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Quand EDF a eu les yeux plus gros que le ventre et que les consommateurs paient la facture

Criblé de dette après d'importants investissements dans les années soixante-dix et quatre-vingts, EDF doit désormais rentabiliser l'énergie nucléaire, au grand dam de notre portefeuille. Deuxième partie de "EDF, la bombe à retardement", dernier ouvrage de Thierry Gadault.

Bonnes feuilles

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Quand EDF a eu les yeux plus gros que le ventre et que les consommateurs paient la facture

EDF doit rembourser une dette importante.  Crédit REUTERS/Benoit Tessier

En lançant le grand plan d’équipement électronucléaire au début des années soixante-dix, puis en y ajoutant une tranche supplémentaire au début des années quatrevingt, les pouvoirs publics ont vu grand. Très grand. Trop grand même. Tous les experts le disent : les 63 GW de production nucléaire installée en France dépassent largement les capacités normales de consommation. Évidemment quand les pouvoirs publics s’en sont rendu compte, il était trop retard pour faire machine arrière, les centrales nucléaires étant déjà construites ou en cours de construction.

Alors la France a essayé de trouver une solution pour permettre que le fonctionnement du parc installé soit suffisant pour être rentable il fallait bien aider EDF à encaisser les revenus nécessaires au remboursement de la dette constituée pour construire les cinquante-huit réacteurs. La solution s’est appelée le chauffage électrique : c’est la raison pour laquelle les immeubles d’habitation construits depuis les années quatre-vingt ont été massivement équipés en convecteurs.

Actuellement, au moins un tiers des foyers français est équipé en chauffage électrique, et ce chiffre continue de croître puisque ce moyen de chauffage, très peu efficace et très coûteux, équipe les deux tiers des immeubles en construction. Le parc de chauffage électrique français représente aussi près de la moitié du parc européen. Mais personne n’a vu son effet pervers.

La consommation électrique est en effet découpée en trois tranches : la base, qui correspond au niveau sous lequel la consommation ne descend pas, la semi-base, qui fait référence à la consommation supplémentaire en fonction des heures de la journée, et la pointe, ces pics de consommation exceptionnelle enregistrés quand les températures dégringolent en hiver. Un mix énergétique bien pensé se traduit par la mise en place d’outils de production diversifiés pour répondre aux évolutions de la demande.

Pour pouvoir faire face à la semi-base et à la pointe, il faut effectivement disposer d’outils souples (qui démarrent et s’arrêtent quasi instantanément), mais auxquels on doit garantir un temps d’utilisation dans l’année suffisamment long pour qu’ils soient rentables. C’est la raison pour laquelle, dans la plupart des pays qui ont développé un appareil de production électronucléaire, celui-ci est cantonné pour répondre essentiellement à la consommation de base, d’autres types de centrales (à charbon ou au gaz) venant compléter le dispositif pour répondre aux évolutions de la consommation. Mais pas la France.

Afin d’écouler la surcapacité nucléaire, l’équipement en chauffage électrique a donc été imposé. Ce qui a entraîné une très forte sensibilité du pays aux températures. Comme l’a expliqué Pierre Bonnard, le vice-président du directoire RTE (Réseau de transport d’électricité, la filiale d’EDF qui gère le réseau à très haute tension), devant la commission d’enquête de l’Assemblée nationale (le 16 janvier 2014), quand les températures baissent d’un degré en hiver, la consommation électrique en Europe augmente de 4 000 MW, dont 2 300 MW rien qu’en France ! Et sur l’ensemble de la pointe de consommation en Europe, qui dépasse les 300 000 MW, la part attribuable à la France atteint 100 000 MW. Forcément, pour faire face à un tel bond de la consommation électrique dans l’Hexagone, il faut que les centrales nucléaires tournent à plein régime durant les mois d’hiver.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 04/01/2015 - 12:54 - Signaler un abus Non, votre papier est totalement irréaliste...voir surréaliste!

    Il est représentatif du discours des écolo-régressifs, qui n'ont pas compris que la France, après avoir tout gaspillé dans le social, est à l'heure des économies, pas des reconversions tardives et coûteuses! 900 milliards d'Euros pour rénover le parc immobilier! Ou les prenez-vous? Ces énergies renouvelables six fois plus coûteuses que le nucleair, comment les développez-vous, alors que la France gauchiste accumule 2037Milliards d'Euros de dettes? La démagogie consiste à promettre des lendemains qui chantent, sans les chiffrer socialement ni budgétaire ment, tout en se basant sur des études farfelues de réchauffement climatique, qui doivent être relayées par les propagandistes zélés dissipe es dans les médias pour imposer leur crédibilité douteuse aux Français. Mais les Français ont subi la social-démagogie coûteuse pendant des années...ils sont aujourd'hui vaccinés contre tout type de démagogie, qu'elle soit sociale ou écologiste!

  • Par MONEO98 - 04/01/2015 - 17:42 - Signaler un abus ++++++++++++

    je rajoute que parallèlement les mêmes réclament toujours plus d’électricité subventionnés ...car panneaux solaires , éoliennes ,marée motrice etc..;tout cela n'existe que par subventions donc aux 900 milliards faudrait rajouter encore des centaines de milliards .... l'idéologie verte nous conduit à la catastrophe .Elle est partout ( même chez Lepen-:) ;on ne peut même pas vérifier si la nature nous a fait un cadeau dans notre sous sol permettant de sauver le "gaulois "de sa bêtise permanente .........

  • Par rouv07 - 05/01/2015 - 17:58 - Signaler un abus 60 GW

    Je suis heureux que "l’Allemagne ait construit 60 GW en énergies renouvelables, soit l’équivalent du parc nucléaire tricolore" , mais je me demande quelle types de renouvelable. Des centrales thermiques au lignite ? Le lignite étant par ailleurs riche en sulfure, il cause des pollutions responsables de pluies acides. Qui peut garantir de chiffre de 60GW renouvelables ???

  • Par boulegan - 05/01/2015 - 23:02 - Signaler un abus Inavouable..

    ici les périodes critiques de "pointe" sont bien abordées ....mais cet article laisse dans l'ombre les raisons de l'abandon des moyens intelligents de régulation de ces pointes tel l' EJP abandonné du catalogue d'offres EDF et TEMPO que l'évolution du tarif de ses tranches rend dissuasif .tout le monde y gagnait ...quel gâchis !

  • Par ponpon - 06/01/2015 - 10:15 - Signaler un abus De grossses lacunes...

    L'auteur de cet article oublie de préciser que c'est grâce au parc nucléaire que le prix de l'-électricité en France est depuis très longtemps parmi les plus bas en Europe, et ce malgré l'augmentation considérable de la CSPE, taxe payée par le seul consommateur d'électricité pour couvrir notamment le coût de développement des énergies renouvelables, qui est passée de 3€/MWh en 2002 à 19,5 €/MWh eau 01/01/2015. Et la hausse n'est pas finie.... Il oublie également de préciser qu'il faut aussi des capacités thermiques de pointe pour satisfaire la demande quand l'absence de vent ou de soleil ne permet pas aux éoliennes ou aux panneaux solaires de fonctionner. Cet article à charge contre le nucléaire manque manifestement d'objectivité

  • Par Vincennes - 06/01/2015 - 10:24 - Signaler un abus De toujours."les consommateurs" ont toujours DU payer la facture

    lire l'excellent article de NOUILHAC sur les augmentations d'EDF en 2013 (5%) ainsi qu'en 2014 en raison des dérives pharaoniques des dépenses et plus particulièrement de la CCAS (comité d'entreprise EDF)célèbre pour l'énormité de ses recettes 500 millions/an depuis 1946 calculées sur la base d 1% du chiffre d'affaires!!!.....La justice a donc mis son nez dans ce dossier ED/CGT (une première) sans que les TV......RADIOS....JOURNAUX s'en fassent l'écho......tous unis pour taire le jugement du tribunal correctionnel rendu le Ier octobre 2014

  • Par Vincennes - 06/01/2015 - 10:44 - Signaler un abus Suite EDF/CG.jugement du tribunal correctionnel redu 1/10/2014

    dans un silence tonitruant sans qu'aucun média n'en rende compte sauf VALEURS ACTUELLES et un entrefilet dans les Echos et entrefilet sur le site la Croix...... car il ne fallait, surtout pas, que soit divulguer d'amendes de la CGT soit disant contrôlée par l'Etat 20.000€ (CGT et sa fédération des Mines/énergie) et 75.000€ pour Iforep et 75.000 l'Humanité), les deux principaux bébéficiaires des DETOURNEMENTS de FONDS.......tout ça en catimini !!! elle est belle leur transparence.......SCANDALEUX

  • Par Vincennes - 06/01/2015 - 11:05 - Signaler un abus Il faut lire, bien sur de : CGT d'EDF......l'article précisant :

    "il y a fort à parier que lors des élections des représentants des salariés au comite d'entreprise (CCAS), la CGT y restera majoritaire avec l'aide du Conseil d'Administration, lui même contrôlé par l'Etat)

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Thierry Gadault


Thierry Gadault, journaliste économique indépendant, a travaillé pour La Tribune, l'Expansion et le Nouvel Économiste. Il est co auteur d’"Henri Proglio, une réussite bien française. Enquête sur le président d'EDF et ses réseaux, les plus puissants de la République" aux Editions du moment, (2013), et publie fin octobre une enquête sur EDF chez First édition, "La bombe à retardement". Il est également rédacteur en chef du site Hexagones.fr

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