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Ce que la France aurait à gagner à observer le modèle estonien de l’Etat tout numérique

Depuis la chute de l'URSS, l'Estonie a parié sur le numérique. La dématèrialisaiton des services publics lui a permis entre autre de gagner en efficacité et relancer son économie. Pour plusieurs raisons, la France gagnerait beaucoup à s'inspirer de ce modèle.

E-stonie

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L’Estonie se distingue aussi par la mise en place de régulations qui visent à catalyser les opportunités inhérentes à la révolution digitale sur son territoire.

Dans le secteur de l’économie collaborative par exemple, elle n’a pas cherché à réglementer l’accès des particuliers aux plateformes mais a préféré conclure avec celles-ci des accords ayant pour objet la transmission des données relatives aux revenus des particuliers.

Autre exemple, dans le domaine de l’intelligence artificielle où une réflexion est actuellement en cours quant à l’opportunité d’octroyer la personnalité juridique à certains algorithmes.

In fine, accompagnée d’un environnement fiscal et réglementaire attractif, ces régulations ont favorisé l’émergence d’un écosystème de startups avancé avec des entreprises tels que « Skype », « Txfy » ou encore « Transferwise ».

Enfin, l’avantage comparatif estonien dans le domaine du numérique fait l’objet d’un véritable « nation-branding ». L’Estonie se positionne sur les scènes internationale et européenne comme Etat expert, initiateur de normes dans le domaine des TIC comme l’ont démontré la présidence estonienne du Conseil de l’Union européenne ou encore l’élaboration du manuel de Tallinn qui propose une application du droit international aux cyber-conflits. Ce nation-branding permet aussi aux acteurs estoniens de diffuser leur savoir-faire. Un accord de coopération entre la France et l’Estonie portant sur la gouvernance numérique, la lutte contre les cyberattaques et le développement de l’économie numérique a d’ailleurs été signé le 19 mars 2018.

Les inconvénients d’un tel modèle sont inhérents à ceux rencontrés par toutes les organisations face à leur transition numérique et sont principalement de deux ordres : sécuritaire et sociale.  

Sur le plan social, l’Estonie met en place des politiques de formation permettant la réduction de la fracture numérique en amont. La question des nouvelles solidarités en aval est en revanche peut abordée.

Concernant la sécurité, l’administration incorpore progressivement la blockchain dans ses registres et instaure des ambassades de données qui visent à assurer la souveraineté et la continuité de l’Etat plateforme estonien. Cependant en aucun cas ces programmes ne sauraient se substituer à la nécessité d’une vigilance accrue des pouvoirs publics face à la montée des cyber-menaces.

Dans quelle mesure une telle approche pourrait-elle être menée par un pays de la taille de la France ? Les enjeux d'échelle invalident-ils une telle possibilité ? Qu'est-ce que la France pourrait y gagner ? 

Le modèle de e-gouvernement estonien étant adapté à un pays présentant les caractéristiques d’une petite économie ouverte, sa reproduction stricto sensu fait effectivement face à certaines limites notamment démographiques (l’Estonie est un Etat d’1,3 million d’habitants soit l’équivalent de la métropole de Lyon) et tenant pour une large part à l’importance du rôle structurant de l’État dans la société française. Néanmoins, cette impossibilité peut être réitérée pour les modèles de e-gouvernement scandinaves, singapourien ou même anglais pour des raisons sensiblement similaires.

Si la France doit penser un modèle de e-gouvernement qui lui est propre, l’Etat comme la société civile ont tout à gagner à s’inspirer de l’approche estonienne pour au moins quatre raisons :

  • D’abord, le modèle de e-gouvernement estonien favorise une amélioration de l’action et du service publics sur l’ensemble du territoire, dans les zones urbaines comme rurales, et ce avant tout au bénéfice des citoyens.
  • Ensuite, le modèle de e-gouvernement est une source d’économie non-négligeables en termes de dépenses publiques et à périmètre d’action constant.
  • Il illustre les nouveaux enjeux auxquels doivent faire face les pouvoirs publics, notamment ceux de la souveraineté et de la continuité numériques.
  • Il constitue enfin un exemple d’utilisation des outils numériques par l’Etat conciliant protection des libertés individuelles et efficacité de l’administration.

 

 
Commentaires

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  • Par vangog - 15/07/2018 - 09:59 - Signaler un abus La France n’a pas abattu le mur du gauchisme!

    ...ce qui transparaît , en filigrane, dans le discours de cet universitaire biberonné. « nouvelles solidarités « , ça sent son vieux marxisme impénitent...exactement comme pour le revenu à la source, le passage aux nouvelles technologies suppose une remise à plat suivie d’une simplification totale. Or le socialaud-macronisme agit par accumulation, dans la parfaite continuité des politiques gauchistes précédentes, non par simplification...c’est mort, par avance!

  • Par Citoyen-libre - 15/07/2018 - 11:31 - Signaler un abus Mais c'est une évidence

    L'informatisation de tous les services publics, telle qu'on la retrouve dans les banques depuis 20 ans, amènerait une économie colossale au pays, par des réductions d'échelle. Et c'est là, qu'on constate la paralysie de ce gouvernement, car cette informatisation bouleverserait le travail des régions, des Conseils généraux et mêmes des communes. Le gouvernement aurait à faire face à une révolution des élus, du fait de la suppression de postes très importants, générée par l'informatisation. Au moment ou Macron fait son marché pour préparer les européennes, il est clair que cela tombe bien mal. C'est là toute l'hypocrisie de ce gouvernement comme celui des précédents. Nous ne sommes pas dans la recherche de l'efficacité, mais dans de la vulgaire politique de bas étage. Cela fait 50 ans, que les élus empêchent ce pays d'évoluer et de se moderniser. Les banques pourtant ont su gérer cette évolution incontournable, sans trop de casse. Et le pire dans tout ça, c'est qu'un type de 40 ans, qui a un boulevard devant lui, avec une opposition inexistante, n'a visiblement, ni les ressources ni le courage pour effectuer ce virage. C'est à désespérer de tout.

  • Par Anouman - 15/07/2018 - 11:42 - Signaler un abus Numérique

    Pour que ça fonctionne il faut simplifier et alléger la règlementation. Il serait intéressant de faire la liste de tous les "services publics" supposés. On s'apercevrait que beaucoup ne rendent aucun service, et sont parfois nuisibles.

  • Par jjames - 15/07/2018 - 12:21 - Signaler un abus bravo l'Estonie, moins de

    bravo l'Estonie, moins de réglementations, moins d'impôts, aux chiottes les élites

  • Par Anguerrand - 15/07/2018 - 15:40 - Signaler un abus Les fonctionnaires veulent défendre leurs place et avantages

    En passant au tout numérique on s’apercevra que nous avons au moins un million et demi de fonctionnaires en trop. En voilà de vraies économies et le tout sans grèves ou absences

  • Par francoise34 - 15/07/2018 - 23:51 - Signaler un abus Et les connexions ?.....

    Tout numerique sans internet Sans réseau portable À la merci des orages, des coupures de courant même sans cause météo On peut rêver du troisième millénaire

  • Par zelectron - 16/07/2018 - 19:11 - Signaler un abus AVANTAGES

    j'ajoute : - l'aspect élections n'est pas abordé, ni le contrôle 24/24 strict des élus (récompenses/sanctions) - économie majeure des flux financiers les inconvénients: éliminés au fur et à mesure pour ce qui reste ...

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Antoine Picron

Antoine Picron est analyste en politiques publiques et chercheur à l'Institut Sapiens. Né en 1994, diplômé en droit de l’Université Toulouse 1 Capitole et de l’École d’Affaires publiques de l’Institut d’Études Politiques de Paris, il est passé par le cabinet de Conseil en stratégie Altermind, une société de conseil innovante mettant la puissance académique au soutien des dirigeants, ainsi que par le service économique de l’ambassade de France à Tallinn en Estonie. Antoine Picron a été rédacteur pour le journal de la faculté de droit de Toulouse, et est aussi chroniqueur occasionnel pour le blog « Trop libre » de la Fondation pour l’innovation politique.

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