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Ce que les attentats de Téhéran pourraient changer au Moyen Orient en général et entre l’Arabie Saoudite et l’Iran en particulier

Alors qu'ils devraient être unis, les pays du Moyen-Orient peinent à trouver une entente pour combattre l'Etat Islamique. Une difficulté en partie due à la confrontation entre l'Arabie Saoudite et l'Iran, et qui ne va pas s'améliorer suite aux attentats de mercredi...

Géopolitique

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Ce que les attentats de Téhéran pourraient changer au Moyen Orient en général et entre l’Arabie Saoudite et l’Iran en particulier

Atlantico : L'Iran a été la cible de deux attaques terroristes, ce mercredi, qui ont frappé le Parlement iranien et le mausolée de l'imam Khomeyni à Téhéran. Pour la première fois de son histoire, l'Iran a été la cible de l'Etat Islamique, qui revendique les attentats. Quelles peuvent être les conséquences de ce "djihadisme sunnite" pour le pays? 

Farhad Khosrokhavar L’Iran a été plusieurs fois la cible d’attaques de l’Etat Islamique, mais ils n’ont jamais réussi. Les autorités iraniennes ont réussi, jusqu’ici, à toujours arrêter les personnes. Quant aux conséquences, il n’y a pas grand chose que l’Iran puisse faire. Actuellement, l’Iran est engagée en Syrie et en Irak contre l’Etat Islamique. Par conséquent, c’est une sorte de vengeance de Daesh. L’Iran ne peut pas faire autrement que de continuer le combat par le biais de son armée et de l’armée irakienne, et par le biais du pouvoir syrien qu’il aide directement avec des moyens financiers et des armes. 

 

Thierry Coville : Cet attentat va sans doute être "utilisé" comme argument de politique intérieure par les "radicaux" qui viennent de subir une lourde défaire aux élections présidentielles avec la victoire de Rohani.

On peut penser qu'ils vont dire que du fait cet "attentat", il faut que l'Iran affirme une ligne "dure" dans la région et ne fasse aucune concession notamment sur les dossiers syrien et irakien. Pour les durs en Iran, Daesh est "manipulé" par les Etats-Unis et l'Arabie Saoudite. Les radicaux vont donc accroître leur pression sur le président Rohani et tout faire pour qu'il suive une politique plus dure dans la région et vis-à-vis des occidentaux. L'un des principaux objets de discorde entre les modérés et les radicaux est que ces derniers disent qu'il n'est pas question de faire un Barjam (nom en persan de l'accord sur le nucléaire) 2 ou 3 ou 4 à propos d'autres questions (comme éventuellement la Syrie). Ils signifient ainsi qu'il ne faut plus que l'Iran fasse de concessions dans le domaine diplomatique, notamment vis-à-vis des Etats-Unis. Or, lors de la campagne présidentielle, Rohani a promis qu'il ferait lever le reste des sanctions qui pèsent toujours sur l'économie iranienne. Or, ces sanctions viennent des Etats-Unis et y mettre fin impliquerait donc des négociations directes avec les Etats-Unis... On peut noter à ce sujet que Rohani a appelé après ces attentats à plus de coopération internationale pour lutter conter le terrorisme. 

Sur le plan intérieur, on peut s'attendre à un affrontement entre deux visions. En effet, l'Etat Islamique à travers ces attentats tente de faire monter les tensions entre les chiites qui représentent 90 % de la population iranienne et les sunnites (près de 9 %). Or, on sait qu'il existe des discriminations et ethniques contre certaines parties de la populations comme les Baloutches (qui sont sunnites). Les "radicaux" vont sans doute appeler à une approche plus "sécuritaire" vis à vis de ces populations. Il est intéressant de noter qu'en Iran du fait de la modernisation des mentalités depuis la révolution (on peut noter à ce sujet qu'il y près de 47 % de filles dans les universités au Sistan-Baluchistan), les minorités ethniques et religieuses en Iran, en dépit de réelles discriminations ne croient pas à l'action violente et privilégient la lutte politique et culturelle. On peut ainsi noter que ces minorités sont allées massivement voter pour Rohani lors des deux dernières élections présidentielles. Ce dernier est plutôt favorable à accroître les droits politiques et culturels de ces minorités (les élèves des collèges et lycées au Kurdistan iranien peuvent ainsi apprendre le kurde depuis 2015). On verra si ce dernier arrivera à répondre aux demandes de ces minorités dans ce nouveau contexte. Les autorités iraniennes venant d'annoncer que les auteurs des attaques terroristes étaient iraniens (probablement sunnites) qui avaient fait allégeance à l'Etat islamique en Iran, on peut penser qu'il va y avoir dans les prochains mois de fortes tensions entre ces deux lignes politiques.

Alors que l'Arabie Saoudite et ses voisins ont annoncé avoir rompu toute relation diplomatique avec le Qatar,et suite aux déclarations offensives de Donald Trump à l'égard de Téhéran, dans quel contexte cet attentat intervient-il ? Quelles sont les tensions profondes qui traversent la région actuellement ? 

Farhad Khosrokhavar Les tensions avec l’Arabie Saoudite datent de plusieurs années. Il y a, depuis quelques années, une nouvelle équipe de dirigeants qui ont pris le pouvoir en Arabie Saoudite. Il y a eu une sorte de radicalisation supplémentaire. Les points de friction sont le Yémen, où l’Arabie Saoudite tente d’imposer le régime officiel, et l’Iran qui dépend des Houtis. Il y a aussi la Syrie, où l’Iran défend le régime d’Assad et l’Arabie Saoudite est contre. Au Liban, l’Iran soutient le Hezbollah, et l’Arabie Saoudite le rejette totalement. Il y énormément de points de friction entre les deux. A cela il faut également ajouter l’Irak, où l’Iran est beaucoup plus écoutée par le pouvoir Chiite irakien que le gouvernement saoudien. Sur tous ces plans-là, il y a un antagonisme qui atteint des niveaux beaucoup plus élevé depuis que Riyad essaie d’imposer une discipline de fer aux pouvoirs sunnites sur la région. L’Egypte, après le coup d’Etat militaire qui a renversé Morsi, est maintenant devenu proche de l’Arabie Saoudite, qui l’aide massivement à combler son déficit. Il y a un seul pays rebel, qui est le Qatar. C’est un petit pays qui vient de se voir infliger la rupture de relations diplomatiques. L’Arabie Saoudite lui reproche d’être trop ouvert vers l’Iran, vers les frères musulmans (ce qui irrite le pouvoir égyptien), et vers le Hamas. C’est à partir de là qu’ils ont inventé cette histoire - qui ne tient pas debout - que le Qatar soutient Daesh. On sait très bien que parmis les 19 personnes qui ont commis l’attentat de 2001, il y en avait 15 de l’Arabie Saoudite. Ce qui est important, c’est que l’Arabie Saoudite veut maîtriser, en un sens, le Qatar, qui est le seul pays à encore avoire une presse libre. Je crois que c’est vraiment Daesh derrière tout ça, mais l’Arabie Saoudite doit se réjouir de ces attaques car l’Iran était le seul grand pays de la région qui avait échappé au djihadisme sunnite. 

 
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  • Par vangog - 08/06/2017 - 21:51 - Signaler un abus Très confuses, ces analyses!

    Bon, d'accord, la situation est confuse et les alliances se démêlent aussi rapidement qu'elles s'entre-mêlent...mais cela aurait été plus clair si le chercheur à l'Iris n'avait pas tout enfumé avec son anti-Trumpisme primaire... Il tente vainement de nous prouver que l'intervention de Trump va embraser la région, alors que les dernières nouvelles du Front montrent que daesch est quasiment vaincu, que les Kurdes sont en droit d'espérer une région autonome au Nord de la Syrie, afin de faire la jonction avec leur région d'Iran (Erdogan en est vert-de-rage...tant mieux!). et l'Iran qui a fait monter les enchères nucléaires, grâce à la faiblesse coupable d'Obama, se voit obligé de baisser ses prétentions nucléaires, s'il veut atténuer les sanctions qui pèsent sur lui...Israël peut enfin souffler! Enfin bref, la dircection que prend le Proche et moyen-Orient est bonne, grâce à la nouvelle diplomatie Trump...mais peut-être est-ce ce qui irrite ce "chercheur"?...

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Farhad Khosrokhavar

Farhad Khosrokhavar est un sociologue franco-iranien, directeur de recherche à l'EHESS et chercheur au Centre d'Analyse et d'Intervention Sociologiques (CADIS, EHESS-CNRS). Ses recherches portent sur la sociologie de l'Iran contemporain, sur les problèmes sociaux et anthropologiques de l'islam en France mais également sur la philosophie des sciences sociales.Il est l'auteur de Quand Al Qaïda parle : témoignages derrière les barreaux, et de La Radicalisation

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Thierry Coville

Thierry Coville est chercheur à l’IRIS, spécialiste de l’Iran. Il est professeur à Novancia où il enseigne la macroéconomie, l’économie internationale et le risque-pays.
 
Docteur en sciences économiques, il effectue depuis près de 20 ans des recherches sur l’Iran contemporain et a publié de nombreux articles et plusieurs ouvrages sur ce sujet.

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