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Quand Marisol Touraine se réjouit de la réduction du déficit de la sécurité sociale en oubliant que ses causes n'ont rien de réjouissant

Alors que Marisol Touraine a affirmé ce dimanche que le déficit du régime général de la Sécurité sociale s'établirait à moins de 5 milliards d'euros pour l'année 2016, la présentation très optimiste de ce chiffre masque cependant des facteurs explicatifs rarement exposés.

Au-delà des chiffres

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Quand Marisol Touraine se réjouit de la réduction du déficit de la sécurité sociale en oubliant que ses causes n'ont rien de réjouissant

Atlantico : Ce dimanche, la ministre de la Santé Marisol Touraine a déclaré que le déficit du régime générale de la Sécurité social serait encore plus faible que prévu en juin, aux alentours de 5 milliards d'euros pour l'année 2016. Dans un contexte d'assainissement budgétaire, la nouvelle semble réjouir tout le monde. Pourtant peut-on véritablement parler d'amélioration de la situation financière de la Sécu aujourd'hui ?

Alain Choux : Il est très facile de faire passer les derniers jours de 2015 en 2016 ce qui génère une baisse du déficit que l'on retrouvera en 2016 ou 2017... L'élection présidentielle est proche. Aujourd'hui, tant au niveau des libéraux que de l'hôpital il existe une baisse significative de la fréquentation des établissements de soins d'au moins 10%, à laquelle il faut additionner la baisse de la nomenclature de 5% par an depuis 5 ans (valeur des examens), et l'extension des déserts médicaux. C'est très préoccupant car du fait de la baisse du pouvoir d'achat il faut faire un choix cornélien: "bouffer" ou se soigner, manifestement les patients choisissent la première hypothèse.

De plus la profession n'attire plus de jeunes et la tranche d'âge 60-68 ans encore importante diminue son activité en attendant la retraite, donc génère des listes d'attentes. Lors d'une diminution des revenus le renouvellement du matériel au sens large, l'emploi etc... se réduit à une peau de chagrin et bien entendu avec du vieux matériel la qualité des soins n'est plus au rendez-vous, mais il n'existe pas d'autre choix.

Nicole Délépine : Il conviendrait peut-être de dire simplement que cela va un peu moins mal et encore par des artifices comptables. Le solde négatif de 9.8 milliards d’euros pour 2015 du régime général est un déficit c’est-à-dire une insuffisance des recettes (cotisations sociales+ quelques taxes) par rapport aux dépenses (surtout l’hospitalisation publique et les frais de médicaments). Ce déficit augmentera d’autant la dette sociale (déficits cumulés des organismes de Sécurité sociale) qui représentait 161 milliards d’euros au 31 décembre 2014 selon les comptes nationaux publiés par l’Insee. Quel ménage se féliciterait de l’augmentation de ses dettes ? D’autant que cette dette sociale, comme les autres dettes de la nation, est financée par des emprunts auprès de banques privées dont les intérêts sont payés par l’impôt sur le revenu et les CSG et CRDS. Cette dette montre les inconvénients de "la baisse des charges sociales" et l’urgence de faire des économies sur le fonctionnement sans toucher aux soins qui devraient représenter la priorité.

On ne pourra vraiment dire que ça va mieux que lorsque l’équilibre sera atteint et stabilisé et associé à une qualité de soins correcte. Le ministère prétend que c’est possible pour 2021, mais les promesses n’engagent que ceux qui y croient encore…Il resterait alors à rembourser les dettes qui continuent de s’accumuler.. Néanmoins cette diminution de la vitesse de creusement du déficit n’est pas une surprise puisqu’elle était déjà annoncée dans le rapport de la cour des comptes de septembre 2015.

On peut supposer que le désengagement de fait de la sécurité sociale dans de nombreux secteurs de la santé, comme les médicaments dits de confort, les transports en ambulance, le remboursement de séances de kinésithérapie, etc. intervient dans cette diminution très relative de l’aggravation (on a encore dépensé plus que l’année précédente mais l’augmentation a été moins forte que précédemment) des dépenses de santé. Ce désengagement s’est effectué par un report de ces remboursements sur les mutuelles devenues obligatoires pour tous. Ce nouveau prélèvement obligatoire, créé par le ministère (antérieurement facultatif) ne sert à rembourser ses adhérents obligés que pour à peu près la moitié de ce qu’ils paient, le reste revenant aux actionnaires, aux publicistes, et à l’état qui prélève un impôt de plus (taxe sur les mutuelles) . La part des soins restant à payer par familles va ainsi continuer à augmenter comme beaucoup de cotisants ont dû le constater en janvier 2016 (de 30 à 40 euros par mois il y a 5 ans ils atteignent souvent 100 à 200 euros maintenant et protègent souvent moins). Tel est le miracle de la loi de santé qui a permis ce transfert discret des charges de la sécurité sociale universelle sur les assurances privées qui réserveront rapidement les soins à ceux qui pourront payer.

 
Commentaires

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  • Par Deneziere - 06/09/2016 - 07:32 - Signaler un abus Le socialisme, une maladie remboursée par la sécu

    ... Comme le montre le procès Cahuzac, ce sont des labos pharmaceutiques qui financent en sous-main les partis politiques, de gauche en cette occurence. De gôche morâle, bien entendu. Du coup, on comprend mieux leur insistance à nius fourguer des mutuelles obligatoires.

  • Par lexxis - 06/09/2016 - 09:12 - Signaler un abus UN TRISTE BILAN

    Madame Touraine pourrait-elle expliquer pourquoi le coût des médicaments génériques censés procurer des économies à la SS demeure en France très supérieur (de 10 à 20% semble-t-il) à ce qu'il est à l'étranger . Pourrait-elle expliquer alors qu'il s'agit d'une source majeure d'économie pour l'assurance maladie, que rien ne parait avoir été fait par elle pour faire cesser cette coûteuse particularité. Mais il est vrai que Madame Touraine se montre beaucoup plus intraitable avec les médecins et leurs patients qu'avec les grands laboratoires pharmaceutiques remis sur le devant de l'actualité avec les récentes déclarations sur sire Cahuzac! Enfin, nous aimerions bien que la Ministre de la Santé nous explique à quoi sert une agence des médicaments qui n'est pas capable de veiller sur des décennies à la dangerosité de médicaments dont elle a autorisé la mise sur le marché, sans veiller du tout aux dégâts ravageurs suscités par leur prescription. Bref, nous avons le sentiment d'une Ministre cassante et autoritaire, qui a confié aux mutuelles le soin de couvrir toutes les démissions de l'assurance publique , mais sous laquelle la santé ultra-réglementée n'est plus tout à fait publique.

  • Par Ganesha - 06/09/2016 - 09:17 - Signaler un abus Entreprise bien ardue

    Article courageux. Mais entreprise bien ardue que d'essayer de faire comprendre la situation réelle aux lecteurs d'Atlantico, vieux croûtons, pour lesquels la capacité de raisonnement se limite à : ''Le Socialisme, c'est mal'' et ''Les Ripoublicains, c'est l'Avenir Glorieux''. Aussi stupides que des communistes !

  • Par emem - 06/09/2016 - 09:18 - Signaler un abus Les médicaments, bouc émissaire.

    Plus il y a de médicaments déremboursés, plus le déficit augmente. Il n'y a évidemment pas de relation de cause à effet mais cela montre tout de même que ni les médicaments ni les laboratoires pharmaceutique ne sont responsables du déficit. Connaissez vous le coût d'un scanner ou d'une IRM ? Savez-vous que des infirmières diplômées se déplacent pour mettre des chaussettes de contention ? Même si les médicaments n'étaient plus remboursés, la SS serait encore en déficit.

  • Par emem - 06/09/2016 - 09:18 - Signaler un abus Les médicaments, bouc émissaire.

    Plus il y a de médicaments déremboursés, plus le déficit augmente. Il n'y a évidemment pas de relation de cause à effet mais cela montre tout de même que ni les médicaments ni les laboratoires pharmaceutique ne sont responsables du déficit. Connaissez vous le coût d'un scanner ou d'une IRM ? Savez-vous que des infirmières diplômées se déplacent pour mettre des chaussettes de contention ? Même si les médicaments n'étaient plus remboursés, la SS serait encore en déficit.

  • Par tubixray - 06/09/2016 - 13:54 - Signaler un abus Et le pire ....

    C'est que pour ce montant exorbitant nous n'avons pas droit à une médecine accessible et de qualité ..... On peut en effet supposer que les frais de gestion causés par toutes les caisses de sécu, les agences régionales de santé et tous les organismes rattachés au ministère sont considérables, un autre mammouth à dégraisser.... Quant aux médecins, il en manque partout et le numerus clausus n'en est pas l'unique raison.....Alors mettons les pieds dans le plat : féminisation de la médecine + humanitaire = combien de médecins non disponibles ???

  • Par vangog - 06/09/2016 - 16:00 - Signaler un abus Inversion de la courbe de creusement du déficit...

    10 milliards de déficit en 2015, 161 milliards de déficit cumulé, qui entraînera l'aggravation de la seule chose que savent faire les gauchistes: le découragement de l'offre de soins...ah c'est certain! Lorsqu'il n'y aura plus de soins, il n'y aura plus de déficit...rien que les les 161 milliards de dettes sociales UMPS à rembourser...mais avec quoi? Car il n'y aura plus d'activité, et donc, plus de cotisations...le désert des tartares gauchistes! Sans fin...

  • Par excalibur2016 - 06/09/2016 - 16:04 - Signaler un abus Le deficit est en nette amélioration ?

    Tiens tiens comme c'est bizarre que cela soit annoncé avec force et fracas......a 8 mois de la presidentielle !! Il n'y aurait pas comme une tentative d'enfumage ?

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 06/09/2016 - 20:25 - Signaler un abus Encore des foutaises qui

    Encore des foutaises qui occultent les vrais problèmes: 1/ les médecins sont déjà quasiment tous fonctionnaires puisque leurs revenus émanent de la sécu.....2/ il est faux de dire que les urgences sont surchargées, pour les avoir observées de près elles ne manquent pas de personnel, mais de sérieux...3/ Il faudra aussi m'expliquer comment les assurances privées européennes (anglaises ou allemandes) remboursent mieux les frais médicaux que le RSI, avec des cotisations moins élevées...problème de gestion uniquement! Alors vivement qu'il soit mis fin au monopole de la secu pour pouvoir choisir librement son organisme de sécu privé, il n'y aura plus de déficit, et le cout sera moindre pour les cotisants......Alors, bien sûr ceux qui ne cotiseront pas....devront-être pris en charge par notre état providence, si généreux avec le pognon des autres.

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Nicole Delépine

Nicole Delépine ancienne responsable de l'unité de cancérologie pédiatrique de l'hôpital universitaire Raymond Poincaré à Garches( APHP ). Fille de l'un des fondateurs de la Sécurité Sociale, elle a récemment publié La face cachée des médicaments, Le cancer, un fléau qui rapporte et Neuf petits lits sur le trottoir, qui relate la fermeture musclée du dernier service indépendant de cancérologie pédiatrique. Retraitée, elle poursuit son combat pour la liberté de soigner et d’être soigné, le respect du serment d’Hippocrate et du code de Nuremberg en défendant le caractère absolu du consentement éclairé du patient.

Elle publiera le 4 mai 2016  un ouvrage coécrit avec le DR Gérard Delépine chirurgien oncologue et statisticien « Cancer, les bonnes questions à poser à mon médecin » chez Michalon Ed. Egalement publié en 2016, "Soigner ou guérir" paru chez Fauves Editions.

 

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Alain Choux

Médecin généraliste spécialisé dans la réalisation d'echodopplers et patron de l’AFIRM (Alliance pour le financement de la retraite des médecins)

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