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« Attirer les publics
qui ont peur des musées »

Le musée du quai Branly a cinq ans. Bien plus qu'un réceptacle de l'art africain, il ambitionne d'être une porte d'entrée vers l'ensemble des cultures non-européennes. Son directeur Stéphane Martin nous explique sa démarche de main tendue vers des populations habituellement hermétiques aux musées, afin de décomplexer leurs rapports à la culture.

Quai Branly

Publié le - Mis à jour le 4 Juillet 2011

Atlantico : Quel est le public du quai Branly ?

Stéphane Martin : Notre public est assez hétéroclite, entre celui du Centre Pompidou et de la Cité des Sciences : on a beaucoup d'enfants et de scolaires, d'habitués des musées, assez peu de touristes par rapport aux autres musées (autour de 30 %), mais surtout beaucoup de gens qui n'avaient pas l'habitude de venir au musée, mais viennent désormais régulièrement au quai Branly. En effet, nous essayons d'aller au devant de publics qui peuvent se sentir intimidés par un musée.

Cela se fait d'une part grâce à des actions au musée lui-même, avec les activités dans les jardins, dont l'accès est gratuit toute l'année, qui sont une première étape pour attirer un public effrayé ; cette année, nous abordons par exemple le thème du nomadisme.

D'autre part, nous allons à l'extérieur, comme à Montreuil, où nous avons monté chaque weekend pendant un mois des activités festives et informatives, afin de distribuer des invitations à aller voir le musée, en offrant la prise en charge du transport et de la visite.

Le lundi 4 juillet, nous organisons par exemple une journée avec la fondation Total dédiée à une quarantaine d'associations qui se consacrent au "public du champ social" (Emmaüs, Entraide et Espoir, Association des Femmes Maliennes de Montreuil...), en recevant toute la journée des relais pour établir des passerelles entre le musée et leurs adhérents.


Les nouveaux publics sont donc à la fois au sein du musée et à l'extérieur...

Absolument. Nous avons par exemple développé des expositions en Corrèze et préparons d'autres projets en région, car nous sommes convaincus qu'en dépit d'une implantation à Paris, un établissement public est au service de toute la France.

Pour l'année prochaine, nous avons par ailleurs commandé à des artistes de différents continents des sortes de containers qui présenteront les éléments symboliques de la culture des quatre continents (hors Europe) et seront installés pendant quelques semaines dans les zones où habitent des gens qui ne vont habituellement pas souvent au musée, afin de les décomplexer en les incitant à venir au quai Branly.

L'idée n'est pas d'offrir une ombre un peu pâle du vrai musée, mais de les faire venir ces publics au quai Branly. D'ailleurs, notre musée présente cette particularité : 40 % de son public français est originaire de Paris intra-muros.


Cela s'inscrit-il dans les principes fondateurs du musée ?

Oui. Contrairement à ce que l'on a pu dire, le quai Branly ne se résume pas à un musée d'art africain qui n'existerait que parce que Jacques Chirac appréciait cet art précis.

Le point de départ du quai Branly est davantage un geste social et diplomatique : Paris passe pour une ville-musée, mais la quasi-totalité de ces musées parlent de la même chose, c'est dire du bassin méditerranéen et du monde judéo-chrétien depuis l'Antiquité. La fonction du musée est de montrer que les huit dixièmes de l'humanité qui ne vivent pas dans cette région ont aussi contribué dans tous les domaines à la création et à la pensée.

Cette mission est très vaste, et nous essayons de la mener à bien auprès d'autres publics que ceux qui ont la chance d'être déjà bien informés sur la vie culturelle parisienne.


Quelles sont les perspectives du musée pour les cinq prochaines années ?

Notre objectif est moins d'augmenter notre fréquentation que d'avoir de vrais usagers, fidèles au musée. Le chiffre qui me fait le plus plaisir, c'est le nombre de gens qui reviennent à Branly. Je souhaite que le plus grand nombre de visiteurs puissent balayer leurs préjugés et regarder les cultures non-européennes avec la même gourmandise que leur propre culture.

J'espère que dans les cinq prochaines années, nous continuerons à nous fondre dans le paysage culturel parisien, et qu'il deviendra aussi naturel de venir au quai Branly que d'allumer sa télévision ou d'ouvrir son journal. J'aimerais que nous devenions l'outil de la population pour regarder à tout moment ce qu'il se passe ailleurs que dans notre propre pays.

 
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Stéphane Martin

Stéphane Martin est magistrat à la Cour des Comptes. Directeur du Musée du quai Branly, il est également membre du Conseil International des Musées (ICOM).

Il est l'auteur de Musée du quai Branly : là où dialoguent les cultures (Gallimard, juin 2011).

Musée du quai Branly : là où dialoguent les cultures

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