Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Vendredi 17 Août 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Quand l’étrange "bellicisme humanitaire" de l’Occident en Syrie se double d’une pratique du double standard

Après les frappes militaires occidentales lancées sur des cibles du régime syrien durant la nuit des 13 et 14 avril derniers dans un contexte d’hyper propagande autour de l’utilisation présumée "d’armes chimiques", Alexandre del Valle décrypte les motivations et buts de guerre du trio France-Royaume-Uni-Etats-Unis.

Double face

Publié le
Quand l’étrange "bellicisme humanitaire" de l’Occident en Syrie se double d’une pratique du double standard

 Crédit François NASCIMBENI / AFP

Les frappes militaires perpétrées par les Etats-Unis, la France et la Grande Bretagne durant la nuit des 13 et14 avril contre trois sites liés au programme d’armement chimique (Barzeh, près de Damas et environs de Homs, centre de la Syrie) ont été présentées par les Occidentaux comme une « réponse » à la supposée attaque « chimique » perpétrée par le régime de Damas le 7 mars à Douma (est de la capitale syrienne) contre les jihadistes de Jaich al-Islam. Précisons en premier lieu que ce groupe jihadiste irréductible lié à Al-Qaïda, qui a pris en otage ses propres civils de la Ghouta orientale pendant des mois et a refusé d’appliquer les accords d’évacuation afin de se « prévaloir » du maximum de morts, a été ainsi de facto « vengé » par les Occidentaux, comme lors des dernières « frappes » américaines, exactement un an plus tôt, lorsqu’en réaction à l’attaque supposée « chimique » de Khan Cheikhoun (86 mort) du 4 avril 2017, les Etats-Unis avaient tiré 59 missiles Tomahawk sur la base militaire d'Al-Chaayrate (Homs), le 7 avril pour venger la mort de civils et miliciens d’une base islamiste-jihadiste assiégée par l’Armée syrienne. Rappelons que de même que les rebelles de la Ghouta vengés par les Occidentaux ces derniers jours sont des jihadistes jusqu’auboutistes liés à Al-Qaïda (Jaich Al-Islam), de même les « rebelles » anti-Assad massacrés par l’armée syrienne en mars 2017 étaient également liés à Al-Qaïda (Hayat Tahrir el Sham et Ahrar al Sham) et avaient commis des atrocités à l’encontre de centaines de militaires et civils syriens dont l’Occident ne parle jamais.

Les « 350 000 morts d’Assad » sont d’ailleurs une désinformation en soi puisque l’Observatoire syrien des droits de l’Homme a lui-même reconnu que la moitié à peu près des massacres sont imputables aux « rebelles » syriens qui sont depuis 2014 dans l’écrasante majorité des jihadistes et milices islamistes ultra-radicales parrainés par le Qatar, la Turquie, l’Arabie saoudite ou d’inspiration Frères musulmans. Mais plusieurs de ces mouvements ont également souvent reçu jusqu’à peu des aides substantielles et soutiens de la part de pays occidentaux, dont les Britanniques et les Américains. Les Britanniques sont d’ailleurs à l’origine des fameux « Casques blancs » liés aux Frères musulmans et aux rebelles islamistes en général et à qui l’on doit une bonne partie des « sources » et « preuves » des attaques chimiques imputées par les va-t-en-guerre occidentaux au régime de Damas.

Des frappes « proportionnées » aux effets très limités…

Pour revenir aux « frappes » de ces derniers jours, on doit au patron Conseiller national à la Sécurité, James Mattis, qui n’est pas la plus va-t’en guerre parmi l’équipe Trump, le fait que ces « frappes ponctuelles » aient été « proportionnées », limitées et même « concertées » avec les forces militaires russes, ceci notamment afin de ne pas risquer une conflagration ou une guerre Russie-Etats-Unis. Toujours est-il que les forces américaines ont mis en oeuvre deux fois plus de munitions que lors du raid de 2017 précité. Au total, cent dix missiles ont été tirés dans la nuit du 13 avril dernier sur des cibles à Damas et Homs, la Russie et le régime syrien affirmant que nombre d’entre eux ceux-ci auraient été interceptés par l’armée syrienne. Étonnamment, les raids occidentaux n’auraient vraisemblablement pas fait de victime, pas plus civiles que militaires. Et pour cause, puisque les dirigeants anglais, français et surtout américains n’ont cessé depuis des jours d’avertir qu’ils allaient frapper, ce qui a permis aux militaires syriens et russes d’évacuer la plupart des sites visés par les pays de l’OTAN… L’observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH, pourtant lié aux rebelles sunnites anti-régime), a d’ailleurs confirmé que les cibles du régime syrien étaient vides et que les personnels (syriens et russes) ont été entièrement évacués trois jours avant les frappes. Les avions de l’armée syrienne ont en effet été cachés sur des bases militaires russes, bien évidemment épargnées par les raids pour des raisons évidentes de non-escalade. C’est donc en toute logique réaliste et aux antipodes des discours anti-russes va-t-en-guerre des Occidentaux que ces derniers ont soigneusement évité toute cible russe, non seulement celle de la base navale de Tartous et de la base aérienne à Hmeimim (Lattaquié), mais également celles déployées sur nombre de sites militaires du régime. Les frappes occidentales n'ont même pas touché la base aérienne de Doumair (Damas), d'où avait pourtant décollé l'hélicoptère syrien qui aurait attaqué le fief jihadiste de la Douma (Jaich al-islam) à l'arme chimique le 7 avril dernier... par contre, les capitales occidentales et l’OSDH ont confirmé que les cibles du régimes frappées sont toutes liées au Centre d’études et de recherches scientifiques de Syrie (CERS) du ministère de la défense qui serait le principal laboratoire chargé des programmes chimiques. En l’état actuel des choses, si nous n’avons pas de preuves qu’il s’agit d’une manipulation, il n’existe pas non plus de preuves formelles que des armes chimiques illégales (sarin) et pas seulement du chlore (dont la détention n’est pas illégale) aient été utilisées sciemment par les forces du régime syrien et encore moins qu’elles aient été utilisées avec l’aval russe. Nous en serons plus dans les semaines à venir puisque la seule équipe internationale habilitée à mener une expertise, l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), n’a commencé son travail d’enquête qu’après les raids franco-anglo-américains des 13-14 avril derniers.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Klaus02 - 16/04/2018 - 13:13 - Signaler un abus Excellente analyse

    Sur le fond RAS comme d'habitude Sur la forme, article bourré de fautes et de coquilles J.Mattis est le secretaire d'état US à La Défense, pas le conseiller national à la sécurité (J.Bolton depuis quelques jours) Enfin une suggestion, que Mr Del Valle cesse ou utilise moins le terme "régime" éminemment connoté. Il pourrait évoquer les autorités, le gouvernent syrien etc

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan), Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan)

Son dernier ouvrage, La statégie de l'intimidation (Editions de l'Artilleur) est paru en mars 2018

 

 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€