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Protectionnisme : l’énorme (et coupable) hypocrisie de la Chine et de l’Europe face aux (mauvaises) mesures de Donald Trump

Le président américain a annoncé ce jeudi qu'il promulguerait la semaine prochaine des taxes douanières de 25 % sur l'acier et de 10 % sur l'aluminium importés. Une décision qui a suscité une salve de critiques un peu partout dans le monde.

Bal des tartuffes

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Plus globalement, quelles seraient les actions les plus efficaces pour permettre une accalmie des tendances protectionnistes actuelles ? Le rééquilibrage des excédents commerciaux allemands et chinois, régulièrement accusés de mener une stratégie de cavalier solitaires, ne seraient-ils pas des vecteurs importants permettant une telle accalmie ?

Jean-Marc Siroën : Si une course entre « cavaliers seuls » devait être organisée, il n’y a nul doute qu’elle serait remportée haut-la-main par les Etats-Unis. En matière commerciale, depuis maintenant soixante-dix ans, c’est la coopération internationale qui a permis d’éviter les dérives protectionnistes et le cercle vicieux des représailles. Cette coopération se fondait sur les effets désastreux des guerres commerciales entretenues dans les années 1930. Le tweet de Donald Trump est édifiant : sa nostalgie ne se porte pas sur l’âge d’or du multilatéralisme, mais sur …les guerres commerciales.

C’est la première fois qu’un chef d’État les revendique comme vertueuses ! Quelles que soient leurs faiblesses, le GATT puis l’OMC ont jusqu’à maintenant permis de faire respecter des règles acceptées par tous car dans l’intérêt de chacun. Les récentes mesures prises sur l’acier et l’aluminium ignorent le droit international pour se fonder sur d’anciennes lois commerciales américaines obsolètes. Par ailleurs, les Etats-Unis bloquent aujourd’hui la procédure de règlement des différends en refusant d’avaliser la nomination de nouveaux juges à l’organe d’appel de l’OMC justement chargée de faire respecter le droit. C’est donc bien une stratégie de retrait de l’OMC qui est aujourd’hui engagée avec à la clé un retour au chacun pour soi.

Ce n’est pas sur le seul terrain commercial que doit être abordé la question des déséquilibres commerciaux. À Bretton Woods, les Américains alors excédentaires, avaient imposé un système qui faisait reposer l’ajustement sur les pays déficitaires, éventuellement aidés par le FMI. Lorsque ce système s’est écroulé et que les pays se sont ralliés au flottement des monnaies, on a cru que les ajustements se réaliseraient par les taux de change. Il n’en a rien été. Presque soixante quinze ans après Bretton Woods, les questions fondamentales des déséquilibres excessifs, des régimes de change ou de la libre circulation des capitaux, voire du libre-échange,devraient être de nouveau posées. Encore faudrait-il que les grands leaders du Monde adhèrent à une vision coopérative et multilatérale des relations économiques internationales qui n’est pas vraiment -c’est un euphémisme- celle qu’affiche aujourd’hui le Président Trump.

Rémi Bourgeot : Au-delà de ces actions subites on observe un véritable évitement du sujet du rééquilibrage commercial dans les cercles politiques mondiaux. Ce débat remet en effet en cause des croyances qui dépasse e simple cadre commercial mais qui surtout mettent à nu la relégation de la compréhension des mécanismes de gains de productivité. Il est intéressant de voir en réalité cette réflexion émerger dans un pays ultra exportateur comme l’Allemagne mais où de nombreux industriels prennent conscience des limites du modèle d’offshoring généralisé vers l’Europe centrale et de plus en plus vers le reste du monde.

En Europe le débat commercial est confronté au cadre strict de l’euro et de la stratégie désormais généralisée à la majorité des pays membres de compression tous azimuts des coûts au détriment de l’action sur la productivité. C’est ainsi que l’Europe à tendance à rester quelque peu à l’écart de la révolution technologique en cours dans le monde notamment en ce qui concerne l’automation pour un certain nombre de pays. Il est frappant de voir l’insistance sur la question du parachèvement de la zone euro, qui ne peut véritablement advenir pour des raisons liées aux tabous économiques de l’électorat allemand sur les questions de transferts. Dans le même temps, la question d’une forme même minimale de coordination macroéconomique qui viserait à résorber les déséquilibres est l’objet d’un silence assourdissant.

 
Commentaires

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  • Par Deudeuche - 03/03/2018 - 11:26 - Signaler un abus Il est honnête avec son électorat

    Et ça gratte les « élitistes «  qui aboient au populisme. Pas grave, la caravane passe!

  • Par KOUTOUBIA56 - 03/03/2018 - 11:44 - Signaler un abus il fait effectivement ce qu

    il fait effectivement ce qu'il avait dit. pour autant est ce la bonne solution on peut en douter. Juncker annonce ce matin que l'europe va mettre des taxes sur les jean's les harley etc. juste réplique. les us doivent finir par comprendre que l'endettement et le dollar roi du monde cela prendra fin dans la décennie a venir. l'union européenne s'il était un peu plus unie un peu moins grande et non soumise a une politique qui doit etre unanime entre les 27 pays pourrait très largement montrer aussi ses muscles a Trump.

  • Par A M A - 03/03/2018 - 12:02 - Signaler un abus Selon les apparences, un

    Selon les apparences, un "protectionnisme" mondial et généralisé est en train de s'imposer autour des Américains. Contents ou pas, les autres suivront.

  • Par vangog - 03/03/2018 - 12:13 - Signaler un abus Donald a raison de faire financer le déficit américain

    par le monde, si le monde est assez irresponsable pour ne pas faire de protectionnisme économique, et pour préserver la suprématie du dollar. Car, cette guerre-là, les USA l'ont gagnée et bien gagnée...jamais les USA ne permettront au Yuan de leur faire de l'ombre, car ce serait livrer les USA pieds et mains liés à la Chine, comme Obama avait déjà commencé à le faire, avec l'entrée de la Chine dans l'OMC...

  • Par assougoudrel - 03/03/2018 - 12:42 - Signaler un abus Les jeans Lewis

    L'UE parle de taxer les jeans Lewis, sauf que ces derniers qui étaient fabriqués en Espagne et en Pologne ont été délocalisés et sont fabriqués dans des pays à bas coût. Donald avait averti les entreprises américaines délocalisées leur promettant une taxe de 35%. L'Europe a encore tout faut,comme d'habitude.

  • Par adroitetoutemaintenant - 03/03/2018 - 14:14 - Signaler un abus Trump en méthode gagnante

    1- Il fait plaisir au peuple qui l’a élu. 2- Il vient de gagner l’approbation des syndicats américains 3- Il favorise l’industrie américaine Il prépare sa réélection et il va la gagner ! Alors ce qu’en pense l’étranger….

  • Par gerint - 03/03/2018 - 19:59 - Signaler un abus Au moins avec Trump

    Le peuple se sent entendu et soutenu et cela peut je crois surpasser les inconvénients d’aileurs relatifs du protectionnisme déjà pratiqué dans d’autres secteurs plus ou moins subrepticement et pas seulement par les USA. (l’Allemagne par exemple).

  • Par ajm - 03/03/2018 - 23:06 - Signaler un abus Politique mercantiliste.

    Le vrai problème est la politique mercantiliste du tout export pratiquée par la Chine et l'Allemagne, chacune dans sa sphère géographique. Le rééquilibrage ne peut se faire que par la promotion de la demande interne dans ces pays qui commence péniblement à se faire ( augmentation de salaire. ).

  • Par Ajar - 04/03/2018 - 01:14 - Signaler un abus Protectionnisme made in USA

    L'Amérique a toujours pratiquée le protectionnisme vous semblez le découvrir .

  • Par lima59 - 04/03/2018 - 08:44 - Signaler un abus Normal

    Décision normale de D.Trump, pourquoi engranger des pertes énormes. Alors que la Chine et l'allemagne se goinfrent avec des excédents. Qu'ils ne partagent pas avec les autres pays Européens.

  • Par Ganesha - 04/03/2018 - 09:47 - Signaler un abus Ré-industrialisation

    Mr. Bourgeot hait les Souverainistes, et il aime le mot ''loufoque'' ! Dans un article précédent, il a écrit ''les Souverainistes sont tous des loufoques''. Mais, c'est surtout cet article qui est complètement minable : il nous raconte toutes sortes de carabistouilles, mais pas la réalité. Le raisonnement de Donald Trump, c'est que lorsqu'un produit prend une part trop importante dans les importations d'un pays, il faut essayer de le produire sur place. Cela s'appelle la ''ré-industrialisation''. C'est aussi le programme de Theresa May et de Marine Le Pen. Notre planète serait beaucoup plus apaisée si la plupart des pays parvenaient à garder la balance de leurs import-exports dans des limites ''raisonnables''. Mais mr. Bourgeot est salarié par un lobby qui milite en faveur de la mondialisation la plus déchaînée !

  • Par philippe de commynes - 04/03/2018 - 11:52 - Signaler un abus rapport entre titre et corps de l'article ?

    Le titre laisse croire que l'on va (un peu) critiquer trump mais surtout accabler l'ue et la chine, et en fait c'est l'inverse ... par souci de cohérence ne faudrait il pas laisser les contributeurs choisir eux mêmes les titres ?

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Jean-Marc Siroën

Jean-Marc Siroën est économiste. Il enseigne actuellement à l’université Paris Dauphine et est professeur au sein du département Master Sciences des Organisations. Il est spécialiste d’économie internationale. Il participe également au programme de recherche Nopoor, financé par l'Union européenne, sur les politiques de lutte contre la pauvreté. 

 

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Rémi Bourgeot

Rémi Bourgeot est économiste, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste des marchés de capitaux. Il a poursuivi une double carrière de stratégiste de marché dans le secteur financier et d’expert économique sur la zone euro et les marchés émergents pour divers think tanks.

Sur la zone euro, ses études traitent des divergences économiques, de la BCE, du jeu politique européen, de l’Allemagne et des questions industrielles.

Parallèlement à ses travaux, il enseigne l’économie de l’Union européenne dans le cadre de l’IRIS-Sup. Il est diplômé de l’Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace (SupAéro) et de l’Ecole d’économie de Toulouse.

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