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Quand les djihadistes de l'Etat islamique qui tiennent le père Mourad en otage confondent son télescope avec une arme à feu

Le témoignage extraordinaire du père Jacques Mourad, enlevé par Daech en 2015. Il y a fait l’expérience de l’extrême souffrance mais aussi de la grâce, et nous invite à choisir la paix. A retrouver dans "Un moine en otage" publié par les Editions de l'Emmanuel.

Bonnes feuilles

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Quand les djihadistes de l'Etat islamique qui tiennent le père Mourad en otage confondent son télescope avec une arme à feu

Soudain, j’entends un des chefs des djihadistes lancer : « Avant de venir combattre ici, j’étais au Koweït et j’ai organisé des débats avec des prêtres coptes sur Internet. Ils sont très forts pour vendre le christianisme ! Certains font aussi des programmes télévisés qui critiquent l’islam !» Puis, en parlant de moi : « Comme j’ai envie de le tuer pour me venger d’eux !» Son voisin l’interrompt en m’adressant à nouveau la parole : «On a trouvé des armes dans les maisons de tes paroissiens.

– Non, c’est impossible.

– On a même vu des armes au monastère !

– Au monastère ? Non, je vous dis c’est impossible. »

Je sais que c’est faux. Toujours cette tactique pour faire monter la pression et me faire craquer.

«Et dans ta chambre? Il y avait même un lance-roquettes !

– Comment ? Je n’ai jamais eu d’armes, je suis contre les armes, depuis toujours... Ah, mais je vois de quoi tu parles. Ce n’est pas un lance-roquettes, c’est un télescope !»

J’avais en effet dans ma chambre, sur son trépied, un télescope avec lequel nous passions des soirées entières, avec les jeunes de la paroisse, à contempler les étoiles dont la blanche lueur ne cessait de m’émerveiller ! Sans doute vexé, l’homme reprend la conversation sur le premier sujet :

« Alors, les armes de tes paroissiens ?

– Je te jure qu’aucune personne de ma paroisse n’a jamais porté d’arme et n’en a jamais eu chez elle!

– Mais comment peux-tu l’affirmer avec autant de certitude ?

– Je connais mes paroissiens.

– Mais tu ne sais pas ce qu’il y a dans leurs maisons et... »

Je lui coupe la parole net : « Si, je sais !» Le chef militaire fait une grimace : apparemment, mon ton assuré, presque autoritaire, l’agace. Mais je suis encore plus énervé que lui. Je n’en peux plus de ces conversations insensées, où ils essayent de me pousser à bout. C’est d’ailleurs ce qui est en train de se passer. Il se tourne vers ses hommes : «Allez dans toutes les maisons des chrétiens vérifier ce qu’il dit.» Là, je suis sûr que c’en est fini de moi : ils vont mettre des armes dans les maisons, simplement pour m’accuser d’avoir menti ! Le wali me regarde avec un air menaçant :

« Si je trouve le moindre pistolet dans une maison des chrétiens, je te tue devant tous tes paroissiens.

– Je suis d’accord. »

Fin de la discussion. J’en ai marre d’être leur jouet. Ils me prennent pour un pantin et cela me donne le tournis. Ils me fatiguent, m’exaspèrent même, me saoulent de questions, d’insinuations, m’accusent de mentir. Depuis le début de la révolution syrienne, je suis un des seuls responsables de Qaryatayn à avoir répété sans cesse que les armes et la violence n’apportent que la destruction et la mort. Cette non-violence n’est pas un choix de circonstance, elle fait partie intégrante de la spiritualité de notre communauté de Mar Moussa et de notre vocation de chrétiens.

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Jacques Mourad

Moine et prêtre syriaque-catholique originaire d’Alep (Syrie), Jacques Mourad était le supérieur du monastère de Mar Elian, près de Palmyre, où il se consacrait, entre autres, au dialogue avec les musulmans. Il fut enlevé le 21 mai 2015 par les soldats du califat. Il restera cinq mois dans les geôles de l’EI, à Raqqa, « capitale » de Daesh en Syrie. Il vit aujourd’hui auprès des réfugiés en Irak.

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