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Quand les lobbies de l’agro-alimentaire se déchaînent contre la perspective d’un meilleur affichage des qualités (et défauts) nutritionnelles de leurs produits

Pour lutter contre l'obésité, véritable problème de santé publique en France, de nouvelles règles plus compréhensibles d'affichage nutritionnel sur les emballages ont été proposées par le professeur Hercberg, en partie pour les publics ayant un faible niveau d'éducation. Malheureusement, la finalisation de ce projet est fortement menacée par la vive opposition des lobbies alimentaires.

Calories et composants

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Quand les lobbies de l’agro-alimentaire se déchaînent contre la perspective d’un meilleur affichage des qualités (et défauts) nutritionnelles de leurs produits

J’ai participé à une table ronde à la Sorbonne, qui sera diffusée sur France culture le jeudi 18 février à 16 h sur le thème Cancer, obésité… : est-il encore possible de bien manger ? Ce fut l’occasion de débattre avec le professeur Serge Hercberg (président du Programme national nutrition-santé PNNS) sur les blocages incroyables que rencontre sa proposition d’étiquetage nutritionnel « cinq couleurs ».

Les dégâts sur la santé publique provoqués par la consommation irréfléchie de produits alimentaires conçus davantage par des spécialistes du marketing que par ceux de la bonne et saine nutrition sont considérables.

En particulier dans les classes populaires, plus sensibles aux méfaits de la publicité et moins aux messages de prévention et de santé. C’est ainsi qu’un mot d’ordre aussi simple et facile à retenir que « Manger cinq fruits et légumes par jour » est malheureusement encore fort peu suivi par les jeunes et dans les banlieues, et en tous les cas beaucoup moins que par les personnes âgées et les intellectuels… Du coup, moins on a fait d’études, et moins on a de revenus, plus on risque les maladies de la mal et la sur consommation, comme l’obésité.

D’où l’importance d’aller plus loin que les règles actuelles d’affichage nutritionnel sur les emballages, avec leurs listes de produits et de pourcentages écrites en tout petit, et leurs tableaux de composition très difficiles à comprendre. Après de nombreuses études et une large concertation, Hercberg a proposé un étiquetage en cinq couleurs, beaucoup plus simple à comprendre, qui se rapproche de celui de la consommation d’énergie, auquel les français sont dorénavant habitués puisqu'ils peuvent le voir depuis des années sur tous des appareils ménagers.

En attribuant des points négatifs à la présence d’éléments « défavorables » comme le sucre, le sel, les matières grasses, etc. et des points positifs à celle de fruits, légumes, légumineuses, fibres, etc. On arrive à calculer une note globale allant de A (couleur verte), pour les aliments les plus vertueux, à E (couleur rouge), pour les plus problématiques pour la santé. Bien entendu il resterait à mettre en place une instance totalement indépendante, transparente et irréprochable qui attribuerait les notes… ce qui n’est nullement impossible si on en a la volonté politique.

 

Ce code très intuitif et simple à interpréter, s’il était rendu obligatoire sur tous des emballages, permettrait aux consommateurs de faire un meilleur choix entre différents produits (exemple mueslis ou céréales fourrées), et dans une classe de produits, de faire un meilleur choix entre les différentes marques (souvent on est confronté à une offre de 10 ou 20 mueslis dans son supermarché). De plus il aurait également un effet incitatif vertueux sur l’agro-industrie, chaque firme étant ainsi motivée pour tenter d’éclaircir la couleur de son produit.

 
Commentaires

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  • Par brennec - 19/02/2016 - 12:44 - Signaler un abus méfiance

    L'impact des mesures étatiques est tout aussi dangereux que les produits 'marketing' c'est ainsi qu'aux états unis on attribue la responsabilité de l'épidémie d'obesité et de diabète aux recommandations anti-lipides (qui ne font pas grossir et dont on révise la nocivité pour ce qui concerne le cholestérol) qui datent maintenant d'une soixantaine d'années et qui continuent plus que jamais si on en croit la prolifération de produits allégés. Cette chasse aux lipides se serait faite au profit des glucides qui eux sont les vrais responsables et de l'obésité et du diabète. Si ce marquage avait été mis en oeuvre au moment ou on a préféré la margarine au beurre, il n'aurait pas eu grand chose a voir avec la santé mais beaucoup avec l'état des lubies nutritionelles susceptibles de larges variations.

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Bruno Parmentier

Bruno Parmentier est ingénieur de l’école de Mines et économiste. Il a dirigé pendant dix ans l’école supérieure d’agronomie d’Angers (ESA). Il est également l’auteur de livre sur les enjeux alimentaires :  "Manger tous et bien" et "Nourrir l’humanité". Aujourd’hui il est conférencier et tient un blog nourrir-manger.fr.

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