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Quand le forum de Davos se penche sur l’immigration, il oublie la question fondamentale : pourquoi l’Europe ne fait plus d’enfants

Le forum économique mondial de Davos s'est ouvert ce mercredi 20 janvier, avec pour première thématique de travail les enjeux de l'immigration. A ceux-ci, les chercheurs du FMI et de l'OCDE découvrent plusieurs aspects... comme une intégration plus rapide par le travail et bénéfique pour le PIB. Le risque, cependant, à ne voir que ces aspects est réel.

Le petit bout de la lorgnette

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Quand le forum de Davos se penche sur l’immigration, il oublie la question fondamentale : pourquoi l’Europe ne fait plus d’enfants

Atlantico : Ce mercredi 20 janvier s'est ouverte la première journée des travaux du Forum économique mondial. Dès ce premier jour, la question de l'immigration a été abordée. Pour autant, le risque que celle-ci ne soit traitée que sous l'angle économique existe. Quel serait-il concrètement ? Quels sont les enjeux que nous risquerions de manquer ?

Roland Hureaux : Traiter la question de l'immigration en Europe sur le plan strictement démographique, c'est ce que fait depuis de lustres tout ce qui compte dans le monde : la division de la population de l'ONU, la Commission de Bruxelles, l'OCDE, la Banque mondiale etc. Les discours qu'ils tiennent est simple : la dénatalité en Europe crée un déséquilibre dans la pyramide des âges : il n'y a pas assez de jeunes. Il manquera des actifs pour payer les retraites. Il faut donc aller les chercher ailleurs. Il faut que l'Europe se mette à "importer" des actifs en provenance de pays où la natalité est au contraire forte : certains pays musulmans surtout l'Afrique subsaharienne.

Pour ces augures qui sont en gros les mêmes qui font la pluie et le beau temps au Forum de Davos, il faudrait faire venir 30 ou 40 millions d'immigrés en Europe.

A force de le dire, on finit part le faire. C'est sans doute ce qu'a fait Angela Merkel ; cet exode de réfugiés est une aubaine pour l'Allemagne : accueillons en quelques millions, d'autant que, venant de Syrie et d'Irak pour partie, on peut penser que leur niveau d'études est meilleur que s'ils venaient du Congo. 

En disant cela, on élude la question de la dénatalité en Europe : n'a-t-elle aucun remède ? Evoquer ce sujet est tabou parce qu'on finirait par parler de la politique familiale qui est la bête noire des lobbies féministes maîtres du politiquement correct international. La dénatalité européenne est considéré comme une donnée intangible. Pourtant la Russie de Poutine montre que quand un gouvernement veut remonter la natalité, il y arrive.

En disant cela, on évite surtout de poser le problème culturel. Une nation ce ne sont pas seulement des chiffres de population, des tranches d'âge etc., c'est aussi une certaine homogénéité culturelle. Sinon, on va vers une société d'apartheid  probablement autoritaire ; il faudra une autorité forte pour éviter la guerre civile : on le voit en France avec la réforme constitutionnelle et l'état d'urgence qui préfigurent ce que sera l'Europe de demain.

En disant cela, surtout, on ignore délibérément la question identitaire. On tient pour rien l'angoisse qui traverse aujourd'hui  l'Europe sur l'avenir de sa civilisation. Or le sentiment d'un peuple, même si on ne le juge pas légitime (je crois pour ma part qu'il l'est) doit être pris en compte. La capacité d'accueil, pas financière mais politique, de nos pays est limitée. Un petit nombre d'immigrés est  facile à intégrer. Au-delà d'un certain seuil, l'intégration ne se fait pas. C'est ce qu'on voit aujourd'hui.

 
Commentaires

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  • Par cauchoise - 22/01/2016 - 10:56 - Signaler un abus Suicide allemand

    Résidant longtemps en Allemagne, j'y ai vu dès la années 70 l'enfant unique arriver, parfois au nom de grands principes (la terre est déjà trop peuplée ..), parfois simplement par égoïsme (ma fille me suffit ..). 10 ans plus tard, on trouvait dans les journaux locaux des annonces de parents à la recherche de camarades de jeu pour leur enfant chéri ! Depuis, rien n'a changé. Je crains même que la récente vague migratoire n'accentue le phénomène, mettre au monde une fille pour lui donner l'avenir d'une femme moyen-orientale va faire peur à beaucoup. Rendez vous dans 50 ou 100 ans, je suis heureuse de ne pas y être !

  • Par Lafayette 68 - 23/01/2016 - 09:17 - Signaler un abus Quelques remarques

    -"pas assez d'actifs pour payer les retraites" : pourquoi faut-il un bac plus 5 pour enseigner aujourd'hui (à 23 24 ans) alors qu'avec un bac à 18 ans en 1970 , on était instituteur(trice) dans la foulée et prof en collège à bac plus 2 ou 3 ? -vous voyez seulement la crise de la natalité (sauf France Irlande) mais n'abordez pas la longévité des classes nombreuses , vrai sujet aussi car c'est du jamais vu ...ainsi que l'égalité H-F , les nouvelles familles déstructurées.

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Roland Hureaux

Roland Hureaux a été universitaire, diplomate, membre de plusieurs cabinets ministériels (dont celui de Philippe Séguin), élu local, et plus récemment à la Cour des comptes.

Il est l'auteur de "La grande démolition : La France cassée par les réformes"

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