Après l’été des méduses, l’été des pénis

Publié le - Mis à jour le 12 Août 2016
Ce que la guerre des pénis paparazzés Orlando Bloom - Justin Bieber dit de notre société (et de nos cerveaux)

Atlantico : Trois jours après les photos sulfureuses d'Orlando Bloom en Italie, c'était au tour de Justin Bieber de dévoiler des photos de lui dans le plus simple appareil. Les deux hommes sont en conflit depuis que l'acteur britannique s'est "rapproché" de l'ex-petite amie du chanteur américain. Ces photos, qu'il s'agisse du premier ou du deuxième, ont rapidement fait le tour du web. Comment expliquer que les gens, et pas uniquement ceux qui s'intéressent d'une manière générale aux "people" soient à ce point fasciné par cette compétition entre les deux hommes à travers leurs pénis ?

Nos cerveaux reptiliens peuvent-ils y jouer pour quelque chose, ou s'agit-il davantage de voyeurisme ?

Christophe Coléra : Tout d'abord on ne se situe pas dans une compétition en bonne et due forme parce qu'il semble qu'il n'est pas certain qu'Orlando Bloom se soit volontairement exposé au paparazzi et son sexe a été en partie couvert d'un cadre noir. Mais la réaction de Bieber fait penser en effet à une sorte de surenchère, comme lorsque les primates se défient mutuellement en agitant leur sexe. C'est un mécanisme très ancien chez les grands singes, donc chez les hominidés aussi probablement. Nos sociétés à l'heure du triomphe de l'image sur le mot adorent les émotions brutes et ce qui est "nature". L'idée d'un "combat de coq", nudité contre nudité, pénis contre pénis, peut susciter en effet un sorte de défoulement de la psyché, dans l'ordre de la régression infantile ou préhistorique, toujours dans l'esprit de fuir le politiquement correct et les discours trop "policés"... 

Nathalie Nadaud-Albertini : Les gens s’intéressent à cette compétition parce qu’elle transgresse le tabou de la nudité et de fait entre dans le cadre des excès que l’on attend de stars. Je m’explique. Les gens "normaux", "ordinaires" ont du mal à imaginer ce qu’est le quotidien d’une star parce que sa vie leur semble très éloignée de la leur. Finalement, ils se disent que l’existence d’une vedette se déroule en grand, en multipliant tout, y compris les comportements déviants. Ces derniers sont même attendus, parce qu’on considère qu’ils certifient le statut "hors du commun" de la star qui peut se permettre ce qui est interdit au commun des mortels. Les gens aiment voir ces excès s’étaler dans les colonnes des journaux et sur le web parce que, d’un côté, ils apprécient que quelqu’un transgresse les interdits pour eux, et d’un autre, ils regardent ces transgressions comme une expression de décadence qu’ils aiment fustiger ou moquer. Une façon de se dire : "ils ont beau être des stars, ils ne valent pas mieux que nous".

Mais, juste après s’être adonné au plaisir de critiquer les excès des stars, les gens aiment aussi les regarder avec une certaine bienveillance, comme des enfants terribles pour qui on a de l’affection.

Donc, d’un côté, on aime pointer du doigt ces excès, et de l’autre, on aime aussi y voir une fenêtre qui ouvre sur le monde de la vedette et qui permet de la comprendre. Un peu comme si la star devenait plus intelligible parce qu’elle emploie une grammaire d’une commune humanité que tout être humain maîtrise.

Quel est le sens de la nudité aujourd'hui, comment analyser le rapport des sociétés occidentales au nu, dans un monde que l'on dit historiquement impudique ?

Christophe Coléra : C'est un nouveau moyen d'expression, un signe d'authenticité, de liberté, de vérité. D'où l'usage massif qui en a été fait dans diverses manifestations politiques (pacifistes, écolo etc) des années 2000. D'où aussi le regain de succès du naturisme chez les jeunes en ce moment, et la file d'attente devant le restaurant "naturiste" indien de Londres  qui est sur le point semble-t-il d'avoir son pendant à Paris...

Nathalie Nadaud-Albertini : L’exposition de la nudité se situe dans une longue histoire de la transgression d’un rapport honteux au corps. Des tableaux comme l’Olympia de Manet ou L’Origine du Monde de Courbet ont fait scandale parce qu’ils montraient la nudité selon un prisme réaliste à une époque où seuls les nus appartenant à un espace exotique, mythologique, onirique ou à un autre temps étaient autorisés. Il fallait que le nu soit idéalisé. En aucun cas, on ne pouvait représenter la nudité sous un prisme réaliste, comme l’on fait ces deux peintres.

 
Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Christophe Colera

Christophe Colera est sociologue et anthropologue.

Il a écrit La nudité pratiques et significations, éditions du Cygnes 2008 et Les tubes des années 1980 (Cygnes, 2013)

Voir la bio en entier

Nathalie Nadaud-Albertini

Nathalie Nadaud-Albertini est docteure en sociologie de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales et correspondante au Centre de Recherche sur les Médiations de l’Université de Lorraine. 

 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€