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Un psychiatre en prison : "90% des tests de dépistage à des substances illicites réalisés sur les détenus sont positifs"

Le docteur Baratta, psychiatre, livre son expérience du milieu carcéral français tirée de son travail d'expert judiciaire et nous aide à démêler le vrai du faux en ce qui concerne les trafics, les toxicomanies et les cas de schizophrénie non pris en charge.

En cage

Publié le
Un psychiatre en prison : "90% des tests de dépistage à des substances illicites réalisés sur les détenus sont positifs"

90 % des tests de dépistage à des substances illicites réalisés sur les détenus sont positifs. Crédit Reuters

Atlantico : Votre travail d'expert judiciaire vous amène régulièrement en prison. Pouvez-vous décrire les conditions de détention des prisonniers telles que vous les voyez ? 

Alexandre Baratta : En réalité, j’interviens en milieu pénitentiaire dans deux cadres bien distincts :

  • Celui de psychiatre traitant à la Maison d’Arrêt de Sarreguemines
  • Celui d’expert judiciaire pour évaluer les détenus demandant des mesures d’aménagement de peine. J’interviens sur la plupart des établissements pénitentiaires d’Alsace et de Lorraine (centres de détention, maisons d’arrêt et une maison centrale).


Les conditions de détention sont très variables en fonction du type d’établissement.

Classiquement, les centres de détention ne présentent pas de surpopulation carcérale. Les conditions sanitaires sont acceptables, sans insalubrité notoire. Des panneaux d’affichage notifient les droits des détenus et proposent les formations disponibles. Plusieurs types d’emplois sont accessibles aux détenus qui en font la demande (ce qui n’est pas systématique). Il en va autrement des maisons d’arrêt, qui sont des établissements de courte peine ou pour les détenus en attente d’être jugés. C’est dans ces établissements que  nous retrouvons la classique image d’Épinal de la prison surpeuplée. Une telle surpopulation représente un stress majeur, tant pour les personnes y travaillant (administration pénitentiaire) que pour les détenus. La plupart des locaux sont anciens voire inadaptés (évasion par une brèche dans le toit de la maison d’arrêt de Colmar le 31 décembre 2012). Toutefois je n’ai jamais constaté de locaux insalubres : les sols étaient toujours propres et exempts de déchets…

Le trafic de drogue et la consommation de substances illicites y sont-ils aussi répandus que l'on imagine ?

La réponse est simple : oui, le trafic est fréquent ! Dans le cadre de mes premières fonctions (prescripteur de traitement et évaluation expertale), je mets en œuvre des tests de dépistage urinaire de drogue. Dans 90 à 95 % ils sont positifs à au moins un stupéfiant. Il s’agit dans la grande majorité des cas de cannabis, mais il peut aussi s’agir de cocaïne, héroïne, LSD… Les murs de la prison n’empêchent pas la drogue d’entrer ; et la drogue ne fait pas sonner les portiques de détection d’objets métalliques. En résumé nous dénombrons 3 moyens de faire entrer de la drogue :

  • Les "parachutes" : balles de tennis, voire balles de foot préalablement remplies de drogue puis jetées dans la cour de la prison. Des détenus préposés se déploient pour réceptionner le parachute. Toutefois l’installation de filets au dessus des cours tend à limiter ce flux entrant, au profit des 2 suivants.
  • Les visites lors des parloirs. Les familles et amis des détenus apportent régulièrement les stupéfiants à cette occasion. Seule la fouille des détenus à la sortie des parloirs permettait (éventuellement) de limiter ce flux entrant. Toutefois cette pratique tend à se multiplier du fait de la pose systématique des filets au dessus des cours ; mais surtout en raison de l’interdiction de la fouille des détenus depuis le mois d’octobre 2013. En effet, la Cour constitutionnelle estime que ces fouilles pouvaient porter atteinte à l’interdiction de traitement dégradant des détenus.
  • Lors des sorties de courte durée des détenus (permissions, semi- liberté). Je suis régulièrement confronté dans ma pratique à des détenus sortant le matin et entrant le soir en prison ivres, ayant consommé toutes sortes de substances. Mais en tant que médecin traitant, je suis tenu par le secret médical et ne peux en référer à l’administration pénitentiaire. Là encore l’absence de fouille facilite un tel flux entrant.

 

 
Commentaires

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  • Par gliocyte - 18/12/2013 - 10:20 - Signaler un abus Titre!

    Ce n'est pas un psychiatre en prison mais un psychiatre des prisons qui doit figurer dans le titre. Problème avec les propositions, Atlantico? Un petit cours de grammaire ne nuirait pas à vos "titreurs". Ce n'est parce que les personnes au Pouvoir malmènent la langue française qu'il faut en faire autant, à moins que cela ne soit considéré comme très tendance dans le monde des médias.

  • Par LeditGaga - 18/12/2013 - 13:12 - Signaler un abus @Atlantico

    Ce que dit Gliocyte est pertinent, quel titre qui laisse à penser - pour celui qui "survole l'info" - qu'un psychiatre vient d'écoper d'une peine de prison parce qu'il falsifiait les tests qu'il faisait passer aux détenus pour leur faire obtenir des "substances de substitution", pensez... 90 % de résultats positifs !

  • Par vangog - 18/12/2013 - 13:17 - Signaler un abus Psychiatre en prison?

    pour être au cœur des "salles de shoot à la française"...

  • Par Gégé Foufou - 18/12/2013 - 16:48 - Signaler un abus Un "copain" qui a fait 15 ans de prison

    m'a dit "il y a plus de drogue à l'intérieur des prisons qu'à l'extérieur"

  • Par mediaplayer - 18/12/2013 - 18:17 - Signaler un abus Un psy en prison...

    ...il a été interpellé avec une baratta de haschiche !

  • Par Glop Glop - 18/12/2013 - 19:12 - Signaler un abus Sur la photo...

    ... pas un Breton, pas un Normand, pas un Alsacien, pas un Ch'ti... seulement cent pour cent d'exotisme.

  • Par LeditGaga - 18/12/2013 - 23:40 - Signaler un abus @glop-glop

    On appelle ça des "chances pour la France" et c'est bien à cause de leur propre bol qu'ils sont en prison !

  • Par Adi Perdu - 19/12/2013 - 01:31 - Signaler un abus Encore un discours d'extrëme gauche !

    S'occuper de la précarité des gens qui travaillent et qui sont honnêtes est une des priorités, pas le traitement des délinquants ! C'est incroyable de suggérer que les délinquants devraient être soignés en priorité ! Quel discours indécent !!!

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Alexandre Baratta

Psychiatre, Praticien Hospitalier

Expert près la Cour d’Appel de Metz

Correspondant National de la Société Médico Psychologique

Expert associé à l’Institut Pour la Justice

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