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Ce que Le dernier Jedi révèle de la crise politique de l’Occident

Lettre de Londres mise en forme par Edouard Husson. Nous recevons régulièrement des textes rédigés par un certain Benjamin Disraeli, homonyme du grand homme politique britannique du XIXè siècle.

Disraeli Scanner

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Notre liberté est ancienne. Elle doit être préservée, cultivée, transmise

Je ne me réjouis pas parce que nous aurons encore des épisodes de Star Wars. Mais parce que Le dernier Jedi indique que l’Occident pourrait être en train de redécouvrir le secret de notre liberté. Elle n’est pas sortie de l’esprit d’intellectuels, aussi bien disposés aient-ils été. Elle n’est pas le fruit d’un contrat social. Non, notre liberté est née il y a très longtemps dans une galaxie très lointaine, celle du Moyen-Age. Elle s’est incarnée dans ces assemblées populaires qui élisaient les évêques, dans ces ordres religieux qui ne voulaient dépendre que du pape, dans les assemblées communales qui ont accompagné le développement urbain, dans ces premiers parlements qui ont entendu encadrer l’arbitraire royal.

Notre liberté est protégée par notre histoire et c’est pour cela que « la Grande Charte » est devenu un symbole si puissant. Notre liberté est menacée à chaque fois que se perd le sens de la continuité historique, de la transmission. Le dernier Jedi nous fait comprendre parfaitement comme la liberté individuelle est fragile. L’individu qui se proclame libéré des « chaînes du passé » est comme une plante déracinée, il ne survit que le temps d’avoir épuisé toutes ses réserves. La grandeur de l’Occident est de ne jamais avoir complètement perdu le sens des « libertés fondatrices »: Montesquieu savait ce qu’il faisait en enracinant les libertés modernes dans les libertés féodales. Chateaubriand, le plus grand de vos conservateurs, savait lui aussi que la liberté est enracinée dans la continuité d’une tradition, sous peine de dépérir. Les individus, livrés à eux-mêmes - et au nom de leur liberté incompressible - sont très forts pour inventer toutes les contraintes imaginables, pour renforcer l’intervention de l’Etat, pour mobiliser toutes les ressources de la raison au service d’une uniformité qui favorise l’avènement de la tyrannie.

Star Wars témoigne de la lutte de la culture occidental avec l’individualisme qui, lorsqu’il n’est pas canalisé par la solidarité des générations, finit par se retourner en son contraire, le totalitarisme. Episode après épisode, nous découvrons comme la liberté des modernes est fragile et comme elle ne tient qu’à un fil, celui d’une tradition quelquefois si obscurcie que les combattants de la liberté se demandent s’ils ne vont pas être définitivement engloutis. 

Mon cher ami, je me réjouis de vous revoir en 2018. Je vous souhaite une année pleine de succès et je reste 

Votre fidèle et dévoué 

Benjamin Disraëli

 
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Disraeli Scanner

Benjamin Disraeli (1804-1881), fondateur du parti conservateur britannique moderne, a été Premier Ministre de Sa Majesté en 1868 puis entre 1874 et 1880.  Aussi avons-nous été quelque peu surpris de recevoir, depuis quelques semaines, des "lettres de Londres" signées par un homonyme du grand homme d'Etat.  L'intérêt des informations et des analyses a néanmoins convaincus  l'historien Edouard Husson de publier les textes reçus au moment où se dessine, en France et dans le monde, un nouveau clivage politique, entre "conservateurs" et "libéraux". Peut être suivi aussi sur @Disraeli1874

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