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Quand les robots seront nos chirurgiens, anesthésistes, radiologues, infirmiers…

Réparer l'homme, oui ; l'augmenter, pour quoi faire ? Si, en matière de connaissance, il est « interdit d'interdire », en matière de manipulation, il peut s'avérer nécessaire de refuser certaines retombées des découvertes issues de nos laboratoires et de nos observations. Pour Guy Vallancien, le transhumanisme éclairé s'appuiera sur cinq piliers indissociables : partager les informations afin de décider dans une conscience accrue des enjeux qui concernent notre avenir commun ; participer activement et sans état d'âme au développement de l'intelligence artificielle et à la construction des robots, à la condition qu'Homo Artificialis soit seulement adapté à nos besoins; soulager et réparer celles et ceux qui subissent maladies, traumatismes physiques, psychiques et sociaux innombrables ; refuser catégoriquement les dérives qui tendraient à augmenter l'homme au seul bénéfice d'un surcroît de puissance et de longévité ; et, enfin, promouvoir l'éducation nécessaire pour être en capacité de décider au-delà des seules opinions fluctuantes et irrationnelles. Guy Vallancien mène une réflexion éthique et philosophique sur les dérives de la robotique médicale, et signe un essai érudit qui plaide pour un nouvel humanisme articulé autour de « l'objet numérique à l'intelligence supérieure » que sera Homo Artificialis.

Bonnes feuilles

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Quand les robots seront nos chirurgiens, anesthésistes, radiologues, infirmiers…

Défense et médecine : deux champs de recherches et d’applications de la robotique aux possibilités considérables dans leurs capacités à penser et à agir qui, grâce à leurs retombées domestiques et civiles, pénètrent chaque jour plus intimement nos vies. Comment ces objets froids pourront-ils aider l’humanité à sang chaud dans un sens qui la serve ? Jusqu’à quel point ces nouveaux outils nous accompagneront-ils sans passer le cap d’une domination qui nous relèguerait au rang d’esclaves ? Au-delà des élucubrations les plus fantaisistes qui circulent via les réseaux sociaux, les films et livres de science-fiction à la sauce hollywoodienne, générant peurs ou sourires, nous devons dès maintenant poser les bornes des relations que nous allons entretenir et développer avec les robots humanoïdes, Homo Artificialis, jusqu’à leur statut juridique y compris.

Du secret au nom du respect de la personne malade, aux acteurs que seront les robots chirurgicaux, anesthésistes, radiologistes, biologistes et infirmiers, de l’intelligence artificielle capables de poser le bon diagnostic et de choisir la bonne thérapie, à la prédiction génomique ; des mégadonnées jusqu’à la connexion entre le corps et des objets multiples, nous naviguons au quotidien dans un environnement numérique de plus en plus prégnant. Les médicaments issus des nanotechnologies transforment l’approche médicale classique. L’imagerie et la biologie rendent les maladies muettes, détectées avant que les symptômes ne parlent.

L’examen clinique devient inutile dans nombre de cas, précédé par la puissance diagnostique de ces systèmes qui rendent l’homme transparent. Découverte d’affections parfois graves sans que mes mains, mes yeux ou mes oreilles n’aient à intervenir pour suspecter ou détecter le mal, troublant mon univers classique de médecin formé à la belle « clinique », cet art de l’observation et de la détection des maladies sur des anomalies physiques parfois quasiment invisibles, à peine palpables ou audibles. Par-delà l’intrusion de l’homme artificiel dans notre univers quotidien et dont nous reverrons les conséquences possibles sur le monde du travail, la possibilité de communiquer à la vitesse de l’éclair entre professionnels de santé, entre malades et professionnels et entre les malades eux-mêmes regroupés en communautés éclairées est en passe de transformer l’ordre médical et sanitaire. L’émergence des blockchains rompant les hiérarchies pour offrir une sécurisation et une privatisation maximales des échanges directs entre contractants, ajoutée aux changements dans l’évaluation sans cesse plus précise des risques par les assureurs, rebat les cartes pour décider de ce que sera notre avenir. La science ne fait pas de pause, elle ne connaît pas le septième jour où le créateur contempla avec satisfaction l’univers qu’il avait forgé. Sa vocation est de comprendre les mécanismes physiques, chimiques et biologiques sans rechercher de causalité première.

 

 
Commentaires

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  • Par totor101 - 29/01/2017 - 11:50 - Signaler un abus NON !

    il faut INTERDIRE les robots ! Les chirurgiens, anesthésistes, radiologues, infirmiers sont les alibis de tous ceux qui défendent leurs postes confortables dans la fonction publique ! avec les robots cette défense deviendrait impossible .......

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Guy Vallancien

Guy Vallancien est un chirurgien français, professeur d'urologie à l’université Paris Descartes, membre de l'Académie nationale de médecine et de l'Académie nationale de chirurgie. Il a fondé et préside la Convention on health analysis and management (CHAM) et l'École européenne de chirurgie.

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