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Quand l'excès de règles tue en France

Dans sa série de livres "Les Décisions absurdes", Christian Morel explore des situations où les individus ont pris collectivement des décisions singulières et ont agit avec constance dans le sens totalement contraire au but recherché.

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Quand l'excès de règles tue en France

 Crédit CHRISTOPHE SIMON / AFP

Atlantico : Dans votre série de livres "Les Décisions absurdes", dont le troisième tome vient de sortir chez Gallimard, vous décryptez des situations qui, bien que les règles aient été suivies à la lettre, ont viré à la catastrophe. Comment vous est venue l'idée d'entamer l'écriture de cette série de livres?

Christian Morel : C’est d’abord parce que j’ai travaillé toute ma vie en entreprise dans un grand groupe (Renaud pour ne rien vous cacher). Quand on travaille dans des organisations telles que celle-là, on est frappé par le fait qu’il y ait des décisions aberrantes qui sont prises. Je me posais la question : comment se fait-il que des individus intelligents avec un haut niveau d’éducation vont prendre des décisions stupides du fait d’être en groupe ? Il y a des phénomènes collectifs qui conduisent les individus à faire des choses idiotes.

Une deuxième raison, je suis passionné par la technologie et notamment l’aéronautique. Par intérêt, j’ai lu un grand nombre de rapports d’accidents d’avion, car je voulais savoir pourquoi la majorité des accidents étaient dus à des erreurs de pilotages. Parmi ces accidents, j’en ai trouvé quelques-uns complètement absurdes. J’ai alors eu l’idée de faire une analyse transversale de ces décisions stupides que les individus prennent. Cela m’a permis de comparer des décisions dans des organisations, mais aussi dans des situations de hautes technologies.

Est-il possible se défaire de l'enfer des règles et éviter les pièges tendus par les pouvoirs publics et les organisations privées ?

C’est ce que j’ai essentiellement développé dans mon second livre, le tome 2 des décisions absurdes. J’ai développé des grands principes à respecter quand on veut assurer la fiabilité des décisions. Je me suis beaucoup inspiré de ce qui se fait dans l’aéronautique ou des organisations très fiables. Ce sont des principes tels que la collégialité, le débat contradictoire, la non-punition des erreurs, les retours d’expérience, etc... Pour éviter ces décisions absurdes, il faut investir dans ces principes qui proviennent d’une culture de la fiabilité. Il s’agit de créer les conditions d’un travail collectif fiable. J’ajoute que pour ce qui est de l’enfer des règles, il faut d’avantage faire confiance à ce que j’appelle la compétence augmentée. Ça ne sert à rien de multiplier les règles si les acteurs ne sont pas suffisamment formés. Par exemple, dans le domaine de l’aéronautique, les compagnies aériennes avaient multiplié les procédures. Vous trouviez des procédures des constructeurs (Boeing, Airbus) et les compagnies en rajoutaient. Les pilotes se retrouvaient alors avec deux modes d’emploi. Cela fait beaucoup. Et il y avait beaucoup de contradictions. Aujourd'hui, les compagnies, notamment Air France, ont supprimé les règles spécifiques aux compagnies pour ne laisser que celle des constructeurs.

Tout cela est alors complété par les compétences du pilote. C’est ce qui va assurer le vide entre la documentation constructeur et le pilotage.

Pensez-vous que la culture juste (la non-punition des erreurs), la modestie et l'humanisme puissent triompher à nouveau face au poids de l'enfer des règles, à l'hyper-réglementation, aux dérives et aux multiples cas aberrants d'erreurs dans la société, dont vous parlez dans votre ouvrage ? Comment inverser cette tendance ?

Il faut un engagement politique, du management et de la formation pour éviter les grandes erreurs collectives. Il faut passer par un engagement du sommet de l’organisation. Vous ne pouvez rien faire s'il n’y a pas un engagement du patron. Par ailleurs, il faut de la formation, mais pas de la formation classique au management, mais au secteur humain où l'on aide les gens à comprendre les mécanismes sociologiques, cognitifs qui jouent dans les relations humaines de travail. C’est comme ça que ça s'est passé dans l’aéronautique. Il y a eu un engagement de l'organisation et puis les pilotes suivent des formations "facteur humain" en plus de leurs formations de pilotage.

 
Commentaires

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  • Par zen aztec - 15/07/2018 - 10:59 - Signaler un abus (Renaud pour ne rien vous cacher)

    Le chanteur?Chez Pernaud Ricard alors

  • Par Anouman - 15/07/2018 - 11:11 - Signaler un abus Règles

    Les règles trop précises tuent l'efficacité individuelle. Mais c'est vrai qu'on adore ça en France et l'UE n'hésite pas à ajouter sa contribution.

  • Par Septentrionale - 15/07/2018 - 13:24 - Signaler un abus La France

    Pays castré par l'étatisme (gauche et droite confondues). Les effets secondaires asphyxient la Société Française muselée qui se dévitalise à présent aux profits d'éléments intrusifs inadaptés et entretenus à ses dépends par des règles toujours arbitraires étatiK. Eléments devenus une entité invasive d'une constitution toxique étrangère aux règles sinon aux siennes propre, violentes et trafiquantes. Tout cela devient "tranquillement" ingérable par l'irresponsabilité d'un pouvoir étatiK inconséquent dans ses démons loufoques ruineux totalitaristes .

  • Par ajm - 15/07/2018 - 14:23 - Signaler un abus Système organisé d'irresponsabilité.

    On a , en France, cumulé le plus mauvais du management US , manie des procédures invraisemblables et du "déclaratif " où il faut s'engager dans un processus de "transparence" et de "posture morale " destiné à reduire au maximum le risque juridique et , aussi, l'esprit administratif Français où on adore empiler des lois et règlements. Du coup, la réalité du management concret avec des personnes " responsables " agissant dans un esprit collectif d'entreprise, a presque disparu. La toute puissance du droit pénal inquisitorial a poussé les dirigeants de grandes entreprises à multiplier les règlements internes , inspirés des multiples lois et règlements Européens et US , eux-mêmes d'une extrême complexité, pour se " défausser " sur l'encadrement intermédiaire des problèmes et des responsabilités. Du coup, chacun , à son niveau, cherche à évacuer le mistigri vers le bas où, à la fin, on trouve un magma de lampistes.

  • Par Anguerrand - 15/07/2018 - 15:36 - Signaler un abus La règle du 80 km/ heures

    Encore une contrainte que l’etat veut nous enfiler par des spots de tv faux. En effet Auto Moto a fait lui même ses essais et la différence n’est pas de 13 km mètres entre 90 et 80 mais selon les voitures de 7 à 8 mètres. L’etat ne cessent de nous mentir en nous prenant pour des imbéciles. Il est question que des milliers de radars miniaturisés ( achetés en Chine);soient cachés derrière les panneaux de signalisation. Ainsi on pourra ainsi être contrôlé parfois tous le 20 m. Au volant on va devenir fou. Malheur à vous si vous doublez un camion qui cache un panneau.

  • Par POLITQ - 15/07/2018 - 21:43 - Signaler un abus REGLES TUENT

    Oui. Je travaille en psychiatrie et nos médecins sont paniqués par les règles qui sont édictées par on ne sait qui, jamais on ne nous montre le texte originel..... S'il se passe quelque chose de délictueux, ou supposé tel, entre 2 patients, ou entre un patient et un soignant, nos médecins ne réfléchissent plus..... Aussitôt on embraye une procédure pénale, séparation des individus, casse immédiate du processus thérapeutique en cours. Et pour quoi au final?... La plupart du temps c'est parole contre parole, invérifiable. Mais ces connards de trous du cul se croient couverts..... Alors qu'en fait il faut rencontrer, parler, évaluer la parole des patients. Celle-ci est inévitablement liée à leur pathologie. Leur "plainte" est-elle actuelle? En lien avec un vieil événement de plusieurs jours, semaines, mois, années? Quel rapport avec son ou ses fantasmes? Quelle est l'évolution du discours au bout de quelques heures, jours?... Quelle est la vraie demande qui peut être derrière? Mais non. Ces connards de trous du cul ne prennent absolument pas SOIN !!!!! Ils remplissent des formulaires, balisent la situation autour d'eux. Et après, si on retrouve le patient, on doit reprendre ......

  • Par vangog - 16/07/2018 - 00:32 - Signaler un abus Oui, article assez instructif!

    Il est dommage que l’interlocuteur ne se tourne pas vers les dérives de l’intelligence artificielle, car c’est un vrai sujet! L’IE sera faite de ce que les hommes y auront mis...des hommes qui ne seront pas mus par le principe de réalité, mais par le principe d’anticipation, doublé du principe de précaution pour les plus lâches...ne rien faire!...la volupté totale! Air France a parfaitement perçu le danger d’oublier le principe de réalité et cette entreprise a compris qu’on ne pouvait pas multiplier les règles, sans faire courir un risque insensé aux hommes... Qu’en sera-t-il de l’intelligence artificielle, toute entière dévolue aux normes et aux règles?...et à l’ideologie des minorités?...aux mains de pervers manipulateurs comme ceux qui pervertissent la justice, l’éducation, les médias?...quel immense danger contre la démocratie feront aussi courir ceux qui aiment manipuler le peuple (Ooooooh, populiste!) et le pervertir?...il faudra répondre à cette question-la, aussi...

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Christian Morel

Christian Morel, a effectué une carrière de cadre dans des grands groupes français. Il a terminé cette carrière comme directeur des ressources humaines. Parallèlement à ces fonctions, il a mené une réflexion dans le domaine de la sociologie des organisations et a publié articles et ouvrages. Retraité de son métier opérationnel, il poursuit cette activité intellectuelle sous la forme de publications, d'échanges et de conférences, concernant la gestion des risques liés aux facteurs humains. Il a été membre nommé du Comité National de la Recherche Scientifique de 1991 à 1995 et fait partie de comités de rédaction de revues académiques. 
 
Le magazine Challenges, dans son numéro du 30 juin 2016, a cité ses ouvrages sur les décisions absurdes (tomes 1 et 2) parmi les dix livres culte du XXIème siècle en management. Le premier tome a reçu le Grand Prix du Livre de Stratégie et de Management de l'Expansion-McKinsey et a été primé par l'Académie des Sciences Morales et Politiques. Le prix du Livre RH Le Monde-Sciences Po-Syntec et la distinction "Le Stylo d'Or" de l'Association Nationale des DRH ont été décernés au second tome. Ces deux livres ont fait l'objet de nombreux articles dans la presse nationale, étrangère et dans des revues académiques. Le tome 1 des Décisions absurdes a été traduit en japonais, chinois, tchèque, espagnol et portugais. Son ouvrage L'enfer de l'information ordinaire a été également largement commenté dans la presse.
 
En 2018, il publie le troisième tome des Décisions absurdes : Les décisions absurdes III. L'enfer des règles. Les pièges relationnels. 

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