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Ce que l’absence des entreprises françaises dans le classement international des plus gros investisseurs en recherche & développement nous révèle de l’avenir économique du pays

Dans le contexte de la révolution numérique qui s'accentue chaque jour davantage, il est intéressant de suivre le classement des entreprises mondiales en fonction de leurs dépenses de Recherche et Développement (R&D). Une compilation récente des rapports annuels réalisée par Bloomberg confirme la suprématie de trois groupes. Tout d'abord Amazon (avec près de 23 milliards de dollars de R&D) puis Alphabet (la holding de Google) et Samsung.

Recherche et Développement

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Ce que l’absence des entreprises françaises dans le classement international des plus gros investisseurs en recherche & développement nous révèle de l’avenir économique du pays

 Crédit Reuters

Atlantico : Dans un graphique publié par Bloomberg listant les entreprises ayant les niveaux de dépenses les plus élevées en Recherche et Développement, il est possible d'observer que le seul acteur français est Sanofi, apparaissant à la 22e place sur un total de 25. Que révèle cette faible présence française de la structure de l'économie du pays ? 

Jean-Yves Archer : Effectivement, la place des entreprises françaises est très limitée même si une dynamique récente existe au niveau des ETI ou de filiales de grands groupes qui échappent parfois aux statistiques des classements de ce genre. Un détour par la comptabilité s'impose. Un détour par la géographie sera examiné en fin de contribution. Le budget R&D des grands groupes français n'est pas forcément exhaustif selon les états financiers publiés. On y décèle bien entendu les montants immobilisés mais il ne ressort pas les montants dédiés aux phases de pré-recherche qui sont alors comptabilisés en charges.

Ceci provient d'une définition partielle des coûts de développement. Selon la norme IAS 38.6, "le développement est l'application des résultats de la recherche ou d'autres connaissances à un plan ou à un modèle en vue de la production de matériaux, dispositifs, produits, procédés, systèmes ou services nouveaux ou substantiellement améliorés, avant le commencement de leur production commerciale ou de leur utilisation."

Pour simplifier, cela revient à tracer une frontière entre les activités "visant à obtenir de nouvelles connaissances" et le développement dit "expérimental". Alors, intervient un point véritablement important : selon le Plan Comptable Général en son article 311-3.4, bien souvent l'inscription en charges l'emporte sur la possibilité d'immobilisation des dépenses engagées. Selon l'avis du CNC N°2004-15, il faut distinguer la phase de recherche de la phase de développement. Ainsi, quand l'entreprise ne parvient pas à faire une distinction entre ces deux phases, la dépense engagée pour ce projet doit être considérée comme rattachée à la seule phase de recherche. Il y a donc, selon les cas, une évaporation statistique des dépenses de R&D suite à leur inscription partielle en charges. A l'appui de ce constat, je verse le classement notoirement illusoire de Total qui pointe officiellement à la 131ème place mondiale avec " seulement " 1,1 milliard de dépenses de R&D. Un tel chiffre est forcément incomplet au regard du périmètre des activités de ce géant pétrolier. Ce détour comptable n'explique pas "tout" le retard des groupes français qui a aussi été souligné par le "Global Innovation 1.000" établi par le cabinet Strategy&. Selon leur approche, on ne dénombre que 37 sociétés françaises au sein des 1.000 premiers mondiaux en matière d'innovation, terme qui est voisin mais pas totalement superposable à celui de R&D.

S'agissant de l'économie du pays, ce déficit comparé de R&D explique que notre compétitivité hors-prix (notamment via l'effet de gamme) soit mécaniquement altérée par le vieillissement de certains de nos produits. Au demeurant, il est loisible de constater que les groupes les plus talentueux sont ceux où la R&D est puissante : L'Oréal, Safran, SEB. Formons le vœu que le caractère très approprié de l'incitation fiscale qu'est le C.I.R (crédit impôt recherche) puisse faciliter l'avenir de la R&D française qui dépend aussi de la notion de filière et de la convergence des initiatives publiques et privées.

 
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  • Par vangog - 11/04/2018 - 00:04 - Signaler un abus Ah putain! 23 milliards de dollars en R et D!!!!

    Si l’UE ne change pas rapidement de gouvernance, et reste avec des benêts mondialistes comme Juncker-le-fiscaliste, mosco-le-vicieux et la bécasse Moguerrini, elle est morte commercialement à moyen terme...il faut évoluer, et vite!

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Jean-Yves Archer

Jean-Yves Archer est économiste, spécialisé en Finances publiques. Il dirige le cabinet Archer, et a fondé le think tank économique Archer 58 Research.
 
Né en 1958, il est diplômé de Sciences-Po, de l'ENA (promotion de 1985), et est titulaire d'un doctorat en Economie de l'Université Paris-I Panthéon-Sorbonne.

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