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Ce que les attentats de Téhéran pourraient changer au Moyen Orient en général et entre l’Arabie Saoudite et l’Iran en particulier

Alors qu'ils devraient être unis, les pays du Moyen-Orient peinent à trouver une entente pour combattre l'Etat Islamique. Une difficulté en partie due à la confrontation entre l'Arabie Saoudite et l'Iran, et qui ne va pas s'améliorer suite aux attentats de mercredi...

Géopolitique

Publié le

 Thierry Coville : Très clairement, la région est marqué par deux grands conflits. Il y a d'abord l'action de Daesh et d'Al Qaeda qui menace tous les pays de la région que ce soit Turquie, les pays arabes du Golfe Persique, l'Iran, l'Afghanistan. Parallèlement, il existe une lutte pour la suprématie régionale entre l'Iran et l'Arabie Saoudite. Chacun de ces deux pays est persuadé que l'autre le menace. Le narratif iranien est de de considérer que l'Arabie Saoudite a entraîné et soutenu ces groupes sunnites extrémistes (Etat Islamique, Al Qaeda) dans leur lutte en Syrie et en Irak pour faire "tomber" les gouvernements de ces pays et affaiblir l'Iran.

Et les Iraniens considèrent donc qu'ils sont obligés de soutenir les gouvernements syrien et irakien pour éviter que ces pays tombent aux mains des djihadistes. Du côté saoudien, depuis la chute de Saddam Hussein et plus récemment l'accord sur le nucléaire, le sentiment est que le Moyen-Orient tombe progressivement aux mains de l'Iran. Les autorités saoudiennes sont "obsédées" par la "menace" iranienne dans la région.C'est pour cela notamment qu'ils se sont lancés dans la guerre contre les Houthis au Yémen alors que le soutien iranien à ces derniers est sans doute très limité.

Dans un tel contexte, on peut être assez critique vis-à-vis du voyage récent de Trump dans lé région. Tout d'abord, est-ce qu'il n'est pas risqué de prendre parti aussi violemment pour l'Arabie Saoudite dans son conflit avec l'Iran. Quelles vont être les conséquences à long terme d'un soutien aussi aveugle à l'Arabie Saoudite ? Est-ce que cela ne risque pas d'accroître les tensions entre ces deux pays ? Est-ce qu'une sortie de crise en Syrie ne passe pas au contraire par une amélioration des relations entre l'Arabie saoudite et l'Iran ? Est-ce que la volonté du gouvernement américain de sanctionner encore plus l'Iran pour son rôle soi-disant "déstabilisateur" dans la région ne risque pas de renforcer le camp des plus radicaux en Iran qui se nourrit de l'antiaméricanisme ?

Mais je pense que l'erreur stratégique la plus grave du président américain est de mettre sur le même plan en tant que risque pour la région l'Iran et l'Etat islamique. C'est une erreur d'analyse fondamentale car elle met sur le même plan un pays où existe une société civile moderne qui rejette le fondamentalisme religieux et un groupe comme l'Etat Islamique. C'est également une erreur grave car cela revient à se priver de toute collaboration de l'Iran dans la lutte contre l'Etat islamique. C'est également une erreur potentiellement dangereuse à long terme car elle dénote une absence totale de réflexion quant à l'origine de l'extrémisme religieux dont se nourrit l'Etat islamique. Dans un article récent, un sociologue (1) établit un lien entre le fondamentalisme religieux et le monopole en matière d'offre de religions allié à une absence de démocratie (comme en Arabie Saoudite). Il est donc dangereux d'encourager comme le fait Donald Trump des pays qui refusent la tolérance religieuse ainsi que l'ouverture politique. Cela peut favoriser à terme des groupes d'opposants qui choisissent pour leur lutte politique une vision encore plus extrême du modèle religieux déjà imposé dans ces pays. 

Le soutien aveugle de Trump à tous les régimes autoritaires de la région ne peut pas conduire à l'émergence de sociétés ouvertes qui refusent l'extrémisme religieux ou la violence. On peut rappeler également que quelques jours après le séjour de Trump en Arabie saoudite le gouvernement du Bahrain a tué 5 manifestants lors d'une manifestation pacifique d'opposants chiites. A quoi va ressembler la région à terme si les régimes autoritaires locaux pensent qu'ils ont un blanc-seing américain pour réprimer toute opposition comme bon leur semble ?

Engagé contre l'Etat Islamique en Irak comme en Syrie, comment peut on anticiper la réaction de Téhéran à l'égard de l'Etat Islamique, mais également en rapport aux différentes rivalités existantes dans la région ? 

Farhad Khosrokhavar L’Iran est totalement en guerre. Il n’y a rien à faire de plus que ce qu’elle a fait. Par conséquent, vis-à-vis de ces attentats, son attitude est totalement identique à celle qu’elle était auparavant. Le fait que tous les pays, que ce soit l’Egypte, l’Iran, l’Arabie Saoudite ou la Jordanie, soit exposés à l’Etat Islamique devrait les unifier. Mais ça ne se fait pas, parce qu’il y a ces tensions entre Riyad et Téhéran, et qui paralyse la situation. 

Thierry Coville : Je pense que cet attentat va de toute façon renforcer la volonté de l'Iran de lutter dans la région contre l'Etat islamique. Par contre, comme je l'ai dit plus haut, deux options vont s'affronter en Iran. Les radicaux qui estiment que ces attentats sont bien, le preuve que l'Iran ne doit jamais baisser la garde face aux Etats-Unis et à l'Arabie Saoudite. Les modérés avec Rohani comme chef de file qui estiment que, si c'est dans l'intérêt de l'Iran, il faut être prêt à négocier, même avec les ennemis d'hier ...

 
Commentaires

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  • Par vangog - 08/06/2017 - 21:51 - Signaler un abus Très confuses, ces analyses!

    Bon, d'accord, la situation est confuse et les alliances se démêlent aussi rapidement qu'elles s'entre-mêlent...mais cela aurait été plus clair si le chercheur à l'Iris n'avait pas tout enfumé avec son anti-Trumpisme primaire... Il tente vainement de nous prouver que l'intervention de Trump va embraser la région, alors que les dernières nouvelles du Front montrent que daesch est quasiment vaincu, que les Kurdes sont en droit d'espérer une région autonome au Nord de la Syrie, afin de faire la jonction avec leur région d'Iran (Erdogan en est vert-de-rage...tant mieux!). et l'Iran qui a fait monter les enchères nucléaires, grâce à la faiblesse coupable d'Obama, se voit obligé de baisser ses prétentions nucléaires, s'il veut atténuer les sanctions qui pèsent sur lui...Israël peut enfin souffler! Enfin bref, la dircection que prend le Proche et moyen-Orient est bonne, grâce à la nouvelle diplomatie Trump...mais peut-être est-ce ce qui irrite ce "chercheur"?...

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Farhad Khosrokhavar

Farhad Khosrokhavar est un sociologue franco-iranien, directeur de recherche à l'EHESS et chercheur au Centre d'Analyse et d'Intervention Sociologiques (CADIS, EHESS-CNRS). Ses recherches portent sur la sociologie de l'Iran contemporain, sur les problèmes sociaux et anthropologiques de l'islam en France mais également sur la philosophie des sciences sociales.Il est l'auteur de Quand Al Qaïda parle : témoignages derrière les barreaux, et de La Radicalisation

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Thierry Coville

Thierry Coville est chercheur à l’IRIS, spécialiste de l’Iran. Il est professeur à Novancia où il enseigne la macroéconomie, l’économie internationale et le risque-pays.
 
Docteur en sciences économiques, il effectue depuis près de 20 ans des recherches sur l’Iran contemporain et a publié de nombreux articles et plusieurs ouvrages sur ce sujet.

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