Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mercredi 13 Décembre 2017 | Créer un compte | Connexion
Extra

Quand Emmanuel Macron reçoit Beata Szydlo : Paris et Varsovie se réconcilieront-ils sur le dos de la Russie ou de l'Allemagne ?

La visite de Beate Szydlo à Paris risque d'être très compliquée dans un contexte où le projet européen d'Emmanuel Macron est mis en péril par les déboires nationaux d'Angela Merkel et où son dernier passage à Varsovie n'a pas laissé de bons souvenirs.

Remplaçant

Publié le
Quand Emmanuel Macron reçoit Beata Szydlo : Paris et Varsovie se réconcilieront-ils sur le dos de la Russie ou de l'Allemagne ?

Atlantico : Ce jeudi 22 novembre, Emmanuel Macron recevra ​Beata Szydlo, Première ministre de la République de Pologne, faisant suite à un climat de crispation entre les deux pays datant du mois d’août dernier, lorsque le président français avait notamment déclaré "La Pologne n'est en rien ce qui définit le cap de l'Europe". Sur quelles bases les deux dirigeants pourraient-ils se réconcilier ?

Florent Parmentier : Sur l’échiquier politique, on ne peut imaginer une opposition aussi caractérisée : Emmanuel Macron représente un courant europhile de la vie politique française, dont l’objet est de permettre une adaptation de son pays au contexte économique international ; en un mot, il incarne une forme de modernisme, de velléité humaniste dans un pays où l’Europe a été ces dernières années l’objet de vives critiques. En face, Beata Szydlo se trouve dans un pays où la croissance a été vigoureuse depuis plusieurs années, où la population reste majoritairement europhile, mais dont le gouvernement revient sur un certain nombre d’acquis démocratique du premier quart de siècle depuis la chute du régime communiste.

Discours des vainqueurs de la mondialisation d’un côté, des vaincus de la transition de l’autre ; volonté de relance européenne d’un côté, diatribe anti-bruxelloise de l’autre. Difficile d’imaginer des positionnements plus différents. Emmanuel Macron se situe dans une lignée qui est celle de Donald Tusk, l’ancien Premier Ministre polonais et ennemi juré du gouvernement actuel. 

En outre, la vente annulée des hélicoptères de type Caracal d’Airbus en octobre 2016 a laissé des traces, notamment parce que ce contrat de 3,1 milliards d’euros était perçu comme une compensation de l’annulation du contrat franco-russe des navires BPC.  L’actuel Ministres de l’Europe et des Affaires étrangères était alors aux premières loges pour assister à ce retournement. Les récentes passes d’armes sur les travailleurs détachés ou l’accueil des migrants n’ont évidemment rien arrangé.

Enfin, alors qu’Emmanuel Macron se distinguait pendant la campagne par un certainement éloignement vis-à-vis de la Russie comparé à ses rivaux immédiats (Le Pen, Fillon et Mélenchon), il a fait preuve au pouvoir d’un pragmatisme qui a pu faire grincer des dents en Pologne. La question russe est évidemment centrale vue de Pologne.

Cyrille Bret : Les tensions entre la France et la Pologne sont comme leurs sujets de convergence : beaucoup plus anciens que l’élection d’Emmanuel Macron. Les obstacles à surmonter entre ces pays alliés et amis depuis longtemps sont considérables mais pas insurmontables. Premièrement, dans le domaine de la construction européenne, la Pologne du PiS propose un agenda clairement axé sur la souveraineté des Etats : réduction du rôle de la Commission, limitation de la bureaucratie européenne, etc. Cela s’est manifesté dans la question de la répartition des réfugiés : Bruxelles l’a fait adopter au nom de la solidarité européenne et Varsovie l’a refusé au nom de la souveraineté nationale. Deuxièmement, concernant les travailleurs détachés : Varsovie veille à ce que ces travailleurs puissent continuer à alimenter son économie nationale alors que Paris a pour priorité d’éviter les mesures trop défavorables à ses travailleurs nationaux. Le coup de sang d’Emmanuel Macron contre le gouvernement polonais est le symptôme de ces divergences. Mais des pistes de coopération sont identifiées : Varsovie et Paris partagent la même analyse de l’activisme russe dans la Baltique et contribuent grandement à la sécurité collective du continent. La réactivation du Triangle de Weimar basé sur la coopération militaire entre Paris, Berlin et Varsovie est la principale de ces pistes. Mais la France ne doit pas oublier que la Pologne est une grande économie moderne et particulièrement dynamique : elle recèle nécessairement des opportunités pour la France. Sans oublier la célébration du centenaire de Marie Curie.

Dans un contexte de blocage européen conséquence du coup d'arrêt des négociations allemandes en vue de la formation d'une coalition, et d'affaiblissement probable d'Angela Merkel, quels pourraient être les "nouveaux" enjeux à traiter entre France et Pologne, et plus largement, dans l'approche française de l'Europe centrale et du groupe de Visegrad ? ​
 

Florent Parmentier : Alors que l’on pensait Angela Merkel sûre de sa réélection et de sa capacité à rassembler une large coalition, le coup d’arrêt qu’elle vient de subir prend à contrepied Emmanuel Macron et ses envies de relance européenne. 

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par clint - 23/11/2017 - 13:44 - Signaler un abus La France et la Pologne sont des pays amis et proches

    Proches par l'histoire (Stanislas, etc) et le nombre de français ayant eu des polonais dans leurs familles !

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Florent Parmentier

Florent Parmentier est maître de conférences à Sciences Po et chercheur associé au Centre de géopolitique de HEC. Il a récemment publié, aux Presses de Sciences Po, Les chemins de l’Etat de droit, la voie étroite des pays entre Europe et Russie. Il est le créateur avec Cyrille Bret du blog Eurasia Prospective.

Pour le suivre sur Twitter : @FlorentParmenti

Voir la bio en entier

Cyrille Bret

Cyrille Bret, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, de Sciences-Po Paris et de l'ENA, et anciennement auditeur à l'institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) est haut fonctionnaire et universitaire. Après avoir enseigné notamment à l'ENS, à l'université de New York, à l'université de Moscou et à Polytechnique, il enseigne actuellement à Sciences-Po. Il est le créateur avec Florent Parmentier du blog Eurasia Prospective.

Pour le suivre sur Twitter : @cy_bret

 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€