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Quand un mari reçoit un message sur son téléphone : "Oubliez votre femme et votre fils, ils sont dans l’État islamique et ils ne reviendront pas"

Sophie Kasiki, 33 ans, rencontre trois jeunes musulmans qui vont la convaincre de se convertir à l'islam puis de partir pour Rakka, capitale du groupe État islamique, avec son fils de 4 ans. Sur place, Sophie travaille dans un hôpital : on vient de tous les pays servir le califat... Mais Sophie refuse que son fils aille à l'école coranique : elle est frappée, séquestrée, puis envoyée en prison. Elle parvient à s'évader. Plusieurs fois, Sophie a joué sa vie et était prête à la perdre, mais la volonté de sauver son fils a été la plus forte. Extrait de "Dans la nuit de Daech" de Sophie Kasiki, aux éditions Robert Laffont 1/2

Bonnes feuilles

Publié le
Quand un mari reçoit un message sur son téléphone : "Oubliez votre femme et votre fils, ils sont dans l’État islamique et ils ne reviendront pas"

Deux semaines passent ainsi, où je lui écris tous les jours. Le manque est intolérable. Les communications sont difficiles, lorsqu’elle parvient à m’appeler, nous ne pouvons parler que quelques minutes avant que ça coupe, et son portable à elle ne répond jamais. Elle m’envoie des petits e-mails, parfois une photo de Hugo. Elle me parle de son travail à l’orphelinat mais elle ne répond à aucune question précise. Je la sens réticente, fuyante. J’ai peur qu’elle disparaisse totalement des radars. Je ne sais pas si elle me dit la vérité.

Je ne sais que croire. Mais elle promet qu’elle va rentrer. Je m’y accroche.

Le 16 mars, je reçois son dernier message. Ensuite, plus rien. De nouveau, c’est le silence. Trois jours d’un silence intolérable.

Le 19, je reçois un message anonyme : « Oubliez votre femme et votre fils, ils sont dans l’État islamique et ils ne reviendront pas. »

Là, je deviens fou. La Syrie ? Daech ? Je ne les reverrai jamais. À moins que ce soit une connerie encore, de l’intox ? Comment savoir ? Je me torture.

Par le biais d’un ami d’enfance entré dans la police, je mets la main sur le numéro du standard de la DGSI et j’entreprends de les harceler. « Une femme française, un enfant ! Il faut m’aider ! Ils sont peut-être retenus prisonniers. »

À l’autre bout du fil, un homme pousse un profond soupir et me fait une réponse sans équivoque : « Vous allez arrêter de nous emmerder, cher monsieur, et nous laisser travailler. » Mais qui va pouvoir m’aider ? Est-il possible qu’on les laisse s’évaporer comme ça ?

Enfin, Sophie me rappelle. Je reconnais à peine sa voix. Elle chuchote, fébrile, elle parle à toute vitesse. « Calme-toi, parle plus fort. Je ne comprends rien. » Elle m’explique qu’elle a besoin de certificats médicaux qui imposeraient un rapatriement sanitaire en France. Aussitôt, j’appelle un médecin à qui j’explique toute l’histoire. Il rédige un certificat que je scanne et envoie sur la messagerie de Sophie. De nouveau, plus de nouvelles. Je n’ai rien compris à cette histoire de certificat.

Le 23 mars, Dounia Bouzar m’invite à une conférence qu’elle organise sur le thème du départ des jeunes Français pour la Syrie, porte de Pantin. Alors que j’entre dans l’auditorium, mon portable sonne. Je décroche immédiatement (je vis sous perfusion, mon téléphone est greffé au bout de ma main). Je me précipite hors de la salle et je réponds. La voix de Sophie est haletante. « On est à Rakka. Aide-nous… ils ne me laissent pas partir. » Et la communication s’interrompt.

C’est comme une explosion sous mon crâne. J’ai enfin la confirmation de ce que je craignais : ils sont en Syrie. Maintenant, je sais où. Ils sont vivants. C’est positif. Ils sont retenus. Ça l’est moins. Par qui ? Comment ? Où ? Elle n’a rien eu le temps de dire. Qu’est-ce que j’ai senti dans sa voix ? Du soulagement, le soulagement de tomber sur moi, que je décroche. Une grande fatigue aussi. Et, curieusement, une sorte de calme. Elle parlait vite, parce que les communications sont mauvaises et qu’un coup de fil est susceptible de s’interrompre à tout instant. Mais elle était calme.

 
Commentaires

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  • Par Semper Fi - 16/01/2016 - 20:19 - Signaler un abus Bouhouhouhou comme c'est triste

    Et bien désolé, je ne verserai pas une larme. Passe encore qu'une gamine de 16-18 ans, romantique, puisse se faire manipuler de la sorte... mais à 33 ans et avec un enfant de 4 ans, il ne faut pas avoir grand chose dans le crâne ! Le pire dans tout cela, c'est que tout le monde va s'extasier sur votre aventure, alors qu'à l'origine il s'agit d'une connerie sans nom ! Signé : un père de famille. Au fait : toujours aussi sympatoches les musulmans fiers et farouches qui combattent en Syrie ????

  • Par C3H5.NO3.3 - 16/01/2016 - 20:33 - Signaler un abus Pareil

    Récit de la connerie ordinaire. Ceci dit, il semble que les méthodes de recrutement des musulmans soient efficaces. Les curés devraient s'en inspirer.

  • Par Semper Fi - 17/01/2016 - 10:03 - Signaler un abus sans oublier....

    ... l'absence complète d'amour propre puisque non contente d'avoir fait preuve d'un aveuglement et d'une irresponsabilité insondables, vous trouvez en plus opportun d'écrire un bouquin racontant vos exploits ! Affligeant !

  • Par pasdesp - 17/01/2016 - 12:33 - Signaler un abus Dans la nuit de la France, Daesh + les alloc

    N'oublions pas que tous ces "repentis" voudraient bien fermer la lumiere en Europe. La compassion pour ces gens serait totalement déplacée. Ils ne peuvent pas se refugier derriere le "Je ne savais pas" chaque jour a lieu de par le monde un nouveau massacre. A c'est vrai, ils étaient partis en mission humanitaire et fort de leur experience, ils l'appliquent comme au Bataclan par exemple

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Sophie Kasiki

Sophie Kasiki est née en 1982 en Afrique subsaharienne. Elle a huit ans quand, au décès de sa mère, elle est envoyée en France chez sa sœur aînée, en région parisienne. Après ses études, devenue éducatrice, Sophie est chargée de l'aide aux familles. C'est ainsi qu'elle rencontre les jeunes garçons qui partiront en Syrie, et l'entraîneront avec eux dans la nuit de Daech.

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