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Quand les doutes sur la survie de l'euro infiltrent même le cœur du pouvoir allemand

Le président du Conseil consultatif scientifique du ministère des Finances allemand donne à l'euro une chance de survie de cinq ans "limitée". Il propose une alternative radicale pour sortir de la crise de la dette.

Plan B

Publié le
Quand les doutes sur la survie de l'euro infiltrent même le cœur du pouvoir allemand

L'espérance de vie de l'euro est-elle limitée à cinq ans ? Crédit Reuters

Billet publié initialement (en anglais) sur le blog Testosterone Pit

Plusieurs Allemands haut-placés ont publiquement exprimé leurs doutes quant au futur de l’euro. Quelques politiciens ont essayé de glisser quelques sorties anti-euro au journal télévisé. Et un parti anti-euro, Alternative pour l’Allemagne, s’est formé juste à temps pour se présenter aux élections de septembre, et espère remporter assez de voix pour entrer au Parlement.

Mais ceux les plus proches de l’épicentre du pouvoir, ceux qui gravitent autour d’Angela Merkel, continuent à défendre le dogme officiel.

Celui selon lequel l’euro est plus qu’une monnaie, c’est un concept sacré, une sorte de religion qu’il faut sauver à tout prix. Une grande partie de l’opposition adhère aussi à ce dogme. Bien que la possibilité qu’un petit pays sorte de l’euro a été plus ou moins acceptée, l’euro en lui-même est resté intouchable dans ces cercles. Jusqu’à maintenant.

« Je donne à l’euro une chance de survie à moyen-terme limitée », a déclaré le Dr Kai A. Konrad, président du Conseil consultatif scientifique du ministère des Finances, qui conseille cet épicentre du pouvoir. Au quotidien, il est également directeur de l’Institut Max Planck sur la loi fiscale et les finances publiques. Dans une interview publiée par le Welt am Sonntag, il a lancé un ballon d’essai, une alternative, une hérésie pour les Allemands, un grand compromis, une stratégie de sortie, si vous voulez, de sortie de crise pour tous les pays de la Zone euro. Un plan B dont l’existence même a été farouchement niée par le gouvernement.

Les politiques « d’austérité » mises en place en Europe – le traitement choisi pour maintenir l’union monétaire – ont été l’objet de puissantes attaques. Mais Konrad n’y va pas par quatre chemins : « Aucun pays ne peut accumuler arbitrairement de la dette sans s’exposer au risque que les investisseurs finissent par fermer un jour le robinet », dit-il. C’est ce qui est arrivé aux pays situés au cœur de la crise de la dette.

Il devrait donc être dans l’intérêt de chaque pays de « maintenir sa dette à un niveau aussi bas que possible », assure-t-il. Mais il n’y a pas de seuil fixe, comme les 60% du PIB inscrits dans le traité de Maastricht et maintenant abandonnés de facto. La limite à partir de laquelle un pays entre dans une zone de turbulences varie, selon lui, en fonction de la croissance de son économie et de l’augmentation de sa population.

Quand le traité de Maastricht a été négocié, ce seuil de 60% était justifié par les prévisions de croissance de chaque pays. Si l'on regarde en arrière, on voit qu’il était trop haut, car « la croissance européenne n’a pas atteint les niveaux attendus au cœur des vingt dernières années », dit-il. « Les pays dont la croissance est trop faible peuvent emprunter encore moins. »

Il voit un autre problème lié aux limites strictes de la dette et des déficits. « Imposer de telles conditions aux Etats membres ne crée que du ressentiment, et finit par mettre en péril le projet européen ». Référence à la relation entre un pays sous perfusion, la Grèce, et l’Allemagne, relation qui a culminé avec des images de Merkel affublée d’un uniforme nazi. Au contraire, les pays de la Zone euro devraient être libres « d’emprunter tant qu’ils veulent, à la condition qu’ils soient seuls responsable de leur dette ».

Quelle pensée radicale, en Allemagne, que de dire que chaque pays doit pouvoir emprunter autant qu’il le souhaite ! La seconde partie, que chaque pays doit être seul responsable de sa dette, et non de la dette d’autres pays, était bien sûr l’un des principes du traité de Maastricht, et une des promesses d’airain des politiciens allemands pour que le peuple accepte d’abandonner son Deutsche Mark. Une promesse devenue mensonge à l’heure du premier plan de sauvetage.

Mais pour Konrad, c’est le grand compromis, le plan B : oublier les limites de la dette et des déficits du traité de Maastricht. Laisser chaque pays flamber tout l’argent emprunté qu’il veut. Mais lorsque les investisseurs fermeront le robinet, il n’y aura ni plan de sauvetage, ni Troïka, ni BCE pour racheter de la dette, ni inspecteurs allemands se promenant dans les ministères des Finances. Il reviendra à chaque pays de se débrouiller avec ses investisseurs et de rembourser ses déficits avec rien du tout.

Mais pour permettre à un pays de faire faillite au sein d’une union monétaire, il faut rendre le secteur bancaire « immunisé face à la crise », dit-il. Mais il ne parle pas de ratios de fonds propres ou de produits dérivés, mais d’un concept très simple : « les banques ne doivent plus du tout financer des Etats. Ainsi, si l’Etat devient insolvable, les porteurs d’obligations de ces Etats se verront présenter la facture, sans que l’on risque une crise systémique. »

C’est un changement total de paradigme. Les banques européennes achètent des montants massifs de dette de leurs propres gouvernements, et d’autres Etats. Avec sa proposition, les banques ne possèderaient aucune dette souveraine, et donc seraient protégées de tout risque de crise de la dette. Mais cela serait difficile à mettre en œuvre, vu à quel point les Etats sont dépendants des financements de leurs banques. Il conclut donc sur une note plus sombre – et un ballon d’essai pour une nouvelle doctrine gouvernementale.

« L’Europe est importante pour moi », dit-il. « Pas l’euro. Je donne à l’euro une chance de survie à moyen-terme limitée. » Quand on lui demande de définir ce qu’il entend par « moyen-terme », le président du Conseil consultatif scientifique du ministère des Finances allemand explique qu’il est difficile de définir une période exacte, car cela dépend de beaucoup de facteurs, mais que « cinq ans semblent réalistes ».

 
Commentaires

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  • Par Guff - 28/04/2013 - 09:49 - Signaler un abus L'euro va-t-il péter?

    L'euro, dont le nom fait toujours penser à une flatulence, a été institué pour diviser le pouvoir d'achat des français par 6,55957.

  • Par Gengis - 28/04/2013 - 09:58 - Signaler un abus Une Europe compartimentée, en somme

    La devise de l'Euro dans ce plan B risque de vaciller. Une monnaie unique pour des pays dessoudés sur le plan monétaire ? Là, déjà que je pige pas grand chose, du coup je chavire dans les abysses de l'ignorance ...

  • Par pgf - 28/04/2013 - 10:20 - Signaler un abus c'est une évidence !

    les commentaires de cet expert sont frappés au coin du bon sens. L'euro , une bonne idée , mais à partager entre pays homogènes et ayant un même potentiel économique. Au lieu de celà , nos élus et autres technocrates ont laissé faire cette aberration qui a constitué un costume d'arlequin ingérable. On ne fait pas une joint venture à 25 mais à 5 ou 6 maximum. La sorie va être douloureuse car c'est les allemands qui vont donner le ton en sortant de l'euro ou en exiger un euro à deux vitesses , c'est à dire une forme de dév

  • Par pgf - 28/04/2013 - 10:20 - Signaler un abus c'est une évidence !

    les commentaires de cet expert sont frappés au coin du bon sens. L'euro , une bonne idée , mais à partager entre pays homogènes et ayant un même potentiel économique. Au lieu de celà , nos élus et autres technocrates ont laissé faire cette aberration qui a constitué un costume d'arlequin ingérable. On ne fait pas une joint venture à 25 mais à 5 ou 6 maximum. La sorie va être douloureuse car c'est les allemands qui vont donner le ton en sortant de l'euro ou en exiger un euro à deux vitesses , c'est à dire une forme de dév

  • Par pgf - 28/04/2013 - 10:20 - Signaler un abus c'est une évidence !

    les commentaires de cet expert sont frappés au coin du bon sens. L'euro , une bonne idée , mais à partager entre pays homogènes et ayant un même potentiel économique. Au lieu de celà , nos élus et autres technocrates ont laissé faire cette aberration qui a constitué un costume d'arlequin ingérable. On ne fait pas une joint venture à 25 mais à 5 ou 6 maximum. La sorie va être douloureuse car c'est les allemands qui vont donner le ton en sortant de l'euro ou en exiger un euro à deux vitesses , c'est à dire une forme de dév

  • Par pgf - 28/04/2013 - 10:20 - Signaler un abus c'est une évidence !

    les commentaires de cet expert sont frappés au coin du bon sens. L'euro , une bonne idée , mais à partager entre pays homogènes et ayant un même potentiel économique. Au lieu de celà , nos élus et autres technocrates ont laissé faire cette aberration qui a constitué un costume d'arlequin ingérable. On ne fait pas une joint venture à 25 mais à 5 ou 6 maximum. La sorie va être douloureuse car c'est les allemands qui vont donner le ton en sortant de l'euro ou en exiger un euro à deux vitesses , c'est à dire une forme de dév

  • Par pgf - 28/04/2013 - 10:20 - Signaler un abus c'est une évidence !

    les commentaires de cet expert sont frappés au coin du bon sens. L'euro , une bonne idée , mais à partager entre pays homogènes et ayant un même potentiel économique. Au lieu de celà , nos élus et autres technocrates ont laissé faire cette aberration qui a constitué un costume d'arlequin ingérable. On ne fait pas une joint venture à 25 mais à 5 ou 6 maximum. La sorie va être douloureuse car c'est les allemands qui vont donner le ton en sortant de l'euro ou en exiger un euro à deux vitesses , c'est à dire une forme de dév

  • Par Gringo Nedromi - 28/04/2013 - 10:57 - Signaler un abus Y rester ou en sortir?

    Telle est la question. Rester sur le carreau à force d'austérité, ou sortir de l'Euro et s'en prendre plein la g.... La réponse n'est pas simple. Mais chaque jour de plus dans cette politique d'austérité aveugle rend le coût de rester dans l'Euro plus grand que celui d'en sortir.... Jusqu'au jour ou en sortir deviendra une évidence pour tous...

  • Par jurgio - 28/04/2013 - 11:36 - Signaler un abus Ce n'est un secret pour quasi personne

    que l'euro est avant tout la monnaie allemande par excellence. D'ailleurs, il a été copié à l'origine sur le mark. Les pays latins sont trop brouillons pour le mener à bien.

  • Par l'enclume - 28/04/2013 - 11:40 - Signaler un abus Et pi, et pi

    Guff - 28/04/2013 - 09:49 Si on pouvait diviser la connerie par 3,14116, cela permettrait de règler énormément de difficultés. Quoique, quoique, comme disait Raymond Devos.

  • Par Ex abrupto - 28/04/2013 - 11:44 - Signaler un abus Pourquoi pas...

    ...revenir à l'ECU, monnaie commune et non plus unique comme l'euro. Chaque monnaie nationale y avait un taux de change fixe, mais ajustable; Il me semble que c'était la position des britanniques et il me semble qu'ils avaient raison sur ce coup là! Moi aussi , je pense que l'Europe est plus importante que l'Euro, celui-ci n'ayant pas entraîné comme il était espéré la convergence progressive vers une Europe unie économiquement et politiquement.

  • Par vangog - 28/04/2013 - 13:16 - Signaler un abus On peut faire confiance aux pays plombés par leurs

    dettes, les Sudistes et la France, pour continuer à prendre en otage leurs banques, en les obligeant à acheter des obligations et de la dette Nationale, afin de se prémunir contre un éventuel défaut de crédit. Les pays Sudistes étant pris dans la spirale de la dette, ils aboutiront, tôt ou tard, à un bras de fer avec les Nordistes, qui souhaitent sauvegarder les banques, sonnant le glas de cette construction absurde de Maastricht, concoctée par les pires des socio-démagogues Européens, Mitterrand-Delors-Lamy... Sans accélération de la crise, cette échéance peut être fixée à 4 ou 5 ans. Mais la prochaine crise sera sociale et populaire, elle interviendra certainement avant cette échéance, et partira de la France, de l'Espagne ou de l'Italie, ou de ces trois pays confondus...

  • Par prochain - 28/04/2013 - 13:34 - Signaler un abus Où es-tu Père de l'euro ton silence est de l'or

    Le coup de sauvetage de l'euro pour la France 69 milliards euros. BFMTV.com

  • Par piotrpol - 28/04/2013 - 14:16 - Signaler un abus Le veau en or biblique

    Tel est neuro pour les technocrates de Bruxelles. ça ne pourrait pas marcher de le départ. Je le pensais avont euro.Il fallait faire dans tout UE les mémés salaires, mémés prix, même fiscalité et la UE serait vraiment une grande puissance. En Allemagne en ne ressent pas la crise.Le coût de la vie n'est pas comparable avec celui de la France. L'euro était bien aligné sur la DM. Exemple en 1985 a Francfort j'ai paye un plat de viande garnis des crudités et frites avec un demi litre de bière 10 DM.En 2012 a Berlin la mémé chose 10Euros.Leur salaire moyen et médian a double depuis. Presque tout est moins cher, a commencer par les loyers.Magazins y compris bio de 20 a 40% des sandwiches des restaurantes des bars les "clopes"etc.Par contre l'expresso est plus cher.C'est en partie du au impossibilité de presque par tout de pouvoir payer avec CB. frais bancaires en moins. Mémé un putain de Kebab coûte 3,50,Hot-dog 2.40 en moyenne, un bratvurst( saucisse grille) du 1,35 a 2,40 dans la rue. Sur Unter den Linden (Champs Elysées) berlinoise vous pouvez manger dans un restau pour 12 E sur un terrasse et il n y a pas la racaille ni clodos ni Roms qui vient vous emmerder

  • Par Duffy - 28/04/2013 - 16:34 - Signaler un abus zeuro sur vingt

    cinq ...

  • Par Duffy - 28/04/2013 - 16:37 - Signaler un abus Instituons une monnaie nationale

    Supprimons le droit de l'Etat à s'endetter. Comme quand la France était grande et prospère. Vive la France, Vive le franc.

  • Par armoric2 - 29/04/2013 - 10:06 - Signaler un abus l'euro

    bonjour chouette ci cela pouvait être vraie le départ de la France des pays euro la France regagnerait en tout , et enfin notre pays ne serait plus l’esclave et le prisonnier de l’Allemagne et de Bruxelles vive la France libre et souveraine en son pays merci de m'avoir lu

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Wolf Richter

Wolf Richter a dirigé pendant une décennie un grand concessionnaire Ford et ses filiales, expérience qui lui a inspiré son roman Testosterone Pit, une fiction humoristique sur le monde des commerciaux et de leurs managers. Après 20 ans d'expérience dans la finance à des postes de direction, il a tout quitté pour faire le tour du monde. Il tient le blog Testosterone Pit.

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