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Qu'est-ce que le libéralisme...

A l'occasion du 30e anniversaire de la mort de Raymond Aron, Atlantico publie un extrait d'un de ses discours, où il détaille les principes du libéralisme.

Flashback

Publié le

Article publié initialement sur le site de l'Institut des libertés

A l'occasion du 30e anniversaire de la mort de Raymond Aron, souvenons nous.

À l’époque, les intellectuels français épiloguaient sur « la fin du libéralisme » et certains aiguisaient leur plume pour rédiger le Programme commun de gouvernement des partis socialiste, communiste et radical. Comme l’Histoire apaise toujours les esprits, la plupart de ces mêmes intellectuels adhèrent désormais, sans toujours le reconnaître explicitement, aux principes énoncés par Raymond Aron ce jour d’au­tomne 1969.

"Ce qui caractérise en profondeur le libéral authentique d’aujourd’hui et le distingue du pseudo-libéral caricatural ou anachronique qu’imaginent ses adversaires, c’est une représentation du monde, une philosophie. Un régime écono­mique est toujours une création humaine : à cet égard, les mécanismes du marché ne diffèrent nullement de la planification centralisée caricatural ou anachronique qu’imaginent ses adversaires. Que l’on ait jadis jugé le marché conforme à la nature, qu’on y ait vu le résultat de lois dites naturelles, il ne s’agit là que de péripéties de l’histoire des idées. Le contenu proprement scientifique de l’enseignement des économistes se présente le plus souvent enveloppé  parfois dissimulé, dans des représentations idéologiques, des jugements de valeur, des métaphysiques, caractéristiques d’une époque et promises à un inéluctable vieillissement. Ainsi, le libéralisme a été souvent travesti en loi de la nature alors qu’il ne s’épa­nouit qu’avec l’aide de l’art politique, et de l’art le plus haut.

Le triomphe de la volonté humaine sur la pesanteur des intérêts, des pas­sions et des préjugés. Personne n’a inventé le mécanisme des prix. En ce sens restreint, il n’appartient à personne, sinon à monsieur tout le monde. Mais il se forge lentement au long des siècles, au fur et à mesure que les sociétés s’élèvent au degré d’abstraction exigé par l’imperson­nalité des échanges et l’universalité monétaire, lorsque les gouvernants en reconnaissent l’uti­lité pour le bien commun et renoncent aux manipulations diverses, dont ils tirent parfois des bénéfices à court terme. Je sacrifierais à peine au paradoxe si je présentais les méca­nismes du marché comme une victoire, tou­jours précaire et presque improbable, de la volonté humaine sur la pesanteur des inté­rêts, des passions et des préjugés. 

Une économie de marché laisse à beaucoup de personnes, avec la liberté de choix, la res­ponsabilité de leur existence. Les choix des consommateurs sur le marché deviennent une des références à partir desquelles les producteurs fixent leurs programmes. Mais le besoin d’information et de prévision va bien au-delà de la discrimination entre les marchandises en fonction des prix et de la qualité. Qu’il s’agisse, pour un jeune homme, de s’en­gager dans une carrière ou, pour un chef d’en­treprise, d’établir un programme d’investisse­ment, il faut parier, en fonction d’un savoir imparfait. Consommateurs et producteurs connaissent, en une période d’accélération de l’histoire, les incertitudes de l’avenir et les angoisses d’engagements aventureux que la puissance anonyme et mystérieuse du marché ratifiera ou condamnera. Un tel univers – ne nous y trompons pas-ne satisfait pas toutes nos aspirations spon­tanées ; en particulier, il ne répond pas au désir de sécurité dont la bureaucratisation, les garanties de statut et d’emploi révèlent, en particulier dans notre pays, la force perma­nente. Quel que soit le mode de régulation, l’économie moderne se définit par le chan­gement, par le progrès technique, non seule­ment par la production des mêmes marchan­dises, selon d’autres procédés, mais aussi et surtout par la production d’autres marchan­dises à l’aide de moyens inédits, la fabrica­tion de biens inconnus auparavant et impré­visibles.

On ne doit pas fermer les yeux aux évi­dences : la plupart des individus ont une conscience malheureuse de la dureté de l’uni­vers économique dans lequel ils vivent, des contraintes auxquelles ils doivent se soumettre pour répondre aux défis de la science, de leurs concurrents, du dedans et du dehors. Il n’y a pas d’économie, à travers les âges, sans contrainte de la rareté, et la prétendue abon­dance que les sociétés les plus riches aper­çoivent à l’horizon ne supprime pas cette contrainte. Il n’y a pas, non plus, d’économie moderne sans contrainte de la productivité et de la rentabilité. Une économie commandée par un plan détaillé, conçu et imposé par une bureaucratie centralisée et autoritaire n’échappe pas plus à l’une qu’à l’autre de ces contraintes.

 
Commentaires

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  • Par yavekapa - 20/10/2013 - 10:37 - Signaler un abus Faites le contraire de ce gouvernement

    C'est le libéralisme !

  • Par Satan - 20/10/2013 - 10:39 - Signaler un abus le libéralisme: utopie dépassée...

    Comme l d'autres idéologie dépassée cette utopie libérale d'un autre siècle doit disparaître et laissé la place à la démocratie réelle.

  • Par kikigen - 20/10/2013 - 12:01 - Signaler un abus Quelle contrepartie?

    On oppose souvent, et particulièrement en France, le libéralisme au collectivisme qui se traduit par l'opposition public-privé. Le collectivisme, comme toute construction humaine collective , conduit à l'échec , sauf cas très particuliers dans le domaine religieux. La première question posée est celle de la responsabilité individuelle qui est méprisée dans le collectif qui de fait supprime la liberté d'agir, de concevoir ou d'entreprendre... Il suffit de constater comment finissent les états collectivistes ; la fin c'est le déclin ou la dictature . Il s'avère que l'Europe comporte les deux composantes dans ses gènes : le nord , dont les fondements sont le protestantisme, considère le libre arbitre de l'homme comme central et donc choisit le libéralisme; Le sud d'inspiration catholique est plus centralisateur et donc plus collectiviste . Comment concilier les deux tendances de fond ? Créer deux sous-ensembles ? Trouver une voix médiane ? Les problèmes que rencontre le gouvernement français actuel illustre bien cette difficulté de concilier une volonté de collectivisme dans un monde ouvert donc libéral. Le salut de l’Europe réside dans cette problématique ,

  • Par kikigen - 20/10/2013 - 12:01 - Signaler un abus Quelle contrepartie?

    On oppose souvent, et particulièrement en France, le libéralisme au collectivisme qui se traduit par l'opposition public-privé. Le collectivisme, comme toute construction humaine collective , conduit à l'échec , sauf cas très particuliers dans le domaine religieux. La première question posée est celle de la responsabilité individuelle qui est méprisée dans le collectif qui de fait supprime la liberté d'agir, de concevoir ou d'entreprendre... Il suffit de constater comment finissent les états collectivistes ; la fin c'est le déclin ou la dictature . Il s'avère que l'Europe comporte les deux composantes dans ses gènes : le nord , dont les fondements sont le protestantisme, considère le libre arbitre de l'homme comme central et donc choisit le libéralisme; Le sud d'inspiration catholique est plus centralisateur et donc plus collectiviste . Comment concilier les deux tendances de fond ? Créer deux sous-ensembles ? Trouver une voix médiane ? Les problèmes que rencontre le gouvernement français actuel illustre bien cette difficulté de concilier une volonté de collectivisme dans un monde ouvert donc libéral. Le salut de l’Europe réside dans cette problématique ,

  • Par Satan - 20/10/2013 - 12:30 - Signaler un abus Qu'est-ce que le libéralisme?

    Une idéologie complètement dépassée, Basée sur des préceptes religieux eux même basés des dieux imposteurs. Une seule solution: la démocratie réelle dans la société comme dans l'entreprise.

  • Par lsga - 20/10/2013 - 12:53 - Signaler un abus Schumpeter, Schumpeter, Schumpeter, Schumpeter, Schumpeter

    Être libéral au sens où l'entend Aron au 21ème siècle est passéiste. Le libéralisme ne s'oppose pas au Marxisme mais au monarchisme. Ce contre quoi luttent les libéraux du 19ème, c'est le Bismarckisme.   Encore une fois, le marxisme ce n'est pas de l'Étatisme, mais de l'anti-étatisme. Marx soutenait les réformes "libérales" de son siècle ( les réformes des bourgeois qui réclamaient "l'État à bon marché"). Les théories de Marx se définissent avant tout par le MATÉRIALISME : les sciences économiques doivent reposer sur les questions de production et d'organisation de la production.   En cela, Schumpeter représente l'outil permettant de faire basculer l'appareil économique bourgeois détaché de la réalité ( la finance : Wall Street ), vers une approche la plus scientifique que possible du fait économique ( Main Street ). Théorie de l'offre ( force de production ), et structuralisme ( mode de production ) : voilà les concepts dont ont besoin les économistes contemporains.

  • Par laurentso - 20/10/2013 - 13:20 - Signaler un abus Tiens, pour une fois, une véritable caution intellectuelle

    sur Atlantico. Nous devrions tous nous imprégner un peu plus de Raymond Aron. Il apprend aux gens de Droite à réfléchir un peu plus à la condition humaine. Et aux gens de Gauche à se méfier un peu plus d'eux-même.

  • Par jerem - 20/10/2013 - 16:05 - Signaler un abus le flashback demande un refresh-bac

    "Les choix des consommateurs sur le marché deviennent une des références à partir desquelles les producteurs fixent leurs programmes." oui apres un bon lavage sur les temps de cerveaux disponibles .....par la grace d'une publicite omniprésente dans ses omini support d'expression ..... la bonne fable des besoins des consommateurs auxquels repond la demande .... on y vient avec les besoins d'halloween en france ..... c'etait un vrai besoin en effet ..... et on peut en faire des collections .... comme ces produits de nettoyage a sec , pardon de camouflage du manque de propreté comme Febreze... (repassez nous les 1er pub , docteur et conter nous les vertues du menage et du lave linge) , on oubliera pas les deodorant 72h dans des cites urbaines ou tout doit etre a proximite de tout sauf la salle de bain manifestement...... le flashback qui aurait besoin d'un bon nettoyant à la M. Propre

  • Par vangog - 20/10/2013 - 16:35 - Signaler un abus Marrant de voir comment ceux qui ont vilipendé

    le Libéralisme, en le caricaturant, en lui donnant tous les adjectifs, tous les préfixes, néo-, archeo-, ultra-, sauvage. débridé, réactionnaire etc...lui trouvent, aujourd'hui, les vertus qu'ils ne trouvent plus au socialo-communisme... Ce qui prouve, encore une fois, que la globalisation de l'information a bousculé les modes de pensée archaïques et bipolaires, qui se partageaient le monde entre socialo-communistes et socio-démocrates, faussement appelé "droite", après la victoire des socialo-communistes et l'éradication de l'enseignement libéral de tous les manuels scolaires, facultés et mode de pensée unique en vigueur.

  • Par prochain - 20/10/2013 - 18:32 - Signaler un abus Le Bien commun, l'intérêt général ou vivre sur le dos des autres

    Le bien général doit être le résultat des efforts de chaque particulier pour son propre intérêt. Turgot l'Incyclopédie 1757 Les pigeons vont-ils continuer à financer les statuts et les avantages (de Isga Laurentso & Cie.) qu'ils n'ont pas eux-mêmes...? Répondez par Oui ou par Non.

  • Par jean fume - 20/10/2013 - 19:50 - Signaler un abus Une bonne claque au collectivisme,

    ça ne fait pas de mal de temps en temps. Bonne piqure de rappel.

  • Par Ilmryn - 20/10/2013 - 23:30 - Signaler un abus Satan - Caméra cachée ?

    Satan - "Comme l d'autres idéologie dépassée cette utopie libérale d'un autre siècle doit disparaître et laissé la place à la démocratie réelle." . Tu es tellement à coté du sujet que ça doit être pour une caméra cachée. . Le libéralisme c'est avant tout le respect des droits fondamentaux des gens, dont la liberté. La démocratie c'est un outil pour y parvenir.

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Raymond Aron

Raymond Aron, né le 14 mars 1905 et mort le 17 octobre 1983 à Paris, était un philosophe, sociologue, politologue, historien et journaliste français. Grâce à des compétences et des centres d'intérêt multiples – en économie, sociologie, philosophie, géopolitique – il acquiert une grande réputation auprès des intellectuels. Ses convictions libérales et atlantistes lui attirent de nombreuses critiques, venant des partisans de la gauche, comme de ceux de la droite.

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