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Quand l'usine du monde se rebiffe… et si les grèves en Chine étaient une excellente nouvelle pour la France ?

Vendredi, des milliers de salariés se sont mis en grève dans une usine du groupe taïwanais Foxconn en Chine qui fabrique des composants pour l'iPhone 5 d'Apple. Ce n'est pas forcément une mauvaise nouvelle, ni pour l'ouvrier chinois, ni pour nous, en France...

Editorial

Publié le 9 octobre 2012
 

Ce qui se passe chez Foxconn n’est pas un phénomène marginal, mais, peut-être, un signe avant coureur, un signal, que certains dans les études de tendance qualifieraient de « faible », quand d’autres adages populaires pourraient aussi dire que c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

Quoi qu’il en soit, Foxconn ou pas, hiver chinois ou pas, les ouvriers chinois, « nos » ouvriers car ils travaillent pour nous, accepteront de moins en moins leurs conditions de travail, surtout lorsqu’ils comprennent de plus en plus la richesse créée au bout de la chaine. D’autre part, la classe populaire des ouvriers paysans devient inexorablement une classe moyenne, qui petit à petit s’embourgeoise, rêve ou s’équipe déjà en consommateur occidental, communique et partage sur les réseaux sociaux, voit la ruée des consommateurs sur l’iPhone 5 et la capitalisation boursière d’Apple, se plaint de ses conditions de travail, se « syndicalise » comme on peut le faire en Chine populaire communiste. Mais le parti communiste chinois ne matera pas l’ouvrier de Foxconn comme il a maté l’étudiant de Tien an Men.

L’époque change, et les moyens de s’exprimer, pardon, de revendiquer aussi : Weibo, le twitter chinois, c’est 90% de parts de marchés, plus de 350 millions d’utilisateurs, et l’angoisse des dirigeants chinois, dirigeants politiques ou économiques. Le pouvoir chinois s’évertue à contrôler et censurer Internet et les réseaux sociaux, mais il est bien difficile et illusoire de tenter de retenir la marée. Par ailleurs, les réseaux sociaux sont certes de puissants vecteurs susceptibles de créer mobilisation et sentiment d’appartenance, mais ce n’est qu’un canal d’expression. Si le média peut être bâillonné, la « vraie vie », elle demeure. Ce n’est pas Weibo qui fera la révolution, mais ses utilisateurs. 

Le mouvement est en marche, c’est inexorable, et ce n’est pas forcément une mauvaise nouvelle, ni pour l’ouvrier chinois, ni pour nous : le syndicalisme, en Chine, pourrait faire du bien, en France. La mondialisation repose sur l’optimisation, l’optimisation des coûts de production. Plus les différentiels liés au coût du travail et à sa législation sont élevés plus la mondialisation est économiquement « raisonnable », ou disons mathématiquement logique. Plus le dumping salarial ou social se réduira, plus l’avantage « compétitif » se réduira. Dès lors, si la classe politique mondiale (ou même uniquement européenne) ou les accords commerciaux internationaux peinent à créer harmonisation et convergence positive (vers le haut), le marché, accusé par ailleurs de tous les maux,  pourrait bien, contre-intuitivement, y pousser. En recherchant le toujours moins cher (ce dont nous sommes, chacun d’entre nous, particulier ou professionnel, les premiers donneurs d’ordre), le marché crée les conditions du rehaussement de son coût de production. Bien sûr, les différentiels sont encore colossaux, ils existeront toujours, et il existera toujours « pire ailleurs », mais au fur et à mesure que la mondialisation fait le tour du monde, elle monte en étages, telle la spirale de la tour de Babel. Et comme parallèlement, cette ascension mondiale est aussi une course en avant au suréquipement que la planète ne peut pas nous offrir, c’est une montée aux enfers.

Les consommateurs occidentaux que nous sommes, qui revendiquent respect et décence des conditions de travail, qui aspirent à un bon équilibre vie privée-vie professionnelle, qui crient selon la formule « à bas les cadences infernales », s’émeuvent finalement assez peu du sort des travailleurs des mines de production de nos étincelants appareils high tech, mais « low social ».

Au début du siècle, Henry Ford avait comme grand principe économique que chaque ouvrier de la chaine de production puisse s’offrir la Fort T qu’il fabriquait lui-même. Ce principe reste valable, d’un bout à l’autre de la planète, chaque ouvrier revendique non seulement de pouvoir consommer, mais aussi de vivre et de travailler comme son « collègue consommateur ».

 


Commentaires

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  • Par Gilles - 09/10/2012 - 19:54 - Signaler un abus Il ne faut pas rêver

    Les 35 heures et les jours fériés à rallonge ne sont pas encore de mise dans l'Empire du Milieu.

  • Par jerem - 09/10/2012 - 19:08 - Signaler un abus cout de main d'oeuvre chinois 65% de l'americain

    "D'après les analystes de Primeview, en 2011, le coût de la main d'œuvre chinoise représentait ainsi 65% de celui des travailleurs américains, à productivité comparable"
    Donc a coup de croissance a 8% par an les 100% sont pour bientot. 2015 pour certains ....
    En voila une bonne nouvelle qui va ravir PArisot et son probleme de cout du travail ....
    http://www.challenges.fr/monde/20120713.CHA9034/chine-pourquoi-la-chute-de-la-croissance-ne-fait-que-commencer.html

  • Par PHILIPPE Le Bel - 09/10/2012 - 18:31 - Signaler un abus globalisation

    Ils iront faire fabriquer leur merde à obsolescence programmée en Indonésie.

  • Par HdT - 09/10/2012 - 17:42 - Signaler un abus C'est parce qu'il sont un peu jaunes...

    ... que les Chinois défilent, c'est seulement pour prendre un peu l'air.

  • Par esteld - 09/10/2012 - 17:09 - Signaler un abus Ouvrier chinois et robot

    Il semblerait qu'aujourd'hui,le cout de production d'un robot en occident est moins élevé que celui de l'ouvrier chinois . Si l'on ajouie à cela les couts de transport ceci explique peut etre cela .Voir à ce sujet un article excellent de Charles Gave sur Contrepoints: " la chine bientot libérale" ou approchant.

  • Par troiscentsalheure - 09/10/2012 - 14:49 - Signaler un abus Mensonge

    Les employés travaillent 75 heures par semaine en Chine (70 heures pour les cadres). La Chine n'existait pas il y a vingt ans. Dans vingt ans c'est leS Français qui auront un niveau de vie équivalent à celui des Chinois.

  • Par Charles25 - 09/10/2012 - 14:38 - Signaler un abus Encore des grévistes ! On

    Encore des grévistes ! On devrait supprimer le droit de grève pour les mettre enfin au pas, ces fainéants. Il n'y a qu'en France qu'on voit ça. Ils préfèrent défiler en mangeant des merguez plutôt que se lever tôt et aller travailler. Ils croient que l'argent tombe du ciel ou quoi ? Ils croient que c'est en réclamant des hausses de salaires et des congés qu'ils vont redresser le pays ? On croit rêver !

  • Par General3Gaulle - 09/10/2012 - 14:37 - Signaler un abus La bonne blague...

    A 150 euros le smic en chine en travaillant 45 heures par semaine et en dormant dans son usine...
    Y'a que les naifs pour croire que le proletariat chinois demis esclave va remonter la classe populaire française et européene qui payent le prix le plus du capitalisme dans sa forme neo liberale.
    Je parle bien de la classe populaire et non de la classe moyenne car les medias en integrant la classe pop dans la classe moyenne gomme les differences entre les citoyens pour minimiser la pauperisation. Quand on gagne 1200 euros par mois on est dans la classe populaire. quand on en gagne 2800 par mois on est dans la classe moyenne. Tout est fait pour masquer la pauperisation de 30 ans de capitalisme dans sa forme neo libierale qui profite a une hyperclasse nomade minoritaire.

Alain Renaudin

Alain Renaudin dirige le cabinet "NewCorp Conseil" qu'il a créé, sur la base d'une double expérience en tant que dirigeant d’institut de sondage, l’Ifop, et d’agence de communication au sein de DDB Groupe.

web : www.newcorpconseil.com

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