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Quand la gauche se prend pour la droite !

La gauche se retrouve aujourd'hui dans une position difficile, outre les faibles scores électoraux qu'elle présente. Et pour cause, divisée comme elle est, elle perd en lisibilité. Son idéologie semble s'effriter, disparaître même. Hollande a fait sauter bien des dogmes... et au travers des révisions idéologiques, la gauche d'aujourd'hui pourrait devenir la droite de demain.

Inversion de valeurs

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Quand la gauche se prend pour la droite !

Le pouvoir réussit assez peu aux partis en place. Cet euphémisme ne se traduit pas uniquement par la perte des élections intermédiaires. L’exemple de la gauche qui assume les responsabilités gouvernementales est fascinant. Elle a d’abord été confrontée à la difficulté d’exercer le pouvoir lui-même et à incarner un leadership. Elle a ensuite été dans l’incapacité d’agir efficacement pour répondre aux préoccupations des Français. Ces deux écueils ne sont pas l’apanage de la gauche de gouvernement. Toutefois, elle a élevé ces deux dimensions à des niveaux encore jamais atteints. Toutes les enquêtes d’opinion le montre.

La confrontation avec la réalité a fait (re)naître des lignes de fractures profondes et durables dans ce conglomérat disparate comme l’appelait André Siegfried dans son Tableau des partis en France. A tel point que certains n’hésitent pas à dire que la gauche est morte sous les coups des renoncements, des compromissions, des luttes internes ; non pour la conquête du pouvoir mais pour tenter de s’y maintenir.

C’est ce que le politologue Gaël Brustier décrit dans A demain Gramsci. Pour lui, la gauche n’a plus de vision du monde, plus d’interprétation et ne désigne plus d’ennemis à combattre, même plus la finance. Elle vit sous domination culturelle de la droite au moins depuis le 6 mai 2012. Il faut dire qu’en quatre ans, elle a fait voler en éclat quantité de vieux dogmes et fait muter la social-démocratie en social-libéralisme. Cela s’est traduit sur le plan électoral par la perte immédiate des catégories populaires que Terra Nova avait d’ailleurs annoncé bien avant la campagne présidentielle. En matière de sécurité et d’immigration, la gauche a gagné en lucidité, rompant définitivement avec son vieux complexe angélique. Au plan économique, sous les saillies d’Emmanuel Macron, elle a initié un nouveau Bad Godesberg, remisant le mythe égalitariste au musée. Elle a trouvé dans le ministre de l’Economie sa nouvelle figure, autant que son dynamiteur. En quelques mois, il aura envoyé la gauche dans le camp des archaïques et des rétrogrades. Il aura détruit des années d’une construction issue d’Epinay pour conquérir le pouvoir et attaqué au marteau piqueur le pacte social constitutif de cette « république des statuts » et des corporatismes bloquant toutes réformes.

Il réalise au fond le vieux rêve d’une droite à la gauche des bonapartistes et plus humaniste que les orléanistes, un mouvement social-libéral, admiratif de la troisième voie du Labour période Tony Blair, capable de rompre avec le relativisme et les bons sentiments pour débarquer tel un chien dans un jeu de quille dans la réalité d’un monde qui ne croit plus beaucoup en ses responsables politiques. Il fait ce que les droites n’ont jamais osé faire, trop tiraillées entre leurs positions antagonistes. Sur le plan politique, on peut se demander pourquoi un tel sabordage à un 14 mois d’une élection présidentielle ? Est-ce une stratégie de campagne ou bien une fuite en avant ? Le choix du calendrier à de quoi laisser perplexe.

 
Commentaires

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  • Par tubixray - 07/03/2016 - 14:07 - Signaler un abus Au fait la droite c'est qui ?

    Rappelons que J. Chirac qui était chef d'état en même temps que Tony Blair était politiquement plus à gauche que son homologue britannique et ... travailliste !..... Un bel exercice de reniement que se faire élire avec un programme de droite et mener une politique sociale démocrate en laissant crever la France à petit feu 12 ans durant .....Sarkozy est un homme de droite mais son quinquennat a été torpillé par crise de 2008.... Alors qui à droite pour 2017 ?....

  • Par kaprate - 07/03/2016 - 17:49 - Signaler un abus Des brebis et des boucs...

    Si je me rappelle bien, selon Saint Matthieu, les brebis sont à droite et les boucs sont à gauche... Voilà, comptez vous!........Va-t-on encore longtemps nous servir ces clivages rances?

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Vincent de Bernardi

Ex-journaliste, ex-conseiller d'un Premier ministre et d'un ministre de l'Intérieur, ex-directeur du Service d'Information du Gouvernement (SIG) et du Syndicat de la Presse Quotidienne Régionale (SPQR), Vincent de Bernardi est aujourd'hui, directeur de la communication et des affaires publiques d'une organisation et chroniqueur au Magazine Paroles de Corse.

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