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Quand la démocratie dérange les plans du Président : ce piège européen qui se referme sur Emmanuel Macron

​Selon les informations du Financial Times, Emmanuel Macron serait tenté de revenir sur la capacité du Parlement européen de désigner le prochain président de la Commission européenne. ​Une situation qui commence à inquiéter les députés européens.

Démocratique

Publié le - Mis à jour le 7 Février 2018
Quand la démocratie dérange les plans du Président : ce piège européen qui se referme sur Emmanuel Macron

Atlantico :  Selon les informations du Financial Times, Emmanuel Macron serait réticent de suivre la règle non écrite de voir le Parlement désigner le nouveau président de la Commission européenne suite à la prochaine élection européenne de 2019. Comment expliquer un tel mouvement de la part du président, semblant contradictoire avec ses appels à plus de démocratie en Europe ? Comment réagissent les députés européens face à ce qui apparaît comme un revirement ? Quelles seront leurs moyens de pression à cet égard ?

Christophe Bouillaud : Tout d’abord, il faut souligner que, depuis le Traité de Lisbonne, selon l’article 17, paragraphe 7, premier alinéa, du Traité sur l’Union européenne (TUE), le Président de la Commission européenne est proposé par le Conseil européen au vote du Parlement européen « en tenant compte des élections au Parlement européen »,  et que la nouvelle Commission doit de toute façon bénéficier d’une majorité parlementaire pour être investie. Lors des élections européennes de 2014, tous les grands et petits partis d’orientation non-eurosceptique représentés au Parlement européen (PPE, PSE, ALDE, Verts, GUE) ont accepté l’idée que l’élection européenne devait être personnalisée autour d’un candidat présenté par chacun d’entre eux pour la Présidence de la Commission, avec l’acceptation aussi que le parti arrivé en tête en nombre d’élus au Parlement européen remporterait la Présidence de la Commission. Ce mécanisme dit des « Spitzcandidaten », pour utiliser le terme allemand qui les désigne puisque l’idée est inspirée du système allemand actuel de choix du Chancelier qui mélange scrutin proportionnel et prise en compte d’une victoire personnelle du leader du parti ayant gagné la majorité relative, était en fait en gestation dès les élections de 2009. A cette occasion, José Manuel Barroso avait été désigné par le PPE comme candidat à sa propre succession selon un mécanisme similaire à celui qu’on a vu à l’œuvre en 2014. Les autres partis avaient eu des difficultés à désigner le leur. Simplement, en 2014, tous les autres partis ont accepté ce jeu, essentiellement pour rendre l’élection européenne plus intéressante pour les électeurs. En pratique, cela veut dire que, si l’on reprend cette idée en 2019, le futur Président de la Commission sera désigné au cours du Congrès du Parti populaire européen quelques mois auparavant. En effet, à moins d’un changement radical des rapports de force électoraux d’ici le printemps 2019, il va de soi que le PPE restera le premier parti au Parlement européen, car ni le PSE ni l’ALDE n’arriveront à le rattraper, ayant perdu en plus les élus Labour et Libéraux-Démocrates britanniques respectivement, vu le Brexit, alors que le PPE n’avait plus les Conservateurs avec lui depuis 2010. Cela veut dire que ce sont « les Républicains » de Wauquiez qui auront en réalité la possibilité d’influencer par leur vote au Congrès du PPE la désignation du futur Président de la Commission. On comprend donc qu’Emmanuel Macron soit moyennement heureux de cette perspective. En plus, comme LREM n’a pour l’instant aucune affiliation à un parti européen et que son allié du Modem est lui-même situé dans un parti européen à la vigueur ectoplasmique, les moyens de pression pour influencer la nomination du Président de la Commission ne peuvent pas non plus passer par une négociation à ce niveau – en effet, en choisissant son candidat, le PPE prend soin de nommer quelqu’un acceptable à la fin par les futurs partenaires de la « grande coalition » au Parlement, formé au choix du PSE ou de l’ALDE et du PSE. 

 
Commentaires

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  • Par Lazydoc - 06/02/2018 - 13:35 - Signaler un abus Hollande président européen!

    Ça aurait de l'allure! Le président que le monde entier nous a envié!

  • Par J'accuse - 06/02/2018 - 17:03 - Signaler un abus Comédies du pouvoir

    Une grande mystification est de faire croire aux peuples que plus de pouvoir pour le Parlement signifie plus de démocratie. Les partis qui composent le parlement méprisent superbement les volontés populaires (qualifiées de populistes), et ne cherchent qu'à renforcer le pouvoir technocratique de l'UE, au détriment des parlements nationaux.

  • Par Gré - 06/02/2018 - 17:31 - Signaler un abus UE ou Allemagne

    Le mécanisme de nomination de la présidence de la commission européenne est inspiré du système allemand ! Merkel a imposé son candidat Juncker (autant dire que c'est elle la présidente). Il semblerait que l'Allemagne en définitive ait gagné la guerre ...

  • Par Vincennes - 06/02/2018 - 17:35 - Signaler un abus Trop souriant pour être honnête et il n'est que grand temps que

    les Députés Européens se "réveillent" devant une situation qui "commence à les inquiéter" !!! Il a les dents longues à rayer le parquer..... le "petit" et les DEUX claques de dimanche ont du atteindre son égo surdimensionné........enfin

  • Par patafanari - 06/02/2018 - 19:26 - Signaler un abus Le sourire au bord des lèvres

    Emmanuel toise cette Europe qui se tortille en chaleur, attendant d'être fécondée par le premier des français.

  • Par guy bernard - 07/02/2018 - 10:33 - Signaler un abus prématuré

    Il me semble prématuré de faire cette analyse compte tenu du fait que le compromis de gouvernement allemand fait etat de nouvelles relations franco-allemandes et que l'Italie n'a pas encore désigné son gouvernement. la france et l'allemagne se rapprochent sur la base de la stratégie de Macron et, en dehors de pays hostiles, pour le reste, on attend.

  • Par Vincennes - 07/02/2018 - 14:57 - Signaler un abus "La critique, par Macron, du mécanisme actuel pourrait, au

    contraire se retourner contre lui , n'étant qu'aux yeux de beaucoup qu' un arrogant qui veut TOUT décider pour les Européens j'ajoute.... et pourquoi pas, le Monde et qui se souvient de la démocratie QUAND ça l'arrange

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Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

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