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Ce que cachent les rhétoriques outrancières de Donald Trump et Kim Jung-un

La récente escalade verbale entre les États-Unis et la Corée du Nord souligne à quel point Washington peine à décrypter ce dossier.

Derrière les mots

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Ce que cachent les rhétoriques outrancières de Donald Trump et Kim Jung-un

Au-delà des réactions médiatiques à l'égard des excès de langage des deux parties, quelles sont les failles réelles de l'approche de Washington dans la gestion du cas nord-coréen ? La pression exercée sur la Chine pour que celle-ci "règle le problème" n'est-elle pas excessive ? Comment le dossier nord-coréen peut-il s'imbriquer entre les différents dossiers ; Mer de Chine du Sud, Taiwan, tensions autour du libre-échange, etc… qui occupent Chine et Etats-Unis ?

Derrière les rhétoriques outrancières des deux camps, coutumières à Pyongyang, plus inhabituelles à Washington – Donald Trump semble s’être inspiré de la déclaration de Harry Truman du 6 août 1945, quelques heures après l’utilisation de la bombe atomique à Hiroshima – et pour le moins déplacées, c’est toute la politique nord-coréenne de Washington qui montre ses limites. Il convient, bien entendu, de pointer du doigt l’aventurisme et l’amateurisme du 45ème président des Etats-Unis, mais le problème n’en demeure pas moins beaucoup plus profond.

Les administrations précédentes ont toutes échoué à régler la question nord-coréenne. Bill Clinton a signé en 1994 les accords de la KEDO, qui s’avérèrent inefficaces, George W. Bush a choisi de hausser le ton et d’inscrire Pyongyang sur la liste de l’axe du mal, et fut témoin du premier essai nucléaire nord-coréen en 2006, et Barack Obama a ouvert la porte au dialogue et Pyongyang y a répondu avec quatre autres essais nucléaires. Disons que Trump ajoute à ces déboires successifs son style iconoclaste, et une incompétence qui ne se limite pas au bureau ovale, puisque l’ensemble de son administration semble incapable de décrypter avec soin le problème nord-coréen.

Les pressions sur la Chine, qui elles non plus ne datent pas d’hier, ne sont pas fondamentalement excessives compte-tenu du jeu double que joue Pékin, mais elles sont la démonstration de l’incapacité de Washington à régler ce problème. C’est donc un aveu de faiblesse et, dans les relations entre grandes puissances, c’est une immense erreur. Là aussi, Trump n’est pas plus à blâmer que ses prédécesseurs. Le président américain ajoute cependant à ces pressions une redéfinition de la politique asiatique de Washington, qui semble inspirée par la thèse du grand bargain, ou grand marchandage, avec Pékin. Cette dernière suggère un partage du leadership en Asie orientale avec la Chine, tant sur les questions stratégiques qu’économiques et commerciales. Si cette thèse se confirme, cela signifie non seulement la consécration du retrait des Etats-Unis en Asie, loin de la stratégie ambitieuse – mais limitée dans sa mise en application – du pivot vers l’Asie de Barack Obama, mais aussi que les lignes du partage doivent être définies. Dans cette configuration, qui pourrait ne pas tenir de la politique fiction, deux pays alliés de Washington ont toutes les raisons du monde de s’inquiéter : la Corée du Sud, et plus encore la République de Chine (Taiwan). Quel sort leur réserve Washington, et quelle sera la marge de manœuvre américaine dans la relation avec ces deux pays ? Difficile de le savoir à ce stade. Il est en revanche certain que Pékin et Washington se livrent à une surenchère auprès des pays asiatiques, sorte de course au leadership et aux accords. La Chine a clairement l’avantage sur la grande majorité des dossiers, et c’est sans doute la situation difficile dans laquelle se trouvent les Etats-Unis qui justifie, aux yeux du président américain, une stratégie très offensive.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 12/08/2017 - 11:04 - Signaler un abus le "dialogue" d'Obama: 4 essais nucléaires????

    cette erreur majeure d'appréciation prouve que le dialogue avec un maître-chanteur ne fonctionne pas (le socialiste Hitler l'avait déjà démontré). A partir de deux essais nucléaires, le maitre-chanteur n'était pas encore certain de pouvoir envoyer ses bombinettes sur la figure de ses voisins. à partir de 6 essais nucléaires, il faut maitriser le fou, avant qu'il ne pète les plombs totalement. Donald a raison de hausser le ton, car c'est la seule manière de faire comprendre à ce dictateur qu'il a dépassé les bornes de la provocation...

  • Par Labarthe - 12/08/2017 - 13:20 - Signaler un abus Une analyse fausse et politiquement tendancieus

    Cette analyse est truffée d'erreurs et de contresens. Quelques exemples: Obama a laissé une situation catastrophiques. La plupart des pays du sud est asiatiques se sont éloignées des USA pendant son mandat - Malaisie, philippines et même le Vietnam dont le Président s'est rapproché de son grand ennemi la Chine sur un plan idéologique. Toutes les tentatives de discussion et de négociation avec Kim jung-un, son père ou son grand-père ont échoué et pendant ce temps l'arsenal de la Corée du Nord s'est renforcé. L'expérience montre que ce genre de régime finit par se servir de ses armes. Par ailleurs personne n'est capable d'analyser l'influence réelle de la Chine sur son voisin. Ce que l'on peut dire c'est que la Chine fera tout son possible pour éviter un conflit de peur d'avoir un jour l'armée américaine sur sa frontière. Je pense aussi que Trump, en réaliste, à parfaitement analysé et le problème et la psychologie du dictateur. Et, de toute façon, il faudra régler ce problème avant que la puissance de ce régime ne soit trop forte avec à la clé un pouvoir de nuisance encore plus grand. Seule une personnalité comme Trump à le courage de s'affronter à ce genre de régime.

  • Par J'accuse - 12/08/2017 - 15:32 - Signaler un abus Trump partira en guerre... ailleurs

    Au point où il en est, Trump est obligé de déclarer la guerre, sous peine d'être ridiculisé et fortement affaibli, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. La Corée du nord présentant trop de risques et aucun avantage, il ira faire la guerre dans une autre coin du monde. L'Iran ? Trop dangereux aussi. Le Venezuela, par contre, pour "libérer" son peuple d'un autre dictateur communiste, serait une option, et tant pis si ça ne plaît pas à Castro.

  • Par ajm - 12/08/2017 - 16:19 - Signaler un abus Arbitrage entre risques â échéances différentes.

    Article particulièrement mauvais et à côté de la plaque. Le problème pour les US en général et pas spécialement pour Trump, c'est de savoir s'il peuvent accepter, â moyen et même peut-être à court terme, de se voir menacer nucleairement par un petit potentat tyrannique et incontrôlable. Attendre trop, c'est courir le risque de ne plus pouvoir agir sans risques directs trop grands pour eux. Agir maintenant, c'est courir le risque de déclencher une guerre générale en Corée et dans l'environnement régional, sachant que à terme on peut avoir la totale si on ne fait rien maintenant. En tout cas, ramener le problème à une question d'image de Trump c'est vraiment n'importe quoi. En fait, cette histoire de Corée c'est un mistigri que tous les présidents US se refilent les uns après les autres, sauf que Trump, par tempérament et parce que la capacité nucléaire de la Corée du Nord commence à être vraiment crédible, sent qu'il ne peut plus continuer â faire la politique de l'autruche.

  • Par Liberte5 - 12/08/2017 - 19:33 - Signaler un abus D. TRUMP a compris qu'on ne négociait qu'en force avec

    un régime totalitaire. Ses prédécesseurs ont laissé pourrir cette situation en ne faisant rien. D. Trump montre à la Corée du nord, que lui ne se laisserait pas faire. La Corée du Nord va baisser d'un ton et la mettre en veilleuse. L'occident a enfin trouvé un leader capable de tenir tête à ceux qui veulent nous détruire. Soutien total à D. Trump

  • Par vangog - 12/08/2017 - 22:14 - Signaler un abus @ajm et @Liberte5 vous avez raison!

    Mais cette situation tendue prouve, une fois de plus, la difficulté de passer après des régimes gauchisants qui ont laissé pourrir les choses, plus attachés à des "problématiques" d'image, comme tient à le souligner ce Maitre de conférence, qu'à la réalité des dangers...

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Barthélémy Courmont

Barthélémy Courmont est maître de conférences l’Université Catholique de Lille, directeur de recherche à l’Iris, et rédacteur en chef de Monde chinois, nouvelle Asie. Il est l'auteur de L’énigme nord-coréenne (Presses universitaires de Louvain) et Mémoires d’un champignon. Penser Hiroshima (Lemieux éditeur).

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