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Quand le patronat italien commence à se poser de sérieuses questions sur son intérêt à rester dans la zone euro

Si auparavant la critique de la zone euro et de l'Union Européenne en générale venait davantage de Beppe Grillo ou de la droite Berlusconienne, les patrons italiens la formulent également, dorénavant. L'Italie regrette désormais le pouvoir de dévaluation de sa monnaie ; abandonné avec l'arrivée de l'Euro... et pour la première fois depuis 50 ans les courbes de production industrielle italienne et allemande, corrélées jusqu'en 2000, s'éloignent.

Capri, c’est fini

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Quand le patronat italien commence à se poser de sérieuses questions sur son intérêt à rester dans la zone euro

Disons le tout net : Gianfelice Rocca a parfaitement raison. J’utiliserais plutôt pour ma part le concept d’anorexie monétaire, plutôt que l’asphyxie par l’austérité budgétaire, mais c’est un détail en face des points de bon sens avancés par les industriels italiens : a/ oui, la situation européenne n’est pas glorieuse (si peu de croissance après des années de récession, si peu de créations d’emplois en dépit de gains de productivité nuls, tant de dettes à l’horizon), et oui la « gouvernance » y est calamiteuse, pour le plus grand préjudice d’un pays déjà démographiquement fragile comme l’Italie, b/ oui, la montée de l’AfD en Allemagne est un très grand pas dans la mauvaise direction, celle qui risque de voir le triangle d’impossibilité allemand (Francfort / Berlin / Karlsruhe) s’opposer vers 2017 à toute nouvelle détente monétaire, c/ oui, le boulet des dettes est odieux dans un pays comme l’Italie qui ne fabrique pratiquement plus de déficits primaires depuis 1994 et qui, par conséquent, paye très cher les errances politico-mafieuses des années 70 et 80 (sans que ce fardeau ait le moindre sens de nos jours).

 

Au départ, l’industrie italienne n’est aucunement misérable : des années 1950 jusqu’au début des années 2000, elle progresse au même rythme (je ne parle pas de niveau, mais de croissance) que l’industrie allemande. Tous les 5 ans une dévaluation de la Lire face au DM remet les compteurs de « productivité » dans le vert : ce n’est pas glorieux, cela génère une inflation quatre fois plus rapide en Italie qu’en Allemagne à l’époque, mais cela tient. Et puis l’euro arrive. La production industrielle italienne est revenue à son niveau de 1980, loin de l’industrie allemande qui, tout en étant en fait loin de mériter l’aplaventrisme de nos élites (elle se situe en dessous de son niveau d’il y a 8 ans…), a presque maintenu son rang. Rien d’autre que l’euro n’est arrivé aux environ de l’an 2000 pour découpler le sort des nations sur le continent. Et ce regain de spécialisation productive intra-zone avait été prévu : c’est ce qui était arrivé dans l’espace américain avec l’essor du dollar et, ironie du sort, à l’Italie suite à l’unification du pays à la fin du 19e siècle : concentration de l’industrie au nord, choix au Sud entre la misère, les « réformes structurelles » (la belle blague) et l’immigration. Et voilà pourquoi nous avons un pape argentin qui parle si bien italien.

En échange de leur renonciation aux dévaluations qui contrariaient tant les industriels allemands, les italiens ont obtenu une promesse implicite : des taux d’intérêt allemands. Entre 1999 et 2009, c’est ce qu’ils ont obtenu. L’euro-contrat : on importe la crédibilité allemande, on renonce aux solutions de facilité, et implicitement on sacrifie les secteurs qui n’arrivent pas à s’adapter au nouveau régime. Et puis patatras : fin 2009, en refusant de tuer dans l’œuf la spéculation sur les titres grecs, la BCE commence un jeu trouble de poker-menteur avec les marchés et avec les gouvernements, qui conduit à la contagion ; et même les dominos les plus sûrs (l’Italie est parmi les grands pays de l’Union celui qui est budgétairement le plus vertueux) tombent : les taux 10 ans transalpins montent à 7% en 2011, quand la BCE organisait son coup d’Etat anti-Berlusconi. 

 
Commentaires

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  • Par zouk - 17/03/2016 - 09:58 - Signaler un abus Sortie de l'Italie de la zone euro?

    La France, étouffée, ne tarderait pas à suivre Britanniques et Italiens.

  • Par vangog - 17/03/2016 - 10:13 - Signaler un abus Toujours le même problème dénoncé par les économistes

    lucides, non biberonnés à la sauce marxiste-léniniste...l'UE n'est pas une zone économique optimale, et les différences de compétitivité ne peuvent plus s'équilibrer par des dévaluations compétitives, mais elles s'équilibrent, malheureusement, par des transferts humains dans un sens, et par des transferts budgétaires, dans l'autre sens ( et cela ne s'arrêtera pas à la Grèce...). Seule solution à l'échec de la convergence, par bêtise des europeistes: revenir à un serpent monétaire européen, avec des monnaies nationales fluctuantes. Il n'y a plus à tortiller!

  • Par cloette - 18/03/2016 - 09:20 - Signaler un abus Itxit ?

    puis Espxit ?

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Mathieu Mucherie

Mathieu Mucherie est économiste de marché à Paris, et s'exprime ici à titre personnel.

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