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PUBG bientôt interdit par Pékin pour non respect des valeurs socialistes : mais comment comprendre ce qui est encore communiste dans la Chine “capitaliste” d’aujourd’hui ?

Les autorités chinoises pensent à interdire le jeu vidéo Playerunknown's Battlegrounds à cause de sa violence (allant jusqu’à le comparer aux jeux du cirque) mais aussi parce que le jeu ne respecte pas les valeurs socialistes. Drôle d'argument pour un des pays à l'économie la plus libérale du monde.

Hypocrites ?

Publié le - Mis à jour le 10 Novembre 2017
PUBG bientôt interdit par Pékin pour non respect des valeurs socialistes : mais comment comprendre ce qui est encore communiste dans la Chine “capitaliste” d’aujourd’hui ?

Atlantico : Les autorités chinoises veulent interdire le nouveau jeu vidéo à succès "PUBG" car ce dernier est jugé d'une part trop violent et de l'autre en contradiction avec les valeurs communistes.  Aujourd'hui, quelles sont et comment comprendre ces valeurs communistes dans une Chine reconnue en tant qu'économie de marché ?

Cyrille Bret : Du point de vue européen, la République Populaire de Chine (RPC) se trouve dans une situation si paradoxale qu'elle confine à la schizophrénie idéologique. D'un côté, la RPC continue à être un régime communiste. Le Parti communiste chinois (PCC) est l'institution fondamentale autour de laquelle le pouvoir central (gouvernement, Armée de Libération Populaire, Assemblée du peuple) est bâti. Ainsi, la vie politique et institutionnelle du pays et des provinces est rythmée par les Congrès du PCC et les dirigeants du PCC sont les véritables leaders du pays.

Ainsi, le président Xi vient de remanier les statuts du PCC ainsi que son équipe dirigeante. Le communisme, en version chinoise bien distincte de la version soviétique russe, est l'idéologie officielle à laquelle se réfèrent les textes fondamentaux et les dirigeants. Toutefois, depuis le retour de Deng au pouvoir (au Politburo du PCC et dans la Commission militaire de l'APL) en 1977, la RPC est engagée dans une politique de croissance faisant une large place à des éléments de libéralisme économique : accueil des investissements étrangers, exportations industrielles, insertion dans les marchés internationaux comme l'adhésion à l'OMC en 2001 en témoigne, création de la bourse de Shanghai, etc.. Si, d'un point de vue idéologique, la RPC est communiste, d'un point de vue économique elle est capitaliste La contradiction n'est qu'apparente d'un point de vue chinois : le PCC a, depuis la longue Deuxième Guerre Mondiale en Chine (1930-1949), une composante nationaliste fondamentale. Le but du PCC est de trouver sa légitimité en réussissant à imposer la grandeur chinoise à l'échelle régionale (contre le Japon et la Corée du Sud) et à l'échelle mondiale (en rivalité avec les Etats-Unis). C'est le point souligné par les sinologues comme Jean-Joseph Boillot dans Chindiafrique et par François Godement dans Que veut la Chine? aux éditions Odile Jacob. La schizophrénie est apaisée par le retour de la Chine dans la division des grandes puissances. Qu'importe la couleur du chat du moment qu'il attrape des souris, selon la formule attribuée à Deng. C'est

Comment les "valeurs communistes" sont utilisées par les autorités dans la politique intérieure et extérieure du pays ? Est-ce qu'il n'y a pas là une certaine forme d'hypocrisie ? Est-ce que, paradoxalement, l'agitation de ces valeurs ne permet-elle pas l'acceptation par la population d'une politique ultra libérale ?

Pour analyser l'idéologique officielle chinoise, il convient d'examiner la place réservée à Confucius. Contesté lors de la Révolution culturelle, il est régulièrement remis à l'honneur depuis l'avènement de Deng puis à travers les présidence de Hu Jintao et de Zhiang Zemin. En effet, ce penseur de l'Antiquité est régulièrement utilisé (parfois à contre-emploi) pour réaffirmer les valeurs chinoises et les valeurs asiatiques : importance primordiale du groupe et de la nation, subordination de l'individu et esprit de sacrifice, attachement à la réussite matérielle, etc. Depuis plus de deux décennies, les "valeurs communistes" ont été réinterprétées à la lumière de cette version conservatrice et matérialiste du confucianisme pour s'imposer dans l'opinion publique chinoise de plus en plus remuante. La population accepte cette version du communisme parce qu'il a produit des résultats : comme le montrent les rapport de la Banque mondiale, des centaines de milliers de Chinois sont passés de la pauvreté à une aisance matérielle certaine. Quant au nationalisme, il est évidemment alimenté par le socle idéologique confucéo-communiste visant à rétablir la supériorité de la Chine après les humiliations  des 19èmes et 20èmes siècles.

Pensez-vous que la Chine sera capable un jour de s'assumer pleinement comme étant une économie de marché ? Qu'est ce qui empêche encore cette acceptation ? 

Ce point est bien documenté par l'OMC, la Banque Mondiale ou encore le CEPII en France. La RPC doit encore parcourir du chemin pour être non seulement une économie prospère mais une économie libérale : la protection de la propriété privée, les garanties apportées par les tribunaux, la réduction de la corruption et des collusions avec les pouvoirs politiques, le démantèlement des barrières non tarifaires, le traitement égal des acteurs économiques étrangers en vertu du droit de la concurrence, l'instauration d'un véritable régime de change flottant, etc. tous ces points séparent encore l'économie chinoise d'une économie libérale véritable.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 01/11/2017 - 20:29 - Signaler un abus Économie chinoise libérale?????...

    Vous ne devez pas y connaître grand-chose au libéralisme pour croire qu’une économie uniquement dirigée par la nomenklatura socialiste, issue du parti unique, puisse être « libérale »...l’ENA + Science Pipo, ça déforme le cerveau, hein!...

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Cyrille Bret

Cyrille Bret, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, de Sciences-Po Paris et de l'ENA, et anciennement auditeur à l'institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) est haut fonctionnaire et universitaire. Après avoir enseigné notamment à l'ENS, à l'université de New York, à l'université de Moscou et à Polytechnique, il enseigne actuellement à Sciences-Po. Il est le créateur avec Florent Parmentier du blog Eurasia Prospective.

Pour le suivre sur Twitter : @cy_bret

 

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