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Que cache réellement le boom de l'automédication ?

De plus en plus de Français se tournent vers l'automédication et achètent de quoi se soigner chez le pharmacien du coin. Le but : ne pas passer par "la case médecin", ne pas payer le prix de la consultation et éviter de perdre du temps dans les salles d'attente.

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Que cache réellement le boom de l'automédication ?

En France, de plus en plus de personnes se tournent vers l'automédication. Crédit Reuters

Atlantico : En France, de plus en plus de personnes se tournent vers l'automédication. Acheter ses médicaments chez le pharmacien du coin permet de gagner du temps et de l'argent et d'éviter de se rendre chez son médecin généraliste. Un phénomène qui prend de l'ampleur, mais à quel prix ? Que cache vraiment le boom de l'automédication ?

Nicole Delépine : Il y a certes une augmentation de la consommation des médicaments en prescription par le patient lui-même, qui achète librement ce qu’il pense bon pour lui, parfois avec l’aide de son pharmacien, de son voisin et pourquoi pas de son médecin. Les médicaments vendus sans ordonnance afficheraient en 2011 une progression des ventes en valeur de +1,9 %, mais dans ce pourcentage figure sûrement un certain nombre de médicaments déremboursés auxquels, à tort ou à raison, étaient attachés les patients et qu’ils achètent désormais librement sans ordonnance.

Ce phénomène doit être pris en compte avant de parler de "boom".

N'est-ce pas un signe inquiétant quant au budget que les Français accordent à leur santé ?

Cela n’est ni forcément inquiétant, ni clairement significatif. Les Français sont de plus en plus conduits à se prendre en charge eux-mêmes, à être co-acteurs des soins et des décisions médicales. Règne du consentement éclairé, des signatures de protocoles de traitement avant intervention etc. Cela modifie les mentalités progressivement. Comment s’étonner qu’ils souhaitent de plus en plus être décideurs dans leur traitement, le plus souvent celui des affections bénignes que les grands-mères traitaient autrefois par les remèdes de bonne femme, des tisanes ou des onguents ? Ce serait plutôt rassurant qu’ils se médicalisent un peu moins. La consultation systématique aux urgences, où l’attente est longue pour un entretien court, peut souvent être remplacée par un remède peu agressif ou supposé tel, que le patient choisira avec l’aide des siens ou les conseils anticipés de son médecin traitant.

Il y a très longtemps que les mamans rodées traitent la fièvre de leur petit spontanément avec les anti-fièvre ou antidouleurs prescrits par leur pédiatre et en réserve au fond du placard pour le cas où ce serait utile. On ne parlait pas d’automédication parce que ces médicaments étaient achetés sur ordonnance. Mais de fait, la mère le donnait bien souvent sans avis médical. C’est pourquoi parler de boom paraît exagéré. En Italie, l’habitude est d’avoir X médicaments en réserve dont des listes utiles sont fournies par les médecins pour commencer à traiter soi-même les symptômes avec les dangers que cela comporte. Cette tendance se développe en France depuis plusieurs années.

Quelle est l'ampleur de l'automédication en France ?

Difficile à savoir. Seul le côté économique direct peut être évalué. Le médicament est un objet économique mais aussi mythique avec son côté magique. Il est difficile de le limiter à un bien de consommation comme un autre.

Sur le plan économique pur, la progression des médicaments en vente libre s'établit à 1,9 % alors que ceux vendus sur ordonnance reculent de 1,3 %. Selon une étude du cabinet Xerfi, les médicaments vendus sans ordonnance devraient croître de l'ordre de 1 % par an en valeur d'ici à 2015. L’automédication est en progression, pour un total de 2,1 milliards d’euros annuels contrairement aux médicaments vendus uniquement sur prescription (en baisse de 1,3 % mais de l’ordre de 30 milliards d’euros tout de même !). Ils concerneraient essentiellement les produits contenant du magnésium, des vitamines et des suppléments minéraux ainsi que les médicaments sensés soigner les maux de gorge ou les rhumes. Les substituts nicotiniques ont également la cote avec une hausse de 9,6% à 81 millions d’euros de recettes en 2011. La publicité récurrente n’y est pas étrangère.

Effectivement, comme en ce qui concerne les médicaments remboursés, le rôle de la publicité est énorme et en partie responsable de cet accroissement des ventes (comme celles des compléments alimentaires). D’autant plus que pour les produits non remboursés, elle est autorisée à être directe et non pas obligée de passer par la propagande indirecte des émissions télévisées ou de radio vantant les mérites d’une classe de médicaments.

Quel pourcentage de la population s'en "contente" ?

Près de 70 % des Français de 18-64 ans auraient recours à l’automédication, le plus souvent (près de 90 %) pour des douleurs, de la fièvre, des maux de tête ou de gorge, des rhumes, de la toux. Dans la moitié des cas, c’est pour une sensation de fatigue ou des problèmes digestifs qu’ils iront acheter un remède. Enfin les brimés de la suppression des veinotoniques, pour fluidifier la circulation du sang, continuent à se fournir chez le pharmacien en automédication.

Cependant les Français ne se contentent pas de l’automédication. Si les désagréments persistent, ils se tournent vers leur médecin à la quête d’un diagnostic et d’un traitement plus adapté ou plus "fort". La visite médicale est utilisée en complément de l’automédication, beaucoup plus qu’en remplacement. C’est du moins la vue que nous en avons en tant que médecin, car nos patients nous parlent régulièrement de ce qu’ils ont pris, de ce qu’ils pourraient prendre en nous demandant une orientation a priori ou a posteriori et de vérifier l’absence de contrindication avec leurs chimiothérapies par exemple. C’est ainsi que nous devenons moins ignorants sur l’usage que font les gens des plantes médicinales. Bien sûr, ceux qui ne voient pas le médecin nous échappent. Ils seraient de plus en plus nombreux.

 
Commentaires

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  • Par SimonT - 29/01/2013 - 06:18 - Signaler un abus L'automédication : une nécessité, malheureusement

    Quand vous avez quatre enfants, et que votre femme est "fourrée" tous les mois chez le médecin pour au moins un des enfants, et que malgré les antibiotiques, les suppos, les sirops, le célestène, les enfants continuent toujours à tousser et à cracher, on se dit au bout d'un moment : "il faut aller voir ailleurs...". Je me souviens, une semaine : ma fille cadette à qui le médecin du coin lui avait donné un antibiotique, et pour laquelle, en milieu de semaine, on lui en avait donné un autre "parce que le premier ne marchait pas". Deux antibiotiques dans la même semaine : j'étais fou. Une émission sur une radio m'a fait connaitre un livre sur les huiles essentielles. Alors qu'une de mes filles toussait depuis des jours, jour et nuit, sa mère à son chevet complètement fatiguée, malgré la liste des ingrédients ci-dessus, je l'ai massée avec une préparation d'huiles essentielles proposée par le médecin aromathérapeute qui a écrit le livre. Croyez-le ou non : ma fille s'est arrêtée de tousser en ... 5 minutes ! Avec sa mère, on n'en revenait pas. Et le plus fort, c'est que le lendemain matin, ma fille, en pleine forme, demandait à aller à l'école ! Cela vous change une vie de parents...

  • Par SimonT - 29/01/2013 - 06:32 - Signaler un abus 2ème témoignage

    2ème témoignage. Ma femme trainait des problèmes d'allergie de printemps depuis des années. L'arrivée du printemps était source d'angoisse pour elle. Elle avait des crises d'asthme très handicapantes. Elle avait fait des tests pour déterminer la source de son allergie : sans résultat. Une année, alors qu'elle était en pleine crise, je lui ai dit : - Dans le livre que je lis sur les huiles essentielles, il y en a une qui donnerait des résultats sur les allergies - Pourquoi pas, me répondit-elle. Je n'ai rien à perdre... En fait je lui donnais 2 HE : le Niaouli et et le Ravensare (à ne pas confondre avec le Ravintsara), à raison de 2 gouttes de chaque sur le poignet gauche. Masser avec l'autre poignet. Croyez le ou non : en 1 semaine son allergie est partie. Le plus fort, c'est que cela fait maintenant des années que son allergie de printemps n'est plus revenue. Voilà... PS : le Dr en question qui a écrit le livre est le Dr Pénoël, qui a écrit entre autres l'Aromathérapie exactement", avec Pierre Franchomme. Mais ce n'est pas ce livre que j'avais acheté.

  • Par carredas - 29/01/2013 - 08:02 - Signaler un abus Un doliprane ou bien les urgences...?

    Me Delépine écrit : " La consultation systématique aux urgences, où l’attente est longue pour un entretien court, peut souvent être remplacée par un remède peu agressif ou supposé tel, que le patient choisira avec l’aide des siens " Si la consultation aux urgences peut être avantageusement remplacée par un remède peu agressif, c'est qu'il y a un réel problème sur la manière dont certain(e)s interprètent la notion d'urgence...

  • Par Urgentiste - 30/01/2013 - 10:17 - Signaler un abus Automédication : on mélange tout !

    Le problème c'est qu'on mélange tout à propos de l'automédication. Il y en a 3 types, chaque typed'automédication correspondant à des situations très précises. Tant qu'on continuera à ne pas utiliser les bons termes, on aboutira avec la même bonne volonté à des interprétations justes ou erronées. Petite explication : http://www.zeblogsante.com/lautomedication-cest-quoi/

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Nicole Delépine

Nicole Delépine ancienne  responsable de l'unité de cancérologie pédiatrique de l'hôpital universitaire Raymond Poincaré à Garches( APHP ). Fille de l'un des fondateurs de la Sécurité Sociale, elle a récemment publié La face cachée des médicaments, Le cancer, un fléau qui rapporte et Neuf petits lits sur le trottoir, qui relate la fermeture musclée du dernier service indépendant de cancérologie pédiatrique. Retraitée, elle poursuit son combat pour la liberté de soigner et d’être soigné, le respect du serment d’Hippocrate et du code de Nuremberg en défendant le caractère absolu du consentement éclairé du patient.

Elle publiera le 4 mai 2016  un ouvrage coécrit avec le DR G Delepine chirurgien oncologue et statisticien « Cancer, les bonnes questions à poser à mon médecin » chez Michalon Ed.

 

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