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Quand l’étrange "bellicisme humanitaire" de l’Occident en Syrie se double d’une pratique du double standard

Après les frappes militaires occidentales lancées sur des cibles du régime syrien durant la nuit des 13 et 14 avril derniers dans un contexte d’hyper propagande autour de l’utilisation présumée "d’armes chimiques", Alexandre del Valle décrypte les motivations et buts de guerre du trio France-Royaume-Uni-Etats-Unis.

Double face

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« Bombardements de politique intérieure » ou interventionnisme néo-impérial ?

De prime abord, l’interventionnisme occidental rappelle les mauvais souvenirs des guerres en Irak et en Libye, qui ont exaspéré Poutine et qui ont été menées et justifiées par les soi-disant « preuves » d’emploi et détention d’armes de destruction massives (Irak-2003) ou de « massacres imminents » (Libye 2011). Mais comparaison n’est pas raison, puisque contrairement aux guerres occidentales en Ex-Yougoslavie, Irak et Libye, cette fois-ci, les Russes qui contrôlent le ciel syrien, ont pris le devant et rendu stratégiquement impossible un scénario de « regime change ».

Si les Occidentaux sont là aussi hostiles comme dans les cas précédents à un régime trop lié à l’ennemi suprème de l’OTAN qu’est la Russie et aident les forces islamistes sunnites parrainées par les puissances du Golfe comme en Libye et durant le « printemps arabe », la différence majeure est que les buts de guerre sont bien moins clairs et entiers, puisqu’ils se limitent à dissuader le régime d’utiliser des armes chimiques et ne consistent surtout pas à le renverser, ce que ne souhaite ni le président français Macron ni son homologue Trump, d’ailleurs en partie élu sur un programme anti-interventionniste. Afin de coller plus au réal, certains experts ont donc parlé de « buts de guerre très limités », « minimalistes », voire d’une «opération ayant pour but de sauver la face », ou même d’une stratégie quasi théâtrale dite du « pet de Coq », qui vise à « montrer les muscles » plus qu’à changer les choses. Tout porte à croire en effet que l’on assiste une fois de plus, depuis le début de la crise syrienne, à des gesticulations de puissances occidentales qui n’ont pas pu renverser Bachar al-Assad lorsqu’ils auraient peut-être pu le faire, qui se sentent humiliées par le coup de maître russe, lequel donne le ton depuis 2015, et qui ont « tracé une ligne rouge » qu’ils ont laissé franchir plusieurs fois, ce qui n’est plus tenable pour leur crédibilité nationale et internationale selon eux.  Même s’ils savent pertinemment qu’un régime qui viole les droits de l’homme et une dictature sanguinaire ne sont pas forcément des ennemis (l’ennemi est le terrorisme qui tue dans nos capitales et non le régime baathiste qui lutte contre lui), et donc même s’ils ont parfois reconnu que l’éviction de Bachar al-Assad n’est pas la priorité, les dirigeants occidentaux sont acculés à faire semblant de lutter contre le régime de Bachar al-Assad afin de redorer leur blason comme Donald Trump qui doit donner des gages aux néo-conservateurs qui le cernent ; d’apparaître comme des hommes d’Etat forts, comme Macron ; ou de resserrer les liens, comme la premier ministre britannique qui tente de sortir de l’isolement inhérent au Brexit. En réalité, le fait indéniable que les Russes contrôlent l’essentiel du ciel syrien et que les Occidentaux sont cette-fois-ci incapables de reproduire le scénario libyen explique que les raids militaires anglo-franco-américains aient été fort limités et donc ne changent pas fondamentalement la donne. Prisonniers de leur droitdel’hommisme et de leur posture justicialiste et moralisatrice, nos dirigeants adeptes de la politique-spectacle et esclaves des « faiseurs d’opinion » préfèrent l’affichage théâtral de la puissance à l’efficacité stratégique réelle. Ils privilégient ainsi leurs impératifs de démagogie électorale et d’agenda intérieur à la stricte défense de leurs intérêts nationaux. Pour ce qui est de la France et de la Grande-Bretagne, qui donnent des leçons de morale droitdelhommiste à toute la planète et qui ont déclenché en 2011 une guerre en Libye qui n’a fait que nuire aux intérêts géopolitiques de l’Union européenne, elles investissent des milliards dans des opérations militaires extérieures néo-impériales alors qu’elle ne sont plus capables de faire respecter leurs valeurs et civilisation dans leurs propres « banlieues de l’islam » qu’elles ont abandonnées depuis des décennies aux fanatiques liées à des Etats du islamiques qui sont autant des alliés économiques que des ennemis civilisationnels… Foncièrement adaptes du « double standard », les Occidentaux violent au niveau des instances internationales et notamment des Nations Unies la légalité dont ils dénoncent la violation par d’autres. Leurs indignations sélectives ont toujours épargné  les Etats islamistes totalitaires (Pakistan, monarchies du Golfe, Turquie d’Erdogan, etc) et asiatiques (Chine, Corée du Nord, Indonésie, Malaisie, Maldives) qui massacrent ou persécutent de façon massive depuis des décennies les minorités chrétiennes. Et il est ironique de constater que les mêmes pays (France et Etats-Unis) qui ont reçu en grande pompe le prince-héritier saoudien Mohamed Ben Salmane ces derniers jours se sont affichés fièrement avec ce despote qui organise fait massacrer par les bombardements massifs et le blocus/famine au Yémen alors qu’ils dénoncent et vengent le massacre d’un autre despote. Mais il est vrai que l’Arabie saoudite, matrice du salafisme international et ex-parraine d’Al-Qaïda, demeure fréquentable car elle est l’allié indéfectible des Etats-Unis, tout comme la Turquie néo-califale d’Erdogan qui massacre les Kurdes d’Afrine dans le nord-ouest de la Syrie sans que Washington, Paris et Londres ne songent à des sanctions, rappels d’ambassadeurs ou expulsions d’espion. En fait, ce qui explique ce deux poids deux mesures entre, d’une part, la Russie diabolisée pour avoir envahi la Crimée (russe) et encouragé des séparatismes en Géorgie et en Ukraine de l’est, et, de l’autre, la Turquie, pardonnée d’avoir envahi et occupé Chypre depuis 1974 alors qu’elle menace militairement la Grèce, Chypre, la Syrie, les Kurdes, et l’Irak, est le fait d’appartenir ou pas à l’OTAN...

 
Commentaires

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  • Par Klaus02 - 16/04/2018 - 13:13 - Signaler un abus Excellente analyse

    Sur le fond RAS comme d'habitude Sur la forme, article bourré de fautes et de coquilles J.Mattis est le secretaire d'état US à La Défense, pas le conseiller national à la sécurité (J.Bolton depuis quelques jours) Enfin une suggestion, que Mr Del Valle cesse ou utilise moins le terme "régime" éminemment connoté. Il pourrait évoquer les autorités, le gouvernent syrien etc

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Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan), Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan)

Son dernier ouvrage, La statégie de l'intimidation (Editions de l'Artilleur) est paru en mars 2018

 

 

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