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Quand facebook profile vos “amis” pour déterminer votre capacité de remboursement et vous donner une note de crédit

Aux Etats-Unis, Facebook vient de breveter une technologie permettant d'évaluer le risque de crédit d'une personne en fonction de la qualité et du passif financier de ses "amis".

Le prix de l'amitié

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Quand facebook profile vos “amis” pour déterminer votre capacité de remboursement et vous donner une note de crédit

Facebook vient de breveter une technologie permettant d'évaluer le risque de crédit d'une personne. Crédit Reuters

Atlantico : Un tel rapprochement entre vie virtuelle et démarches bancaires est-il réaliste et vous surprend-il ?

Franck DeCloquement : Rien ne me surprend plus à titre personnel. Il est en effet possible aujourd’hui - grâce à la technologie du net et les collectes de données de masse - d’établir des corrélations signifiantes et vérifiables, entre les affinités amicales que partagent une personne sur les réseaux sociaux, et ses comportements de consommation attendus en matière de remboursement… C’est une réalité. Nous entrons ici de plein pied dans le diktat de la solvabilité et son hybridation avec l’univers du "Big Data" prédictif.

Ainsi, Facebook vient en effet de déposer un brevet le 4 aout dernier, au Bureau américain des brevets et des marques (United States Patent and Trademark Office), qui pourra permettre aux prêteurs d’évaluer un client en fonction de la qualité de ses "amis" supposés sur le réseau et s’assurer ainsi que son "environnement social" est globalement bon payeur. Autrement-dit, un accord de prêt pourra bientôt vous être virtuellement consenti, entre autre chose, en fonction de la qualité de vos amis sur Facebook…  

Tout cela pose bien évidemment le problème des liens qu’il est possible désormais d’établir à l’avance ("scientifiquement" pourrions nous dire) et d’extraire  -  par l’usage d’algorithmes intelligents et apprenants -  entre un utilisateur lambda des réseaux sociaux comme Facebook, et son environnement amical direct.

Ainsi, certaines relations amicales peuvent "dire quelque chose" sur le souscripteur potentiel d’une offre de crédit et "prédire" ses comportements, dés lors quelles passent par le tamis de l’analyse mathématique, et le filtre du traitement statistique des données de masse. Autrement dit, le fameux "Big Data". L’objectif final recherché (EFR) pour le prêteur étant comme toujours d’évaluer par "effet d’affinité", la solvabilité individuelle du demandeur et le risque que représente pour lui une souscription de prêt en fonction des comportements objectifs et observables de consommation de son client, via le truchement de ses relations sociales… Dès demain donc, des sociétés privées de prêts et des établissements de crédits bancaires seront donc en mesure de scanner les listes d'amis de leurs clients et de connaître ainis leurs historiques financiers, afin de savoir s'ils se sont toujours correctement acquittés de leurs mensualités de remboursement. Magnifique perspective…

Un "meilleur des mondes" en quelques sortes qui pourra très bientôt être agrémenté d’analyses génétiques complémentaires de leurs prospects, sur lesquels certains GAFA du web se sont d’ores et déjà positionnés…  Nous ne sommes plus très loin des extrapolations fictives du film d’anticipation : "Bienvenue à Gattaca" d’Andrew Niccol.

Michaël Dandrieux : Personne ne sait véritablement à quoi pourront servir toutes les données qui sont, chaque jour, emmagasinées par ceux qui ont la patience et l’ambition de le faire. Leur modèle est de provisionner ces données — le plus de données possible sur le plus de choses possibles — afin de ne pas rater une lecture possible du monde. Il y a un consensus sur la question de la data qui est de croire que le sens naîtra lorsque nous trouverons les bonnes liaisons, les bonnes corrélations, et les schémas qui se répètent au sein des configurations sociales (les patterns). Si vous possédez un pattern, rien ne vous empêche de croire que vous avez une fenêtre sur le futur. Vous resserrez le faisceau de présomption, vous réduisez les chances que l’avenir vous surprenne.

Ce n’est pas du tout surprenant que Facebook tente d’aller dans la direction des banques avec le montage dont vous parlez. Le principe de la croissance bancaire est de produire de la dette, et donc de minimiser le risque du défaut de remboursement. On vous fait moins de bon coeur un prêt si vous êtes à l’article de la mort. L’espoir de Facebook est de trouver un pattern, dans l’ensemble immense des données que nous partageons, permettant d’établir notre solvabilité. C’est l’une des manières de valoriser leur trésor, qui sont les traces que nous leur laissons chaque jour. Ce projet suppose que notre comportement social et nos amis sont liés à notre solvabilité. Il suppose qu’il y a, par exemple, une corrélation entre la solvabilité de nos amis et notre solvabilité, donc que nous sommes liés à notre environnement immédiat. Ce qui suppose encore que les gens que nous fréquentons sur Facebook soient un environnement immédiat...

 
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  • Par VV1792 - 27/08/2015 - 23:38 - Signaler un abus Article tres, tres

    Article tres, tres interessant.. N'etant utilisateur d' aucuns des reseaux sociaux par choix, cela n' encourage pas a changer d' avis. Le probleme est que l' espace de liberte se reduit de jour en jour, ces toiles d' arraignee deviennent des outils cherchant a devenir incontournables dans le day to day..La Revolte des Masses est irresistible..

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Franck Decloquement

Franck DeCloquement est expert en intelligence économique pour le groupe Ker-Meur et ancien de l’Ecole de Guerre Economique de Paris (EGE). Professeur à l'IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques) pour le Master 2 IRIS Sup' en « Géo-économie et intelligence stratégique », diplôme délivré conjointement par l'IRIS Sup' et l'ESC Grenoble, Franck DeCloquement est aussi conférencier sur les menaces émergentes liées aux actions d'espionnage, et les déstabilisations de nature informationnelle et humaine. Il est en outre intervenu récemment pour la SCIA (Swiss Competitive Intelligence Association) à Genève, et les assises 2015 de la FNCD (Fédération Nationale des Cadres Dirigeants) au Sénat.
 

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Michaël Dandrieux

Michaël V. Dandrieux est sociologue, il appartient à la tradition de la sociologie de l’imaginaire. Il est le co-fondateur de l'Institut d'Etudes Eranos où il a en charge le développement des activités d'études des mutations sociétales. Il est directeur du Lab de l'agence digitale Hands et directeur éditorial des Cahiers européens de l'imaginaire

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