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Ce qu’on sait des moyens dont dispose l'Etat islamique pour lancer une cyberattaque

Le géant japonais de l'électronique Sony a rapporté en juillet dernier avoir été victime d'une attaque informatique, par la suite revendiquée au nom de l'Etat islamique par un groupe de hackers connu sous le nom de Lizard Squad sur Twitter.

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Publié le - Mis à jour le 26 Septembre 2014
Ce qu’on sait des moyens dont dispose l'Etat islamique pour lancer une cyberattaque

Le drapeau de l'Etat islamique. Crédit Reuters

Atlantico : Un groupe de hackers connu sous le nom de Lizard Squad sur Twitter a revendiqué l'attaque informatique en juillet dernier contre Sony au nom de l'Etat islamique. De quels moyens ce dernier dispose-t-il pour mener des cyberattaques ? Cela fait-il partie de sa stratégie ?

Michel Nesterenko : N'importe qui peut se vanter d'avoir réussi une attaque informatique d'envergure. Comment être sûr que le vantard ne s'approprie pas l'exploit de quelqu'un d'autre ? D'autant plus que les dires, parfois trop rapidement relayés par la Presse, sont difficilement vérifiables. Il est facile de prétendre agir au nom du Califat Ei et de s'adouber de leur aura, ces derniers n'étant pas en mesure de contredire en temps médiatique utile. De telles attaques contre Sony ou autres sont principalement avec un but mercantile, le but politique n'étant pas crédible et de terreur il n'y a point.
 
Il est certain que le Califat Ei si c'était sa stratégie pourrait acheter les moyens informatiques et développer un cadre d'ingénieurs pour mener des attaques efficaces. Cela demanderait un effort soutenu et des dépenses très importantes pendant une période fort longue, avant que les résultats de la chasse internet soient au tableau. Pour l'instant, Le Califat Ei a affirmé que sa stratégie première était de semer la terreur par les égorgements en direct et aussi la mort héroïque sur un champs de bataille. Car pour les combattants tombés au champs d'honneur, c'est des dizaines de vierges qui les attendent au Paradis. Dans ce contexte, le but immédiat du Califat Ei est d'attirer les troupes américaines et françaises en Irak et en Syrie. Le président Obama a déjà envoyé plus d'un millier de commandos et le Chef d'État Major à prévenu que les troupes régulières suivraient n'en déplaise au président. Si ce n'était le cas, les milliers d'adolescents Français et Françaises entrainés à égorger de leurs mains des familles entières dans les villages Syriens et Irakiens seraient déjà en train de reproduire les mêmes gestes au seins de nos cités et villages. Cette pratique est courante dans certaines villes du Mexique.
 

Certains types d'attaques, contre des infrastructures publiques par exemple, qui entraîneraient une paralysie voire une situation de chaos, ne pourraient-ils pas servir l'objectif principal de l'EI, qui est de terroriser ?

Les attaques informatique par définition ne font pas couler le sang d'une manière graphique et en direct, ce qui peut garantir une place de choix au journal du 20 h. Une bombe dans les trains à l'heure de grande affluence produit un effet de terreur autrement plus grand. Les grandes grèves qui ont paralysé la France ces dernières années n'ont terrorisé personne. Et la France aussi bien son économie, que les entreprises et les politiques s'en sont fort bien remis et rapidement de surcroît.
 
Le Califat EI a absolument besoin d'Internet et des Infrastructures publiques pour propager son message. Il a besoin que la presse fonctionne parfaitement afin d'agir en tant que courroie de transmission médiatique des plus efficaces. C'est sans doute là une des raisons qui a poussé le choix de journalistes afin d'être les premiers égorgés en direct.
 

S'il n'emploie pas la cybercriminalité pour terroriser, l'EI peut-il s'y livrer à des fins d'enrichissement, pour diversifier les sources de financement de ses opérations ?

Pour l'instant, le Califat EI ne semble pas être a court de financements. D'après les différents rapport récents, il semblerait que l'argent et dons affluent de sources diverses et multiples. En plus les Banques Irakiennes capturées ont représenté un butin fabuleux ainsi que les impôts sur les territoires occupés. À cela il faut ajouter la capture de d'immenses champs pétroliers et de raffineries avec la vente de la production à des prix cassés. Et surtout il y a le commerce juteux du Kidnaping à grande échelle. Bref, ce n'est pas l'argent qui manque pour l'instant d'autant plus que les armes les plus récentes, Chars et missiles du dernier modèle en grande quantité ont été capturés dans les arsenaux Irakiens. Et les opérateurs sont aussi présents. Qui les a formés ?
 
Il est certains que le piratage Informatique est une source de revenus importants pour Les Mafias. Sans grand risque par ailleurs. Il y a là un marché de plusieurs milliards annuels. Cependant pour gagner de l'argent de façon régulière par ce type d'activité criminelle il faut investir lourdement en Ingénieurs et en matériel informatique sur une longue période. Ce travail n'est pas glorieux, il n'y a pas de mort au champs d'honneur, ni de vierges au Paradis. C'est sans doute pour cette raison que le Califat Ei ne semble pas motivé, pour l'instant, à développer cette capacité.
 

Les partisans de Bachar-El-Assad avaient revendiqué les cyberattaques sur les sites Internet du  New York Times et du Financial Times. Quelles seraient les conséquences d'attaques similaires menées cette fois-ci par des membres de l'EI ?

En essayant de neutraliser Le New York Times et le Financial Times, les partisans du président Syrien ont cherché surtout à faire cesser une pression médiatique qui leur était défavorable. Pas à terroriser le peuple Anglo-Saxon. Tout au contraire, Les membres du Califat EI cherchent avant tout à avoir une image la plus horrible possible propagée par ces même organes médiatiques. Plus c'est horrible mieux c'est.

 
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Michel Nesterenko

Directeur de recherche au Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R).

Spécialiste du cyberterrorisme et de la sécurité aérienne. Après une carrière passée dans plusieurs grandes entreprises du transport aérien, il devient consultant et expert dans le domaine des infrastructures et de la sécurité.

 

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