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Quand la réponse du gouvernement à la menace djihadiste fait l’impasse sur le nécessaire ménage dans la politique étrangère française

Pour lutter contre le terrorisme il faut protéger le territoire national ! C'est du moins l'opinion du gouvernement, Manuel Valls venant d'annoncer une série de mesures pour renforcer la traque des djihadistes en France. Mais il faudra bien un jour traiter le terrorisme islamiste dans son ensemble, à l'international donc. Et il faudra pour cela considérer des alliés comme l'Iran ou la Russie.

Bal des alliances

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Quand la réponse du gouvernement à la menace djihadiste fait l’impasse sur le nécessaire ménage dans la politique étrangère française

Quelles réponses face au djihad ? Crédit Reuters

Atlantico : Après les attentats de Paris, le gouvernement français a décidé de réagir rapidement sur son territoire, à travers une série d'annonces visant à garantir la sécurité nationale. Sur le plan diplomatique, peu de changements, la France continue à entretenir des relations avec le Qatar ou l'Arabie saoudite, des pays accusés de soutenir le terrorisme. Pour traiter le problème à la racine, ne doit-on pas aussi revoir nos alliances ?

Fabrice Balanche : C'est une question complexe, car ces pays sont pour nous d'énormes clients et se caractérisent aussi une opposition à la remise en cause de leurs actions ou de leur modèle. Ils voient l'Europe comme le passé, et se considèrent comme l'avenir.

Et cela ne leur pose aucun problème d'interrompre des contrats qu'ils ont pu signer. La seule chose qui fonctionne réellement, c'est le rapport de force.

La question est donc : pouvons-nous faire pression sur eux ? En effet ces pays se remettront en cause le jour où ils auront un souci majeur sur le plan géopolitique. Depuis 2008 par exemple, les Etats-Unis ont su installer ce rapport de force. Obama a lancé les filières d'énergie parallèle, via les gaz et pétroles de schiste, rendant le pays indépendant des approvisionnements énergétiques de l'Arabie saoudite. Cette dernière doit aujourd'hui casser les prix pour essayer d'entraîner dans la faillite les producteurs alternatifs américains. En Europe, nous n'en sommes pas là…

Et si nous parvenions à ne plus faire de ces pays nos partenaires prioritaires dans la région, cela ne les impacterait pas forcément en profondeur, car la carte de la vente des hydrocarbures s'est beaucoup modifiée ces dernières années, pour s'orienter de plus en plus vers l'Asie. Et je rappelle qu'ils nous achètent des produits et des infrastructures qu'ils pourraient très bien acquérir chez d'autres. Et on voit où se trouve le lien de dépendance actuel avec une France qui se fait la porte-parole du Qatar, ou l'Arabie saoudite qui se permet de refuser sa place au Conseil de sécurité des Nations unies en 2013 pour montrer son énervement face à la politique américaine.

Avec le départ de nombreux français vers la Syrie pour faire le jihad, notre pays paye le prix de l'inaction occidentale dans la crise syrienne. Peut-on régler le problème du terrorisme sans inclure Bachar el-Assad ?

Ardavan Amir-Aslani : Assad ne va aller nulle part. Il faudra bien faire avec. Le Général de Gaulle disait que la France n’a pas d’amis, elle n’a que des alliés. C’est à cette réalité qu’il faudra bien se rendre tôt ou tard. Qu’on le veuille ou non, la France a besoin d’Assad, ne serait-ce que pour contenir l’irruption djihadiste localement et pour fournir des infirmations précieuses sur les djihadistes français sur place. Ainsi, la réponse à votre question est bien entendu non. Il faudra bien compter sur le pouvoir laïc à Damas pour combattre localement le terrorisme islamique.

La France a été le premier pays à reconnaitre l’opposition syrienne dès les premiers jours de la contestation à Damas, allant jusqu’à remettre l’Ambassade syrienne à Paris à la Coalition Nationale Syrienne qui ne représentait qu’elle-même. Elle se coupait, de la sorte, de tout contact véritable avec le pouvoir syrien et de toute source d’information vérifiable sur la situation du pays. Le gouvernement français, par pure méprise, considérait que le régime allait chuter dans les semaines à venir. Or, cela fait quatre ans que le pouvoir du clan Assad tient fermement sur place et n’est pas prêt de tomber. Une élection présidentielle a même été organisée et remportée par Bachar. Il est ridicule de considérer que le régime ne tenait qu’avec sa base alaouite et chrétienne qui ne représente tout au plus que 20% de la population. C’est faire fi de toute la population sunnite laïque syrienne, des classes moyennes etc… Aujourd’hui, force est de constater que la France combat les mêmes groupes qu’Assad, les groupes islamistes fanatiques que sont le prétendu Etat Islamique, le Front Al-Nusra et autres groupuscules fanatiques. Assad est donc devenu l’allié de circonstance de la France sur le fondement de la théorie "l’ennemi de mon ennemi et mon ami". 

 
Commentaires

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  • Par assougoudrel - 22/01/2015 - 09:38 - Signaler un abus Un exemple que devrait prendre nos dirigeants

    Des journalistes ont demandé aux Général américain Schwarzkopf: "le pardon est-il envisageable pour ceux qui ont aidé les terroristes ayant perpétré l'attaque contre les USA le 11 sept. 2001"? On se demande si ce n'est pas un journaliste français qui aurait posé cette question. Le général Schwartzkopf a été le commandant en chef de la coalition de l'opération "tempête du désert" en Irak. Son QI était de 180. Voici sa réponse: "je crois que c'est le rôle de Dieu de leur pardonner. Notre boulot, c'est seulement d'organiser la rencontre". Quel homme! Quel chef! C'est d'un homme comme ça qu'il nous faut.

  • Par alainb - 22/01/2015 - 09:47 - Signaler un abus ???????

    Je ne comprend pas pourquoi un pays en guerre ne prenne pas la décision de FERMER ces frontières!!!!!

  • Par Texas - 22/01/2015 - 13:33 - Signaler un abus A l' inverse de nos chroniqueurs..

    ...qui prétendent que l' aide de l' Iran sera indispensable pour combattre le Djihadisme Moyen-Oriental , il ne paraît pas impossible que le Djihadisme Moyen-Oriental ne prenne fin qu' une fois la question du nucléaire Iranien résolue .

  • Par zouk - 23/01/2015 - 11:04 - Signaler un abus Reforme de notre diplomatie

    Oui, il nous faut collaborer sans moralisme paralysant avec la Russie, l'Iran, la Syrie et réviser notre attitude plus que bienveillante à l'égard des pays du Golfe (en clair à qui nous nous sommes vendus) et la Turquie. Mais, il faut conserver la capacité d'intervention EN ACCORD avec Russes, Iraniens et même Syriens mais aussi et surtout Britanniques et Américains, laissant l'Allemagne et plus généralement l'Europe croupir dans leurs égoïsmes.

  • Par Nicolas V - 08/02/2015 - 12:24 - Signaler un abus Vous croyez ce que vs écrivez ?

    20/12/14 jugement chambre civile. Fabius acquitté de terrorisme et apologie car "il a appliqué la politique diplomatique de son pays". Hollande vs a dit qu'il finance et arme, sur RTL, Fabius dit qu'il finance camps d'entraînement d'Al Nosra. Zètes pas au courant. Il renvoie l'EI vers la Syrie. Blessés évacués par US ds hôpitaux israéliens. Des casques bleus ont témoigné :Israël /US/EI, pr armes, vivres, renseignement et soins, zavez pas vu. Terroristes ont rejoint nazis à Kiev, plan pour attentats Caucase. Ms vs savez pas. Boko Haram et la France . Vs savez pas. Ms le Mali a paye pr savoir, le Cameroun sait, le Tchad et le Niger aussi.

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Fabrice Balanche

Fabrice Balanche est Visiting Fellow au Washington Institute et ancien directeur du Groupe de recherches et d’études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient à la Maison de l’Orient.

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Ardavan Amir-Aslani

Ardavan Amir-Aslani est avocat et essayiste, spécialiste du Moyen-Orient. Il tient par ailleurs un blog www.amir-aslani.com, et alimente régulièrement son compte Twitter: @a_amir_aslani.

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Michael Lambert

Michael Eric Lambert est docteur en Histoire des relations internationales à la Sorbonne - INSEAD (BFC'15Dec) et directeur du Black Sea Institute. 

Ses travaux portent sur les relations entre l'Union européenne, la Russie, et la Chine en Europe centrale et orientale.

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Michel Guénaire

Michel Guénaire est avocat et essayiste. Il est l'auteur de  Le retour des Etats (Grasset, 2013), et président fondateur de Société civile 2017.

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