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Quand le Labour et Jeremy Corbyn s’enfoncent toujours plus dans l’antisémitisme

Jeremy Corbyn, chef du parti travailliste au Royaume-Uni, accumule les accusations d'antisémitisme, notamment liées à sa participation en 2014 à un hommage aux terroristes palestiniens de Septembre noir. Mais il n'est pas le seul membre du parti à faire l'objet de tels soupçons. En avril 2018, ce n'est pas moins 2.000 messages à caractère antisémites provenant de groupes Facebook soutenant le chef du parti qui ont été recensés par le journal le Sunday Times (équivalent du journal du dimanche en Angleterre).

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Quand le Labour et Jeremy Corbyn s’enfoncent toujours plus dans l’antisémitisme

 Crédit DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP

Atlantico : Jeremy Corbyn, chef du parti travailliste au Royaume-Uni, accumule les accusations d'antisémitisme. Mais il n'est pas le seul membre du parti à faire l'objet de tels soupçons.  En avril 2018, ce n'est pas moins 2.000 messages à caractère antisémites provenant de groupes Facebook soutenant le chef du parti qui ont été recensés par le journal le Sunday Times. Que révèlent ces accusations envers Jérémy Corbyn et des cadres de son parti ? Quelle est la réalité de l'antisémitisme au sein du Labour ?

Jean-Yves Camus : Le constat a été fait par Jérémy Corbyn lui-même qu’il existait au sein du Labour un problème d’antisémitisme.

Mais il faut donner une définition exacte de ce qui se passe à l’intérieur du parti et qui ne tient pas uniquement à Jérémy Corbyn lui-même. Même s'il est très largement une partie du problème.

Notamment avec l’hommage rendu aux terroristes palestiniens qui sont enterrés en Tunisie et dont l’un avait supervisé l’attentat de Munich. Mais il n’y a pas que ça. Il y a aussi la photo sortie sur les réseaux sociaux, il y a de cela quelques jours, où on le voit faire le signe de ralliement des frères musulmans.

N'oublions pas non plus le refus du Labour de ratifier certains points d’une définition internationalement reconnue de l’antisémitisme au motif que certains d'entre eux empêcheraient la critique légitime du gouvernement israélien dans certaines de ses actions. Or, je viens de relire le point qui concerne ce refus, il s’agit d’une définition de l’antisémitisme qui émane de l’alliance internationale pour le souvenir de l’holocauste. L’un de ces points considère comme antisémite le fait de contester la légitimité de la création de l’état d’Israël. Je dis bien de contester. Corbyn répond ceci : « Je m’inquiète du fait que cela pourrait conduire à empêcher de critiquer l’action du gouvernement israélien à Gaza». Corbyn est à côté de la plaque, car on peut considérer la création d’Israël comme un fait de droit international, c’est un état reconnu par l’ONU, et en même temps critiquer ce que l’on veut de l’action des gouvernements.

Dans la réponse de Corbyn, qui est postérieure à ses premières déclarations d’éradiquer l’antisémitisme au sein du parti, il s’enterre lui-même ! Il n’est pas capable de distinguer la reconnaissance de l’Etat de la critique de cet Etat. C’est absolument incroyable de la part de quelqu'un qui prétend diriger la Grande-Bretagne. IL a d’ailleurs de bonnes raisons de se réjouir des récents sondages, qui le mettent en bonne position.

Corbyn est connu pour être quelqu’un d’extrêmement butté sur ses positions. Il ne change pas quels que soient les sujets. Il répugne à faire son mea-culpa. Mais nous avons la une accumulation de signaux très négatifs et qui mettent en cause à la fois le dirigeant politique et sa capacité à évoluer.

Le parti travailliste a enregistré une progression fulgurante de ces effectifs militants (570 000 en 2018). Quelles sont les effets de ces accusations sur les électeurs ? Continuent-ils à soutenir le parti consciemment, doit-on en conclure que l'antisémitisme est en hausse dans le pays ?

Il y a un sondage datant d’avril 2018 qui donnait à Theresa May une cote de popularité de 36 % contre 24 % à Jérémy Corbyn. Le seul avantage de ce dernier était d’apparaître comme le plus proche du Britannique moyen, du citoyen ordinaire. +18 % par rapport à Thérésa May. Pour le reste, il était largement derrière.

Vint ensuite la chute de la cote de popularité de Theresa May -qui semble incapable de rallier la majorité de son cabinet-. Le résultat c’est que pour l’instant, Jérémy Corbyn enregistre une hausse de popularité. Mais c'est une hausse par défaut. Theresa May perd des voix, notamment chez ses électeurs les plus intransigeants sur la question du Brexit.

On a donc pour le moment 40 % d’opinions positives pour le Labour et 36 % pour les Conservateurs. Malgré tout ce qu’il lui arrive, Jérémy Corbyn semble ne pas souffrir de la controverse que nous évoquions.

Qu'en est-il des électeurs ? Nous avons des chiffres assez précis sur les orientations politiques des différentes minorités en Grande-Bretagne. Je précise, les statistiques ethniques et religieuses y sont autorisées, contrairement à la France. Il y a en Grande-Bretagne une population musulmane d'à peu près 3 millions de personnes, dont 45 % à 50 % âgés de moins de 25 ans et dont le taux d’inscriptions sur les listes électorales n’est pas si haut que cela. À l’intérieur de cela, nous avons des taux qui oscillent entre 72 % et 80 % (selon que l’on ait affaire à des Indiens ou des Pakistanais ou encore des originaires du Bangladesh) contre 90 % du taux d’inscriptions chez les personnes de religion chrétienne.

Cela veut dire qu’il faut relativiser l’hypothèse le vote musulman. Par contre, lorsque l'on regarde les intentions de vote, on constate que 58% des anglicans déclarent avoir voté pour les Conservateurs contre 28% pour le Labour. Chez les catholiques, le Labour a encore une petite avance avec 42% des voix contre 40% aux Conservateurs. Par contre, chez les musulmans, le chiffre est absolument incontestable, c’est 85 % des votes qui vont au Labour contre 11% pour les Conservateurs. Enfin, chez les Juifs, c’est un renversement historique car nous avons 63% des voix en faveur des Conservateurs contre 26%.

Nous avons donc un vote de la population musulmane qui est plutôt orienté à gauche, mais pour des raisons qui sont essentiellement sociales. Pas religieuses.

A-t-on pu observer des situations similaires avec d'autres partis européens ?

Il y a toujours eu dans une certaine tranche de la gauche, notamment dans les pays scandinaves, des hommes politiques qui étaient extrêmement opposés à Israël. Mais jamais me semble-t-il nous n’avons eu d’homme pouvant prétendre être au pouvoir dans un grand pays et qui soit aussi obstiné dans le refus d’agir contre des réalités comme Jérémy Corbyn. J'ajoute que dans son entourage, beaucoup sont extrêmement dures sur les questions d'antisionisme et n'ont aucun lien de culture ou d’origine avec l'Islam.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 18/08/2018 - 12:42 - Signaler un abus Ne pas confondre anti-sionisme et anti-semitisme...

    J.Y.Camus! Sinon, vous réalisez un de ces amalgames chers à la gauche...

  • Par Marie-E - 18/08/2018 - 19:04 - Signaler un abus vangog votre affirmation n'est pas une demonstration (1)

    evident ou pas que l'antisemitisme et l'antisionisme ont les memes racines (en gros contre le juif en tant qu'individu et contre le peuple juifavec pour denominateur commum le juif) que l'institut Wiesel a etudie le theme : Antijudaïsme, antisémitisme, antisionisme : différences et permanence. DESCRIPTION " En français, comme dans beaucoup d’autres langues occidentales, le débat est très vif à propos de trois notions, tantôt présentées comme différentes, tantôt perçues comme exprimant une seule et même réalité. En principe, et en principe seulement, les choses sont claires. L’antijudaïsme désignerait une hostilité aux Juifs de nature religieuse, chrétienne ou musulmane. L’antisémitisme, basé sur le concept de race, trouverait son apogée dans la construction délirante et meurtrière du nazisme, à partir notamment des élucubrations de Gobineau et de Chamberlain. L’antisioniste, lui, se défend de haïr tous les Juifs indistinctement, il prétend ne vouloir s’en prendre qu’à l’Etat d’Israël dans lequel il ne veut voir que le responsable de l’injustice faite aux Palestiniens. Or il n’est pas difficile de voir combien ces distinctions sont fragiles.

  • Par Marie-E - 18/08/2018 - 19:09 - Signaler un abus vangog votre affirmation n'est pas une demonstration (2)

    L’antijudaïsme chrétien, à travers l’Inquisition, inventa et théorisa le concept de « pureté de sang » qui infligeait une exclusion sociale à qui avait un ancêtre juif, même plusieurs générations auparavant. L’antisémitisme nazi reprit des thèmes qui étaient déjà utilisés par les adversaires du judaïsme deux ou trois siècles avant l’ère chrétienne. Et il n’est guère besoin de souligner le fait que l’antisionisme, est souvent actuellement le paravent derrière lequel se cache, de moins en moins, l’antisémitisme le plus virulent. Cette impossibilité de distinguer les trois notions de manière satisfaisante, autant dire d’une manière qui ne soit pas en contradiction avec la réalité, a conduit à élaborer un concept unificateur, celui de judéophoble, lequel présente toutefois au moins deux inconvénients : il interprète l’hostilité à l’égard des Juifs comme une réaction de crainte, ce qui peut laisser entendre qu’il y avait quelque chose à craindre d’eux et, de surcroît, il établit d’emblée un parallélisme avec l’islamophobie alors qu’il s’agit de réalités profondément différentes... Eternel debat pour trouver le terme qui donnerait une caution morale a une posture haineuse ou meprisante

  • Par vangog - 18/08/2018 - 22:05 - Signaler un abus @Marie-E D’accord avec la première partie de votre démonstration

    et personne de censé n’a envie de revenir à cette époque d’intolérance entre communautés religieuses, excepté les islamistes. L’anti-judaisme des catholiques était, certes, de l’antisémitisme, et condamné comme tel. Mais je distingue une autre haine (celle de Corbyn), plus anti-nationale, et qui concerne l’état d’Israel, la lutte contre son droit légitime à occuper un territoire que ses habitants ont conquis sur le désert, et par la lutte avec la plupart de ses voisins qui voulaient l’en déloger par la force...ils ont tous perdu et doivent accepter l’issue de la guerre qu’ils ont déclenchés- eux-mêmes! si on veut être juste, il faut reconnaître à l’état d’Israel son droit à occuper un tout petit territoire, par rapport à l’immensité des terres arabes (que les arabes ont été incapables d’irriguer et d’exploiter, pour la plupart). Les arabes ont une mentalité de coucou, et doivent être continuellement chassés des nids étrangers qu’ils espèrent squatters...l’état d’Israel doit être défendu contre tous ses prédateurs, car c’est la fierté du monde de laisser occuper sa terre par un peuple qui l’a reconquise, après en avoir été mainte fois expulsé...

  • Par Marie-E - 19/08/2018 - 05:06 - Signaler un abus Merci Vangog

    De votre réponse. Je comprends votre distinction. Il est vrai cependant aussi que certains se réfugient aujourd'hui dans l'antisionisme tout simplement parce que l'antisémitisme est condamné. On dit souvent aujourd'hui qu'il n'y a plus besoin d'être sioniste puis qu'Israël e is te. Moi je pense qu'il faut l'être plus que jamais car beaucoup n'acceptent toujours pas l'idée du peuple juif revenu sur sa terre au milieu de l'océan des terres conquises souvent brutalement par les musulmans.... Et rien n'est jamais acquis, il faut défendre sa Terre, c'est ce que beaucoup d'européens ne comprennent pas encore. Quant à l'antisémitisme il en restera toujours un fonds en fonction notamment de l'éducation donnée

  • Par gerint - 19/08/2018 - 09:51 - Signaler un abus Vote musulman

    Pour avoir discuté avec de nombreux Musulmans je ne crois pas que les raisons sociales de leur vote l’emporte globalement sur les raisons religieuses et sur la position des leaders face aux Juifs (ou Israël ce qui revient à peu près au même). Il est certain que tous ceux qui ont une foi quelconque et pas seulement les Musulmans veulent la favoriser mais c’est l’Islam qui propose une voie complète toute tracée de vie incluant la politique et l’Etat

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Jean-Yves Camus

Chercheur associé à l'Iris, Jean-Yves Camus est un spécialiste reconnu des questions liées aux nationalismes européens et de l'extrême-droite. Il est directeur de l'Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean-Jaurès.

Il a notamment co-publié Les droites extrêmes en Europe (2015, éditions du Seuil).

 

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