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Ce que Le dernier Jedi révèle de la crise politique de l’Occident

Lettre de Londres mise en forme par Edouard Husson. Nous recevons régulièrement des textes rédigés par un certain Benjamin Disraeli, homonyme du grand homme politique britannique du XIXè siècle.

Disraeli Scanner

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Pour autant, nous nous rassurions en nous rappelant que I, II et III racontaient l’histoire d’avant. Nous pouvions compter sur ce « retour du Jedi » que nous connaissions par coeur. Eh bien tout se passe comme si  l’épisode VII et l’épisode VIII avaient été conçus comme pouvant être regardés directement après III. Imaginons qu’on nous explique que Palpatine et Darth Vador sont morts et remplacés par Snore et Kylo Ren..... Cela marcherait aussi. La liberté a l’air de n’être plus qu’un lointain souvenir. 

Non seulement nos héros d’il y a trente ans et leurs enfants sont placés sur la défensive par le réveil du côté obscur de la Force mais la nouvelle  Résistance est de plus en plus menacée.

Elle apparaissait déjà bien fragile dans l’épisode VII; sa survie, dans l’épisode VIII relève du miracle. Les scènes où une poignée de rebelles sont à la merci de l’Empire métamorphosé en Premier Ordre portent à la puissance dix la tension qui présidait déjà à des scènes équivalentes dans les épisodes précédents. Si l’on regarde les épisodes dans l’ordre où ils ont été réalisés, nous avons l’histoire du pessimisme croissant de l’Occident. 

Je voudrais m’arrêter quelques instants sur le dénouement. Avez-vous remarqué que jamais aucun personnage des épisodes précédents, pas même Darth Vador, n’avaient exprimé une soif de violence aussi déchaînée que Kylo Ren? Le fils de Han Solo et de Leia fasciné par son grand-père Vador, dont il veut imiter la carrière au service du côté obscur, demande soudain que toute la puissance de feu de son armée soit déclenchée pour anéantir un seul adversaire, son oncle, Luke Skywalker, « le dernier Jedi » venu le défier. Comment ne pas voir dans le comportement de Kylo Ren, l’expression de la croissante tentation de la violence qui habite l’Occident depuis la chute de l’Union Soviétique? 

Luke Skywalker, les doutes d’un « conservateur » et la fragilité de la liberté

Malgré le déchaînement de feu qui le vise, Luke Skywalker reste debout parce que sa présence est un leurre: le « dernier Jedi » se trouve en fait à quelques années-lumières, sur une planète retirée, à mobiliser tout ce qu’il peut de la Force au service de Leia et de la Résistance par la puissance de son esprit. Les auteurs de l’épisode ont eu l’idée de faire s’affronter des forces spirituelles et toute la violence de Kylo Ren ne peut être - provisoirement -  vaincue que par une force spirituelle supérieure. Voilà qui pourrait nous rendre espoir. Mais pourquoi Luke est-il « le dernier Jedi »? Comment se fait-il que l’ordre monastique qui avait vaincu l’Empire n’ai pas suscité, dans les décennies qui ont suivi un renouveau des vocations et garanti ainsi quelques générations de liberté? 

Le personnage de Luke, ce Jedi qui n’arrive pas, sauf ’à la fin du film, à être à la hauteur de sa vocation, nous met sur la voie. La crise de la liberté, en Occident, est une crise de la tradition. Luke l’avoue lorsqu’il reproche à sa visiteuse, Rey, d’avoir contribué à faire émerger des légendes le concernant; il n’en veut pas ou du moins il en a peur; il n’aime pas l’idée d’être une source d’inspiration. Après le départ de Rey, il veut mettre le feu aux livres sacrés des Jedi. Apparaît alors maître Yoda qui montre à Luke que si la caverne sacrée doit brûler, ce ne sera pas de son fait mais parce que les livres sont devenus inutiles maintenant que Rey a pris le relais et fait revivre la tradition de la liberté. Lorsque Luke est rentré en lui-même et se laisse habiter par la force au point de pratiquer la bilocalité, il peut soudain affirmer à Kylo Ren qu’il n’est pas le dernier Jedi et que la liberté est bien vivante. La continuité des générations a été réaffirmée; la liberté peut à nouveau être conservée, cultivée et transmise.  

 
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Disraeli Scanner

Benjamin Disraeli (1804-1881), fondateur du parti conservateur britannique moderne, a été Premier Ministre de Sa Majesté en 1868 puis entre 1874 et 1880.  Aussi avons-nous été quelque peu surpris de recevoir, depuis quelques semaines, des "lettres de Londres" signées par un homonyme du grand homme d'Etat.  L'intérêt des informations et des analyses a néanmoins convaincus  l'historien Edouard Husson de publier les textes reçus au moment où se dessine, en France et dans le monde, un nouveau clivage politique, entre "conservateurs" et "libéraux". Peut être suivi aussi sur @Disraeli1874

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