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Quand Yanis Varoufakis le rebelle gauchiste trouve fort sympathique le très libéral Emmanuel Macron

Alors que Yanis Varoufakis s'est récemment déclaré proche de certaines positions d'Emmanuel Macron, la sensibilité politique et économique des deux hommes n'est pas si éloignée que ce que certains veulent faire croire, même si parler de proximité est peut-être exagéré. Que ce soit par son style ou ses opinions, le ministre de l'Economie français est en tout cas un personnage à part dans le paysage politique.

La carpe et le lapin

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Quand Yanis Varoufakis le rebelle gauchiste trouve fort sympathique le très libéral Emmanuel Macron

Varoufakis a été dépeint par beaucoup de médias en France ou ailleurs comme un anti-européen, or il ne l'a jamais été et n'a jamais été nationaliste !  Crédit Reuters

Atlantico : Dans une récente tribune, Yanis Varoufakis a rejoint l'analyse d'Emmanuel Macron sur les luttes d'influences entre France et Allemagne au sein de l'Union européenne. Il y a quelques mois, il avait déjà affirmé être "d'accord avec lui dans 80% de [leurs] discussions". Est-il surprenant de constater cette "proximité" entre Varoufakis le symbole de la gauche européenne opposée au FMI et à l'Allemagne, et Emmanuel Macron le libéral ?

Marc Endeweld : Attention à ne pas aller trop vite en besogne en parlant de "proximité". Si Yanis Varoufakis fait référence dans sa tribune à un diagnostic commun avec Emmanuel Macron sur un point précis concernant l'Europe, il ne dit pas être d'accord avec les solutions ou non-solutions proposées par ce dernier.

Certes, les deux hommes sont peut-être moins éloignés dans leur appétence pour l'Europe que ce qu'on aurait pu croire, d'un côté comme de l'autre. Varoufakis a été dépeint par beaucoup de médias en France ou ailleurs comme un anti-européen, or il ne l'a jamais été. Pour lui, le règlement de la question européenne est politique, et ne pourra se faire que dans un cadre supranational. C'est dans ce cadre-là qu'il affirme sur le ton de la boutade être d'accord avec 80% des idées d'Emmanuel Macron.

Macron comme Varoufakis n'ont pas peur de parler d'Europe. Or, depuis le non au référendum européen de 2005, la plupart des responsables politiques européens, notamment parmi ceux qu'on présentait il y a une dizaine d'années comme des "européistes", ne veulent plus du tout évoquer le sujet. On le voit très bien avec le quasi non-discours de François Hollande sur la construction européenne depuis 2012. Sur l'Europe, Varoufakis et Macron se rejoignent donc : ils ont envie d'aller plus loin, même s'ils divergent sur les solutions à apporter, notamment pour créer une autre Europe.

Car, qu'il le veuille ou non, Macron est le symbole de la non-réorientation européenne, pourtant promise par François Hollande en 2012. Comme ancien collaborateur du président de la République, il a été acteur de cette défaite politique, de l'absence de rapport de force instauré avec l'Allemagne. De son côté, Varoufakis, lui, est dans une posture de rupture avec le consensus bruxellois et la troïka. Il a essayé d'impulser un rapport de force, sur lequel il n'a pas été suivi par Tsipras.

Quand Macron a évoqué l'opposition entre une Europe protestante et une Europe catholique pour expliquer les divergences de vue entre l'Allemagne et la France concernant les règles budgétaires, il l'a fait devant les ambassadeurs allemands lors d'une visite remarquée en Allemagne début juin 2015. S'il fait cette remarque, c'est qu'il essaye de convaincre ses amis allemands de réorienter l'Europe, mais dans la droite ligne de Jacques Delors et de sa politique des petits pas.

Depuis qu'il est ministre, il a impulsé une sorte de diplomatie parallèle avec son homologue allemand Sigmar Gabriel, et il a toujours placé les questions économiques sur le plan européen, alors même qu'il n'est pas ministre des Finances et qu'il n'a pas à s'exprimer et négocier dans le cadre de l'Eurogroupe. Il a pris la liberté de profiter du silence de François Hollande sur la question européenne, et on en voit les résultats ces derniers jours : Sigmar Gabriel a publié une tribune dans Le Monde, demandant à ce que l'Allemagne revienne à une politique d'investissements dans le cadre européen. Mais cela reste au niveau des intentions. Où sont les actes ? Pourtant l'urgence est là.

Dans mon livre, je pose d'ailleurs la question européenne à Macron. Quand je lui ai demandé ce qu'il pensait du compromis grec (certains parlent de diktat) de juillet dernier pour éviter le Grexit, il s'est dit en totale opposition à quelqu'un comme Varoufakis. Les raisons invoquées par Varoufakis pour parler de diktat impossible à tenir et de responsabilité qu'on faisait porter au peuple grec pour un déséquilibre économique profond ne sont pas partagées par Macron. Macron pense que c'est un très bon accord, reprenant les éléments de langage de François Hollande. On voit qu'il y a un manque dans les solutions apportées par Macron pour aller plus loin en avant. En parlant également à de nombreux médias européens, Macron essaye pourtant de dramatiser l'enjeu européen en mettant en garde contre les risques de conserver un statu quo. S'il partage avec Varoufakis un diagnostic commun sur les déséquilibres économiques et sociaux dans la zone euro, les efforts proposés par Macron, en termes d'investissements européens notamment, ne sont pas à la hauteur des enjeux. Macron est loin de remettre en cause les ajustements structurels imposés par la troïka. Le ministre de l'Economie reste finalement dans le prêchi-prêcha habituel et le conformisme de Bruxelles. S'il mène un jeu différent, il le fait vraiment petit pas par petit pas alors que Varoufakis veut renverser la table.

Certes, Macron profite de l'absence de François Hollande pour faire entendre sa petite musique et essayer d'établir un dialogue avec ses amis allemands. Mais la vraie question concerne le poids des marchés financiers et leurs exigences en termes d'ajustements structurels, et sur ce point Macron reste dans le sens commun néolibéral développé depuis l'Acte Unique européen impulsé par Jacques Delors dans les années 1980.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 25/02/2016 - 09:22 - Signaler un abus Les Grecs ont toujours aimé ceux qui tiennent le cordon

    de leurs bourses...Varoufakis sait que la seule manière d'obtenir une autre centaine de milliards de l'UE, c'est de faire les yeux doux au banquiers, les grands gagnants de toutes ces dettes europeistes et de ces délocalisations de l'économie en Asie...

  • Par Lafayette 68 - 25/02/2016 - 10:32 - Signaler un abus Postures

    Varoufakis ,Macron : des "lib lib" en vérité. No limits. Sourire et barbe pour se faire remarquer pour l'un ,virilité hollywoodienne avec moto et femme en amazone direction les îles pour l'autre . Des comportements libertaires sans profondeur d'analyse , se moquant bien des sans dents. Bref la gauche bobo.

  • Par Anguerrand - 25/02/2016 - 10:57 - Signaler un abus Le FN qui avait les yeux de Chimene pour Varoufakis

    est il toujours d'accord avec ces gauchistes ou n'en parle plus car c'est la politique du FN et que ça ne fonctionne pas? Qu'en pensent les " bas du front" ?

  • Par cloette - 25/02/2016 - 11:34 - Signaler un abus La gauche bobo

    dont fait partie Montebourg et Mélenchon malgré ses efforts pour faire peuple

  • Par cloette - 25/02/2016 - 11:35 - Signaler un abus La gauche bobo

    dont font partie Montebourg ,et Mélenchon malgré ses efforts pour faire peuple

  • Par cloette - 25/02/2016 - 11:35 - Signaler un abus La gauche bobo

    dont font partie Montebourg ,et Mélenchon malgré ses efforts pour faire peuple

  • Par zouk - 25/02/2016 - 14:33 - Signaler un abus Valls-Macron

    Bonne chance à E. Macron, il en aura besoin, comme nous avons besoin de idées et intentions, au moins ce que l'on peut en comprendre. Mais que vient faire Varoufakis dans le jeu?

  • Par Ganesha - 25/02/2016 - 17:10 - Signaler un abus Varoufakis

    Je n'ai pas lu cet article jusqu'au bout ! Je l'avais ouvert dans l'espoir d'en savoir plus sur Varoufakis. Les états d'âme du play-boy de chez Rothschild ne m'intéressent pas !

  • Par Anguerrand - 25/02/2016 - 18:25 - Signaler un abus Ganesha vous retournez votre veste

    Tout le FN et vous en particulier, vous nous expliquiez que sa politique non seulement etait conforme à la politique économique du FN, et au lieu d'assumer vous évitez soigneusement d'en parler pour cause d'échec. Le FN au pouvoir ce sera ça et bien sûr ils ne pourrons pas assumer, comme le PS nous expliquera que cette politique est inapplicable, et le tour de passe passe sera joué. L'électeur en sera pour ses frais.

  • Par Mike Desmots - 25/02/2016 - 18:32 - Signaler un abus Faut arrêter la désinfo ...!

    Je ne me suis pas abonné chez Atlantico ...pour lire l'intox ordinaire de Marianne, a part ca , les mutants qui veulent se valoriser entre le marxo/socialisme et le libéralisme ...sont généralement plus dangereux que les autres...vu que les 2 idéologies sont antinomiques.

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Marc Endeweld

Marc Endeweld est grand reporter à Marianne. Il a publié plusieurs ouvrages. Son dernier : L'ambigu Monsieur Macron paru en novembre 2015 aux éditions Flammarion.

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