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Quand Jean d’Ormesson avait la brillante intuition de la crise existentielle que connaît aujourd’hui le capitalisme financier

En apprenant le décès de Jean d’Ormesson, hier, je me suis souvenu d’un échange avec lui, voici 25 ans, si bref que je l’ai retenu et qu’il me semble synthétiser ce que fut la vie de l’écrivain: une lutte constante mais joyeuse contre le risque d’être happé par le tragique de l’existence et de l’histoire.

Grand monsieur

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Quand Jean d’Ormesson avait la brillante intuition de la crise existentielle que connaît aujourd’hui le capitalisme financier

C’était en juin 1992; la France entrait dans le débat sur le Traité de Maastricht. J’avais griffoné quelques lignes dans lesquelles j’exprimais mon désarroi devant l’aveuglement politique de la droite française qui renonçait à exister politiquement en appuyant la marche vers l’euro de François Mitterrand. Ces lignes, je les avais envoyées à une série de personnalités, dont l’écrivain. Je reçus quatre mots de Jean d’Ormesson: « Merci de tout coeur!».  Comme si, en expliquant que la tournure que prenait le débat sur Maastricht, allait tuer la politique donc tourner au détriment des Français, j’avais touché une fibre sensible chez l’écrivain éditorialiste.

Mais il n’irait pas plus loin, il resterait au seuil et se contentait de me communiquer un peu de cette joie de vivre qu’il tressait comme une cote de mailles. 

J’ai relu hier hier un article d’août 2011, dans lequel Jean d’Ormesson s’interrogeait sur la crise du système occidental suite à la chute du Mur de Berlin. Crise née non pas de sa faiblesse  mais de sa force, de la démesure qu’elle a engendrée. D’Ormesson a observé avec lucidité, une fois de plus, le tragique de la condition humaine. Et il convoque Hubris et Nemesis, les déesses grecques de la Démesure et de la Rétribution: « Il est à peine besoin de souligner que l’économie de marché victorieuse a été saisie de la même folie qui animait le marxisme, une espèce d’ivresse très proche de la fameuse ubris des Grecs qui frappait les hommes emportés par l’orgueil. Au lendemain de la chute de l’empire stalinien, le professeur Fukuyama célébrait la fin de l’histoire. L’histoire, qui n’a jamais cessé de changer, ne s’en est pas moins poursuivie »

Tout est dit dans ces quelques lignes. Les guerres américaines du Proche-Orient et le choc en retour du 11 septembre; la tentative de s’affranchir des règles de l’émission monétaire et la crise de 2007 qui s’en est suivi. La Tour de Babel qui s’appelle « Union Européenne » et la dissension des peuples avant que cet édifice, qui ambitionne de monter « jusqu’au ciel » soit achevé. Oui, Fukuyama a cru, comme Hegel en son temps, que l’histoire s’était achevée. Et d’Ormesson nous rappelle que c’est une illusion. Angela Merkel a entretenu l’Allemagne et l’Europe dans cette illusion mais le génie de l’histoire est sorti de la bouteille et la pousse inéluctablement en dehors de la Chancellerie. 

Il restera de Jean d’Ormesson des aperçus fulgurants. « Au lendemain de la chute de l’empire stalinien, le Professeur Fukuyama célébrait la fin de l’histoire. L’histoire ne s’en est pas moins poursuivie ». L’écrivain, à la différence de l’universitaire, n’essaie pas d’enfermer le réel dans une formule; il cherche les mots qui épousent la vie, l’existence, l’histoire. Dans le cas de Jean d’Ormesson, les mots avaient aussi pour mission de tenir aussi loin que possible le malheur, le tragique, les dissensions. Certains s’agaçaient que l’homme ne s’engageât jamais à fond dans une cause. Mais laissons lui cet immense mérite de n’avoir jamais eu aucune complaisance pour les monstruosités totalitaires devant lequelles se sont prosternées bien des intellectuels de la même génération. Et d’avoir cultivé, tel ces écrivains romains de l’Empire prenant bien soin de ne pas être happés par la Cour des Césars, le goût des formules que l’on transmet à la postérité. 

 
Commentaires

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  • Par Ganesha - 06/12/2017 - 11:42 - Signaler un abus Sclérose cérébrale

    Après celui consacré à Charles de Gaulle, cet article fait partie d'une étude scientifique cherchant à établir le taux de prévalence de la sclérose cérébrale chez les lecteurs d'Atlantico ! Mr. Husson vous avait calmement expliqué que le Libéralisme n'est absolument pas le secret de la réussite des Trente glorieuses, et qu'il n'y a aucune crainte ou espoir que cette saloperie, aussi répugnante que le Nazisme et le Communisme, gouverne notre avenir. Aujourd'hui, il poursuit sa démonstration en utilisant une autre prestigieuse référence. Certains d'entre vous seront-ils enfin capables de sortir de leur décrépitude intellectuelle ? A première vue, ce n'est pas gagné !

  • Par kelenborn - 06/12/2017 - 13:12 - Signaler un abus Oui oui

    Quel grand penseur sera Denis Jacquet quand il aura rejoint (ce qu'on lui souhaite le plus tard possible) le boulevard des allongés! Ah oui,... quand même Ganesha...il est possible qu' Husson se trompe, il est probable que Sylvestre essaie vainement de nous tromper, il se pourrait que Jacquet ait une trompe à la place de ma cervelle mais...vous , aucune incertitude! vous faites partie de ceux qui se sont TOUJOURS TROMPES, vous l'assumez comme Vangogol assume ses tocs! Au fond , pourquoi avez vous quitté l'île de Robinson? Personne ne vous contredisait la bas! En plus, les chèvres, c'est un peu con et ça a besoin d'une "avant-garde éclairée" ..alors...Et puis, emmenez donc Vangogol, bon, c'est Vendredi mais en version conne mais vous dialoguerez avec un vrai fasciste! Ici, c'est pas digne de vous!

  • Par Ganesha - 06/12/2017 - 14:21 - Signaler un abus Merveilleuse nouvelle

    Louis XVI a été guillotiné en 1793, mettant fin à la monarchie absolue, Adolf Hitler s'est suicidé en 1945, le Catholicisme s'est effondré en 1968. Après la mort de Staline en 1953, le mur de Berlin a été démoli en 1989. Le Capitalisme est mort en 2008, emporté par le Krach boursier. Mais pour l'instant, on maintient la population dans l'ignorance de cette merveilleuse nouvelle, derrière le paravent et les tuyauteries de l'Assouplissement Quantitatif.

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Edouard Husson

Edouard Husson est historien. Ancien vice-chancelier des universités de Paris, ancien directeur général d'Escp Europe, il a fait ses études à l'Ecole normale supérieure et à Paris Sorbonne, dont il est docteur en Histoire. Edouard Husson a été chercheur à l'Institut für Zeitgeschichte de Munich (1999-2001) et chercheur invité au Center For Advanced Holocaust Studies de Washington (en 2005 et 2006). Il a également été fait docteur honoris causa de l'Académie de Philosophie du Brésil (Rio de Janeiro) pour l'ensemble de ses travaux sur l'histoire de la Shoah.

Il est aussi vice-président de l'université Paris Sciences et Lettres (www.univ-psl.fr)

 

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