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Ce que la France peut attendre de la cohabitation des splendeurs et des misères du macronisme

Après l’euphorie de l’élection et l’état de grâce des premières semaines d’exercice du pouvoir, doutes et désillusions ont commencé à poindre dans l’opinion publique. Comprendre pourquoi la popularité d’Emmanuel Macron a, semble-t-il, déjà commencé à péricliter suppose d’identifier les ressorts qui ont fait sa victoire. Forces et faiblesses sont intimement liées.

Patatra

Publié le - Mis à jour le 2 Août 2017

Dans une période d’aggravation et de convergence des crises, les Français ont ressenti le besoin et exprimé le souhait d’un pouvoir ferme. Emmanuel Macron y a initialement répondu par l’énergie de sa jeunesse. Il a incontestablement utilisé le levier monarchique, ne serait-ce que dans la symbolique de son accession au pouvoir, pour tenter de donner un caractère « sacré » à son autorité. Mais ses premiers pas ont montré à quel point celle-ci reposait davantage sur le caractère impérieux de ses caprices que sur une capacité à habiter une vision de long terme.

Peu habitué, semble-t-il, à la patience et à la frustration, il n’a manifestement pas les réflexes psychologiques propres à la sagesse. Il se rêve César mais prend déjà le timbre de voix d’un chef de chambrée : il ne discerne pas, il plastronne. Son manque d’épaisseur et d’endurcissement s’est révélé au grand jour. Celui qui est authentiquement chef n’a nul besoin de le dire : il l’est par l’exemple (le père de famille qui élève ses enfants, le capitaine d’industrie qui travaille avec ses collaborateurs, l’officier qui part au combat au-devant de ses hommes).

Plus inquiétant encore est son rapport à la réalité. Comme un petit garçon qui se campe un décor parfait, il semble que ses succès en cascade et l’absence d’autorité dans sa construction lui aient rendu le pire des services : le refus de toute contrariété dans le règne absolu de ses besoins et la sublimation de sa propre image. Snober Donald Trump au sommet de l’OTAN (avant de l’inviter pour le 14 juillet), faire la leçon à Vladimir Poutine en conférence de presse alors qu’il le reçoit à Versailles ou recadrer sèchement et de manière publique le général Pierre de Villiers, c’est s’amuser à un jeu vidéo dont vous êtes le héros mais, cette fois-ci, à haut risque car les acteurs sont réels : les conséquences en sont considérables et potentiellement dramatiques.

Dans le fond, Emmanuel Macron se révèle tout simplement être l’incarnation de ce qu’a été la campagne : le politique (les enjeux civilisationnels) étouffé au profit de la politique (les postures électorales), l’image consacrée au détriment des idées et, a fortiori, de la pratique. Nicolas Sarkozy ne s’y trompe pas quand il dit : « Macron, c’est moi en mieux ». D’ailleurs, la composition du Gouvernement l’illustre parfaitement, à quelques exceptions près. Sous-couvert de recours à la « société civile », elle témoigne de la prédominance de l’énarchie, de la prétention à l’expertise scientifique et à la prétendue neutralité objective de la gouvernance. Elle signale au grand jour le règne de la post-démocratie. Quant aux députés de la majorité, pour beaucoup issus de nulle part, ils pourront donc être, plus encore que d’habitude, une chambre d’enregistrement. Tant il est vrai qu’un pouvoir se sert autant de ceux qu’il respecte que de ceux qu’il méprise.

 
Commentaires

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  • Par kelenborn - 01/08/2017 - 10:42 - Signaler un abus c'est excellent

    C'est excellent!!!le paragraphe où l'auteur compare Macroléon a un gamin qui jouerait sur son ordi à combattre assisté de Goldorak les créatures de l'Empire du Mal , c'est en plein dans le mille!! Vous voyez bien Ferjou! Quand vous faites un effort, vous pouvez donner la parole à des gens qui ont quelque chose à dire

  • Par Michèle Plahiers - 01/08/2017 - 11:42 - Signaler un abus Madame Bovary

    Se retrouve dans un manège de foire, celui que l'on appelle: le Palais des glace. Trouvera-t-il la sortie? Madame Bovary elle, en tout cas a mal fini et son alter-égo masculin: Juilen Sorel: aussi,...

  • Par Michèle Plahiers - 01/08/2017 - 13:50 - Signaler un abus C'est amusant

    j'ai regardé le thème astral d'Atlantico. Leur nom est bien en rapport avec leur site. Verseau et surtout poisson (neptune). J'espère ne pas avoir fais fuir la fachospère. Essayez de récupérer les lecteur de Libé et de l'expresse. Mais tout le monde n'est pas branche sur INTERNET. Le soleil est très bien a&specté et le navire devrait tenir dans la tempête,....même si la fachosphère décroche....

  • Par gerint - 01/08/2017 - 14:36 - Signaler un abus Macron enfant-roi adulé

    n'est pas taillé pour subir sans se désunir les assauts contraires très traumatisants pour son égocentrisme liés au poste qu'il occupe maintenant, qui nécessite de la résilience et un cuir épais. Il méprise les gens du peuple qui ont pourtant le droit et même le devoir de jauger et de juger son action, nous sommes dans une démocratie et ces personnes votent en émettant une sentence, fût-ce sur un énarque brillant.

  • Par Michèle Plahiers - 01/08/2017 - 14:55 - Signaler un abus L'autoritaritarisme

    et la réponse classique face au morcellement de l'inconscient tiraillé dans tous les sens (psychose égale morcellement), soit la personne décompense, soit elle se durcit dans l'autoritarisme lire: Le désert des Tartare de Buzatti,...ou Foucault: Surveiller ou punir,...

  • Par clint - 01/08/2017 - 16:10 - Signaler un abus Seul Wauquiez peut encore sauver la droite !

    Sinon Macron pourra continuer à transformer la France en ce qu'elle n'a jamais voulu être : un satellite de l'UE dépendant du pouvoir non élu de Bruxelles !

  • Par Fredja - 02/08/2017 - 18:00 - Signaler un abus Encore un mal élevé

    très bon article, dont je partage pleinement la vision. Macron est typique de l'enfant roi, à qui on n'a jamais rien refusé. Et le fait d'avoir épousé une femme qui pourrait être sa mère reste dans la même veine : il regarde son image dans l'admiration béate de son épouse... Par contre, par rapport aux conclusions de l'article, personnellement je n'ai jamais eu de doutes sur le fait que les masques tomberaient.. Je ne pensais pas que ce serait aussi rapide. Et les veaux qui ont cru au "renouvellement" de Macron ne vont pas tarder à tomber de leur chaise en voyant ce petit despote qui s'agite dans tous les sens...

  • Par Fredja - 02/08/2017 - 18:02 - Signaler un abus Et pour l'amère Michèle...

    je ne sais pas ce que vous fumez, mais ça doit être de la bonne... si vous pouviez juste limiter vos commentaires à 1 post par article, ça limiterait la pollution sur Atlantico... Un petit geste pour l'environnement, svp :-)

  • Par zen-gzr-28 - 02/08/2017 - 20:50 - Signaler un abus C'est déjà un cauchemar

    pour ceux et celles qui n'ont pas été endormi par le mirage macroniste

  • Par zen-gzr-28 - 02/08/2017 - 20:55 - Signaler un abus Il faut lire

    qui n'ont pas été endormis. Merci

  • Par Helveticosuisse - 03/08/2017 - 05:15 - Signaler un abus Innocence ?

    Fallait-il être bien innocent pour gober cette campagne publicitaire qui nous vendait un monde nouveau, comme le beaujolais, le Macron nouveau est arrivé. Derrière l'étiquette bien soignée il n'y a que de la piquette. A la votre, vous finirez ce breuvage puisque vous l'avez voulu.

  • Par vangog - 03/08/2017 - 09:06 - Signaler un abus @Helveticosuisse jusqu'à la lie! (Hallali?)

    le breuvage de Jupiter...

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Guillaume Bernard

Guillaume Bernard, docteur et habilité à diriger des recherches en histoire des institutions et des idées politiques, est maître de conférences à l'ICES (Institut Catholique d'Études Supérieures).

Il enseigne ou a enseigné dans divers autres établissements comme Sciences-Po Paris. Il a rédigé ou codirigé un certain nombre d'ouvrages scientifiques parmi lesquels Dictionnaire de la politique et de l'administration (PUF, 2011) et Introduction à l'histoire du droit et des institutions (Studyrama, 2éd., 2011), ou destinés au grand public, dont L'instruction civique pour les nuls (First, 2e éd., 2015). Il est également l'auteur de La guerre à droite aura bien lieu, (Desclée de Brouwer, 2016).

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François Bert

Saint-Cyrien, officier parachutiste à la Légion étrangère puis gérant de portefeuilles et manager commercial, François Bert élabore une méthode unique de diagnostic des personnalités. Fondateur en 2011 d’Edelweiss RH, il conseille « en situation » les équipes de direction, notamment par l’« ostéopathie d'organisation © » (mise en adéquation des organigrammes et des personnalités) mais aussi l’accompagnement des dirigeants au discernement opérationnel et l’orientation professionnelle des particuliers. Il vient de publier Le temps des chefs est venu, autopsie de la personnalité présidentielle & solutions pour l’avenir (Amazon, 2016). Son blog est disponible ici.
 

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