Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mercredi 19 Septembre 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Quand le genre devient un système de différenciation sociale au service de rapports de domination

Pour les militantes féministes radicales toute différenciation devrait être considérée comme une forme déguisée et perverse d’oppression. Les hommes blancs hétérosexuels deviennent alors des bourreaux et l’existence même d’un fait majoritaire devient un scandale à stopper de toute urgence. Extrait du livre "Délivrez-nous du Bien !" de Natacha Polony et Jean-Michel Quatrepoint, publié aux éditions de l'Observatoire (1/2).

Bonnes feuilles

Publié le
Quand le genre devient un système de différenciation sociale au service de rapports de domination

 Crédit JACQUES DEMARTHON / AFP

Queer signifie « tordu », « étrange », et s’oppose à straight, « ce qui est droit ». Comme souvent, ce qui était une insulte a été repris comme un étendard par ceux qu’elle visait. Et l’émergence de ce concept, c’est l’étape suivante : dans une perspective politique, « le genre, écrit la psychologue et universitaire Patricia Mercader, n’est plus seulement défini comme le versant psychosocial de la différence des sexes, mais comme un système de différenciation sociale au service de rapports de domination  » (Patricia Mercadier, « Le genre, la psychanalyse, la “nature” », in Hommes, femmes, la construction de la différence, sous la direction de Françoise Héritier, Le Pommier, 2005).

En clair, cela signifie que toute différenciation doit être considérée, pour les militantes féministes radicales, comme une forme déguisée et perverse d’oppression. Un esprit un peu éveillé pourrait faire remarquer que les mêmes féministes radicales organisent pourtant des « ateliers non mixtes », pratique dont la France a découvert l’existence en 2017, au moment où un festival « afro-féministe militant » a importé cette pratique, une fois encore venue des États-Unis. Précision pour le néophyte – et toujours pour lui éviter le futur camp de rééducation dirigé par Caroline De Haas et Christiane Taubira : la différenciation n’est autorisée que pour la victime, le dominé, qui doit pouvoir se définir lui-même. Si l’autre, par son regard, l’assigne à une identité, c’est au contraire une ignoble domination. D’où cet autre concept que le lecteur attentif de l’actualité a dû rencontrer dans les inévitables réunions « en nonmixité » qui se fixent désormais sur chaque mouvement social, « Nuit debout », l’occupation de la faculté de Tolbiac ou les manifestations de cheminots en colère : « cis ». Un cis-genre, un cis-homme, un cis-Blanc, un cis-hétéro, c’est quelqu’un qui se sent à l’aise dans l’identité que lui assigne la société. Bref, c’est un dominant ou un complice de dominant. 

Où l’on comprend comment s’opère la « convergence des luttes » contre « toutes les formes de domination ». Le féminisme américain, façonné par les études de genre, a calqué son combat sur celui des minorités sexuelles. D’un combat politique d’émancipation et de lutte pour l’égalité, le féminisme est devenu, à l’instar du mouvement homosexuel, un combat culturel pour l’effacement de toute idée de norme ou de fait majoritaire. Les femmes – 49,6 % de l’humanité – sont une minorité et une minorité est forcément opprimée. Entendons-nous bien : il ne s’agit nullement de nier ou de minorer les violences faites aux femmes, pas plus que celles faites aux minorités sexuelles, ethniques ou autres. Le racisme existe, le sexisme et le machisme aussi. Quant aux préjugés homophobes, ils sont pléthore. Et la vie de certains homosexuels, notamment en dehors du centre des grandes métropoles, est encore trop souvent un cauchemar. Mais faut-il, pour y mettre fin, transformer tous les hommes blancs hétérosexuels en bourreaux et faire de l’existence même d’un fait majoritaire un scandale à stopper d’urgence ?

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Anouman - 15/09/2018 - 20:22 - Signaler un abus Genre

    Dans un article récent on nous informait que 1/5 de la population avait de sérieux problèmes psys. Je crois que c'est plus, mais je ne suis pas certain. Mais les féministes et autres anti-ceci ou cela en font partie, je n'ai aucun doute. Mais c'est comme les prisons, chez les fous il n'y a pas assez de place.

  • Par cloette - 16/09/2018 - 09:12 - Signaler un abus Oui, c'est beaucoup plus,

    A la louche, un tiers !

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Natacha Polony

Natacha Polony est directrice de la rédaction de Marianne et essayiste. Elle a publié Ce pays qu’on abat. Chroniques 2009-2014 (Plon) et Changer la vie (éditions de L'Observatoire, 2017).

Voir la bio en entier

Jean-Michel Quatrepoint

Jean-Michel Quatrepoint est journaliste. Après onze ans passés au Monde, il a dirigé les rédactions de l’Agefi, de la Tribune et du Nouvel Economiste. Il a été pendant quinze ans le patron de La Lettre A. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, dont La Crise globale (Mille et une nuits, 2008) et Le Choc des empires (Gallimard, 2014).

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€