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Quand la gauche agonise car il est impossible d'être à la fois républicain et multiculturaliste

Paul-François Paoli rappelle que la question de l'identité de la France, marquée par la tradition chrétienne et l'héritage gréco-romain, et celle de sa souveraineté sont liées. S'il existe un peuple français, celui-ci a des droits historiques sur la France, laquelle n'est pas qu'une idée mais une terre et un pays. C'est cette réalité que certaines élites occultent alors qu'elles reconnaissent ce principe pour d'autres pays. Extraits de "Quand la gauche agonise - La république des bons sentiments" de Paul-François Paoli, aux éditions du Rocher 1/2

Bonnes feuilles

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Quand la gauche agonise car il est impossible d'être à la fois républicain et multiculturaliste

De quel droit, par exemple, le publiciste Guy Sorman, qui vit aux États Unis, prétend-il faire honte aux Européens de leur attitude par rapport à des réfugiés qu'il compare avec légèreté à des persécutés juifs des années 30 ? Il est vrai que les sans-abri qui jonchent aujourd'hui les rues de Paris, sont des invalides sociaux, des improductifs, tandis que les hommes qui arrivent d'Afrique et d'ailleurs sont, eux, des prolétaires en puissance qui peuvent relancer la croissance en enrichir "l'Europe métisse" que Guy Sorman appelle de ses vœux, ainsi qu'il l'écrit dans son article.

Sans le savoir peut être, Guy Sorman a inventé un nouveau concept : celui de darwinisme compassionnel. Oublions les pauvres hères qui meurent de froid à nos portes, accueillons les vaillants réfugiés qui peuvent redonner un sang neuf à l'Europe en déclin. Même son de cloche chez Jacques Attali qui, sur son blog du 7 septembre, illustre cet étrange chantage compassionnel non dénué d'intérêt. Tout en proposant d'exclure la Hongrie pour son infraction envers les "valeurs européennes", il blâme ceux qui n'alignent pas leur position sur celle de l'Allemagne, qui a décidé d'ouvrir plus grand ses portes aux réfugiés pour des raisons autant démographiques qu'économiques.

"De fait la confrontation aux exigences de l'hospitalité renvoie à l'essentiel de notre caractère. Certains qu'on croyait aimables, se révèlent égoïstes, d'autres qu'on croyait sans cœur, se révèlent altruistes".

Qui ne voit l'indigence d'un tel raisonnement ? Comment croire que cela soit si simple et que, comme dans les westerns, le monde se divise entre bons et méchants ? Dans Le Point du 1er octobre, lors d'un débat avec l'économiste Jacques Sapir, Jacques Attali n'hésite d'ailleurs pas à affirmer que l'afflux de réfugiés est d'abord notre intérêt économique, puisque ces hommes jeunes et vaillants viennent au secours de notre croissance.

Aujourd’hui ce chantage du cœur se retourne contre ceux qui le tiennent depuis trop longtemps, comme en témoignent des sondages d'opinion qui montrent que les Français sont devenus réticents à accueillir toute la misère du monde. Mais cette crise va beaucoup plus profond : elle témoigne du fait que les Français n'ont plus confiance en leur système d'intégration. Les malheureux qui échouent à nos frontières et que nous n'avons guère envie d'accueillir, paient les conséquences d'un échec historique : celui de l'assimilation républicaine qui a peu, ou mal, fonctionné avec des populations en provenance du Maghreb qui, comme l'a récemment écrit l'historien Georges Bensoussan dans un article alarmiste, non seulement ne s'assimilent pas, comme ce fut le cas des générations précédentes, mais se "désassimilent", en revendiquant l'identité de leurs parents. Cette crise des réfugiés, plutôt que de nous confiner dans la torpeur du mea culpa, devrait nous fait réfléchir sur les limites de l'universalisme français et la nécessité de concevoir la France aussi en termes d'identité historique et culturelle. Car les valeurs républicaines ne suffisent pas à penser la France, contrairement à ce que prétendent Jean Christophe Cambadélis et Jacques Attali. La gauche est, en effet, complètement désarmée face au débat lancinant qui a trait aujourd'hui à l'identité de la France. Étrangère à cette problématique, elle est incapable de penser une notion d'identité qui lui paraît suspecte et qu'elle prétend réduire aux valeurs de la citoyenneté. Pour pallier cette aporie elle a recours au discours pieux sur le "vivre ensemble", slogan qui ne répond nullement à la question de savoir si nous voulons vivre les uns avec les autres, parce que nous le désirons ou parce que nous y sommes contraints. Le discours sur le "vivre ensemble" est emblématique de la nov langue pseudo-citoyenne : cette paraculture des bons sentiments dont s'abreuvent les médias et les hommes politiques mais qui masque une réalité plus sombre : le non-désir de vivre ensemble dans un monde où, bien souvent, nous n'avons pas grand-chose à partager.

Comment assurer l'unité culturelle du peuple français, unité qui suppose des représentations communes, dans un pays qui abrite à la fois le plus grand nombre de musulmans d'Europe et le plus grand nombre d'athées ? Sur ce sujet crucial, nous nous heurtons à un tabou. Pourquoi ? Parce que la gauche dans son courant dominant est prise dans une mortelle contradiction entre sa volonté d'incarner des valeurs qui se veulent universelles, depuis la laïcité à la parité des sexes et une sensibilité multiculturelle qu'elle promeut par ailleurs et qui est fondée sur le droit à la différence.

Or il est impossible d'être à la fois républicain et multiculturaliste, tout simplement parce que le multiculturalisme institue la parité des cultures quand le principe républicain suppose la supériorité de la laïcité en termes de civilisation. Entre Jean Pierre Chevènement et les options multiculturalistes de Christiane Taubira, il faut choisir or justement la gauche ne choisit pas de manière explicite. Ainsi son propos est-il devenu illisible à ceux qu’elle prétendait autrefois représenter : ces classes populaires méfiantes envers l'islam qui ne votent plus pour elle.

Extraits de "Quand la gauche agonise - La république des bons sentiments" de Paul-François Paoli, publié aux éditions du Rocher, 2016. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

 
Commentaires

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  • Par zouk - 30/01/2016 - 11:54 - Signaler un abus Paul-François Paoli

    Je crois relire J.C. Barreau, les deux font le même constat. Nous sommes en pleine volonté de suicide national ou, plus exactement nos dirigeants nous y conduisent résolument, faiblesse? inculture? lâcheté? illusions droits-de-l'hommistes? Nous sommes en plein désarroi, pour ne pas dire désespoir

  • Par Jasmin84 - 30/01/2016 - 14:37 - Signaler un abus Je suis depuis longtemps

    Je suis depuis longtemps hantée par l'exemple du Liban où les chrétiens ont du se soumettre bon gré, mal gré au fait majoritaire. Les mêmes faits se sont ensuite produits en Bosnie, au Kosovo puis en Afrique de l'ouest confrontée aux revendications des tribus musulmanes du Nord. Nous n'avons rien compris, rien appris de ces exemples. Or les mêmes faits vont produire les mêmes effets. C'est soit la soumission, soit la guerre civile...que nous perdrons. A cause de la lâcheté, de la cécité volontaire de nos gouvernants englués dans une culpabilité hors de propos. Les arabes et les musulmans eux ne culpabilisent pas de l'invasion du Maghreb, de la traite des humains, du marché aux esclaves, de la mutilation des hommes pour en faire des eunuques. Non seul l'homme blanc est condamné à se repentir sans fin, à se soumettre et à disparaître. Il est minuit moins une. Si nous ne réveillons pas, si nous ne révoltons pas, si nous ne sommes pas capables d'affirmer haut et fort que nous ne sommes pas prêts à transiger sur nos valeurs, nous allons disparaître comme les chrétiens disparaissent du moyen orient où ils sont pourtant arrivés bien avant les arabes...qui s'en souviendra demain.

  • Par brennec - 30/01/2016 - 14:44 - Signaler un abus @zouk

    Il y a une volonté a la fois de gauche et européenne d'en finir avec les nations accusées de tous les maux depuis les guerres de religions jusqu'aux guerres civiles européennes en passant par la colonisation. Pour se débarrasser de la nation française il faut renier sa dimention judeo chretienne, abaisser sa culture, détruire son enseignement noyer le sentiment national sous l'immigration.

  • Par Lafayette 68 - 30/01/2016 - 14:51 - Signaler un abus T Bonne analyse mais...

    Je ne suis pas sûr que JP Chevènement soit "LA" référence... Ministre de l'éducation , il a contribué aussi, à sa façon, par le 80% d'une classe d'âge au bac (donc en masse ensuite à l'université ) , à la formation d'une jeunesse qui a des bagages intellectuels dévalorisés : "tout le monde il a le bac , tout le monde il est gentil , je suis charlie , même pas peur , et j'en passe..." Je préfère De Villiers qui aimait bien JPC mais celui-ci se défile quand il faut faire bloc et se replie sur la gauche par réflexe marxiste et tradition...

  • Par cloette - 30/01/2016 - 16:12 - Signaler un abus Lafayett,e

    ce n'est pas lui les 80% de classe d'âge au bac , c'est J Lang !

  • Par fanfoué - 30/01/2016 - 20:44 - Signaler un abus Comme Jasmin 84

    Je vous suis complètement dans votre analyse, et il est effectivement bien tard pour redresser l'appareil et éviter le crash !!! J'ai servi au Liban dans les années 80 et au regard de l'évolution de notre sociéte, j'ai de plus en plus la crainte de voir la même situation se produire chez nous

  • Par C3H5.NO3.3 - 31/01/2016 - 21:40 - Signaler un abus @jasmin84

    " C'est soit la soumission, soit la guerre civile...que nous perdrons" Désolé de vous contredire. Ce n'est pas la première fois que nous rejetterons les musulmans à la mer, et que nous convertirons au catholicisme les survivant(es)

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Paul-François Paoli

Paul-François Paoli est l'auteur de nombreux essais, dont Malaise de l'Occident : vers une révolution conservatrice ? publié chez Pierre-Guillaume de Roux en 2014, et de Pour en finir avec l'idéologie antiraciste en janvier 2012. Il a aussi écrit Quand la gauche agonise à paraître le 25 janvier 2016.

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