Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mercredi 19 Septembre 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Protectionnisme : l’énorme (et coupable) hypocrisie de la Chine et de l’Europe face aux (mauvaises) mesures de Donald Trump

Le président américain a annoncé ce jeudi qu'il promulguerait la semaine prochaine des taxes douanières de 25 % sur l'acier et de 10 % sur l'aluminium importés. Une décision qui a suscité une salve de critiques un peu partout dans le monde.

Bal des tartuffes

Publié le
Protectionnisme : l’énorme (et coupable) hypocrisie de la Chine et de l’Europe face aux (mauvaises) mesures de Donald Trump

 Crédit STEPHANIE KEITH / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Atlantico : Ce jeudi 1er mars, Donald Trump a décidé que les Etats-Unis imposeront, à partir de la semaine prochaine, des droits de douane de 25% sur les importations d'acier et de 10% sur celles d'aluminium et ce, en justifiant sa décision par un tweet indiquant " Quand un pays (les Etats-Unis) perd des milliards de dollars en commerçant avec pratiquement tous les pays avec lesquels il fait des affaires, les guerres commerciales sont justifiées et faciles à remporter". De très vives réactions ont pu voir le jour, notamment en Europe et en Chine à ce propos.  Au-delà du cas de l'acier et de l'aluminium, ne peut-on pas voir une forme d'hypocrisie de la Chine et des européens, notamment de l'Allemagne, dans un contexte où les excédents commerciaux de ces deux zones ont pu être largement critiqués par les Etats-Unis au cours de ces dernières années ? Si le protectionnisme ici affiché n'est sans doute pas la solution, les européens et les chinois n'ont-ils pas une responsabilité plus globale dans ce contexte ?

Jean-Marc Siroën : Les excédents des uns sont les déficits des autres et chacun peut donc avoir sa part de responsabilité dans les déséquilibres commerciaux. Une fois rappelée cette vérité comptable,il ne faut pas se tromper sur les causes. Les déséquilibres commerciaux soldent d’autres déséquilibres qui sont davantage macroéconomiques que strictement commerciaux. L’Allemagne ou la Chine n’ont pas besoin de pratiques commerciales « déloyales » pour avoir des excédents, tout comme les déficits de l’Amérique ne peuvent s’expliquer par la naïveté ou la complaisance, d’ailleurs assez imaginaire, des gouvernements passés. Sont excédentaires les pays qui épargnent trop par rapport à leurs dépenses privées ou publiques, de consommation ou d’investissement et qui dégagent ainsi un surplus exportable. Les pays déficitaires, comme les Etats-Unis, sont dans une situation exactement inverse : leur épargne ne suffit pas à couvrir l’investissement et le déficit public. Le protectionnisme ne règle donc rien puisqu’il ne s’attaque pas aux causes.

Le déficit américain est le résultat d’un modèle économique fondé sur l’endettement des ménages, des entreprises et de l’État. Il est rendu possible par le surplus d’épargne des pays excédentaires. Ces derniers, dont la Chine, achètent massivement les bons du Trésor américains d’autant plus facilement que les Etats-Unis s’endettent dans les dollars qu’ils créent. Puisque les Etats-Unis ne seront donc jamais l’Argentine ou la Grèce, ils trouvent toujours à se financer à des taux d’intérêt bas. Ce privilège, qui n’appartient qu’aux Etats-Unis, pousse au laxisme et peut-être que le Président Trump pourrait un jour y réfléchir… En attendant, si ces excédents devaient s’évanouir, qui financerait l’Amérique ? Et à quelles conditions ?Donald Trump devrait plutôt prier -ou tweeter- chaque matin pour que les pays qu’il dénonce aujourd’hui non seulement ne réduisent pas leurs excédents, mais au contraire, l’accroissent pour rendre possible le financement du déficit budgétaire abyssal qui se prépare ! Si tel n’était pas le cas, l’augmentation des taux d’intérêt américains provoquerait une crise financière qui pourrait faire oublier le désastre de 2008.

Rémi Bourgeot : Si l’on peut effectivement s’étonner de la forme que prend finalement la politique de protection douanière de Donald Trump, l’idée selon laquelle nous partirions d’un environnement commercial mondial équilibré est évidemment à écarter. On peut déplorer les mesures non ciblées et assez grossières de l’administration américaine, mais resterait encore à indiquer la voie d’un véritable rééquilibrage.

Le discours économique a eu tendance à nier tout caractère problématique des déséquilibres commerciaux mondiaux sous prétexte qu’un équilibre de marché organise ces flux. Avant la crise financière mondiale, de nombreux commentateurs estimaient même que le déficit commercial américain était compensé par les investissements de portefeuille entrant aux États-Unis non seulement du simple point de vue de la comptabilité nationale, mais même en termes d’innovation, d’innovation financière qui équivaudrait l’innovation technologique et industrielle.

Un certain nombre d’économistes comme Dani Rodrik à Harvard mènent cette réflexion de façon très perspicace depuis maintenant plusieurs décennies. Cependant le débat a plus généralement tendance à être abandonné aux populistes, dont la variante quelque peu loufoque que l’on retrouve dans certains pays, et qui peine à débattre, a tendance à empêcher l’analyse publique des sujets commerciaux et monétaires et à servir d’assurance tous risques au statu quo.

Sur le dossier particulier de l’acier, l’administration américaine était déjà intervenue de façon importante et ciblée sous l’impulsion de Barack Obama. Les mesures de Donald Trump ne pénalisent pas tant la Chine ni l’Allemagne qui ont une part de marché dans tous les cas assez faibles sur ce segment aux États-Unis. La chute des prix de l’acier chinois a néanmoins pesé sur l’ensemble des acteurs du secteur du fait de la diffusion de cette pression à la baisse à l’ensemble du monde. Les mesures en question pénalisent surtout les gros exportateurs d’acier vers les États-Unis, et notamment le Canada et le Mexique au sein de l’ALENA.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Deudeuche - 03/03/2018 - 11:26 - Signaler un abus Il est honnête avec son électorat

    Et ça gratte les « élitistes «  qui aboient au populisme. Pas grave, la caravane passe!

  • Par KOUTOUBIA56 - 03/03/2018 - 11:44 - Signaler un abus il fait effectivement ce qu

    il fait effectivement ce qu'il avait dit. pour autant est ce la bonne solution on peut en douter. Juncker annonce ce matin que l'europe va mettre des taxes sur les jean's les harley etc. juste réplique. les us doivent finir par comprendre que l'endettement et le dollar roi du monde cela prendra fin dans la décennie a venir. l'union européenne s'il était un peu plus unie un peu moins grande et non soumise a une politique qui doit etre unanime entre les 27 pays pourrait très largement montrer aussi ses muscles a Trump.

  • Par A M A - 03/03/2018 - 12:02 - Signaler un abus Selon les apparences, un

    Selon les apparences, un "protectionnisme" mondial et généralisé est en train de s'imposer autour des Américains. Contents ou pas, les autres suivront.

  • Par vangog - 03/03/2018 - 12:13 - Signaler un abus Donald a raison de faire financer le déficit américain

    par le monde, si le monde est assez irresponsable pour ne pas faire de protectionnisme économique, et pour préserver la suprématie du dollar. Car, cette guerre-là, les USA l'ont gagnée et bien gagnée...jamais les USA ne permettront au Yuan de leur faire de l'ombre, car ce serait livrer les USA pieds et mains liés à la Chine, comme Obama avait déjà commencé à le faire, avec l'entrée de la Chine dans l'OMC...

  • Par assougoudrel - 03/03/2018 - 12:42 - Signaler un abus Les jeans Lewis

    L'UE parle de taxer les jeans Lewis, sauf que ces derniers qui étaient fabriqués en Espagne et en Pologne ont été délocalisés et sont fabriqués dans des pays à bas coût. Donald avait averti les entreprises américaines délocalisées leur promettant une taxe de 35%. L'Europe a encore tout faut,comme d'habitude.

  • Par adroitetoutemaintenant - 03/03/2018 - 14:14 - Signaler un abus Trump en méthode gagnante

    1- Il fait plaisir au peuple qui l’a élu. 2- Il vient de gagner l’approbation des syndicats américains 3- Il favorise l’industrie américaine Il prépare sa réélection et il va la gagner ! Alors ce qu’en pense l’étranger….

  • Par gerint - 03/03/2018 - 19:59 - Signaler un abus Au moins avec Trump

    Le peuple se sent entendu et soutenu et cela peut je crois surpasser les inconvénients d’aileurs relatifs du protectionnisme déjà pratiqué dans d’autres secteurs plus ou moins subrepticement et pas seulement par les USA. (l’Allemagne par exemple).

  • Par ajm - 03/03/2018 - 23:06 - Signaler un abus Politique mercantiliste.

    Le vrai problème est la politique mercantiliste du tout export pratiquée par la Chine et l'Allemagne, chacune dans sa sphère géographique. Le rééquilibrage ne peut se faire que par la promotion de la demande interne dans ces pays qui commence péniblement à se faire ( augmentation de salaire. ).

  • Par Ajar - 04/03/2018 - 01:14 - Signaler un abus Protectionnisme made in USA

    L'Amérique a toujours pratiquée le protectionnisme vous semblez le découvrir .

  • Par lima59 - 04/03/2018 - 08:44 - Signaler un abus Normal

    Décision normale de D.Trump, pourquoi engranger des pertes énormes. Alors que la Chine et l'allemagne se goinfrent avec des excédents. Qu'ils ne partagent pas avec les autres pays Européens.

  • Par Ganesha - 04/03/2018 - 09:47 - Signaler un abus Ré-industrialisation

    Mr. Bourgeot hait les Souverainistes, et il aime le mot ''loufoque'' ! Dans un article précédent, il a écrit ''les Souverainistes sont tous des loufoques''. Mais, c'est surtout cet article qui est complètement minable : il nous raconte toutes sortes de carabistouilles, mais pas la réalité. Le raisonnement de Donald Trump, c'est que lorsqu'un produit prend une part trop importante dans les importations d'un pays, il faut essayer de le produire sur place. Cela s'appelle la ''ré-industrialisation''. C'est aussi le programme de Theresa May et de Marine Le Pen. Notre planète serait beaucoup plus apaisée si la plupart des pays parvenaient à garder la balance de leurs import-exports dans des limites ''raisonnables''. Mais mr. Bourgeot est salarié par un lobby qui milite en faveur de la mondialisation la plus déchaînée !

  • Par philippe de commynes - 04/03/2018 - 11:52 - Signaler un abus rapport entre titre et corps de l'article ?

    Le titre laisse croire que l'on va (un peu) critiquer trump mais surtout accabler l'ue et la chine, et en fait c'est l'inverse ... par souci de cohérence ne faudrait il pas laisser les contributeurs choisir eux mêmes les titres ?

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Jean-Marc Siroën

Jean-Marc Siroën est économiste. Il enseigne actuellement à l’université Paris Dauphine et est professeur au sein du département Master Sciences des Organisations. Il est spécialiste d’économie internationale. Il participe également au programme de recherche Nopoor, financé par l'Union européenne, sur les politiques de lutte contre la pauvreté. 

 

Voir la bio en entier

Rémi Bourgeot

Rémi Bourgeot est économiste, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste des marchés de capitaux. Il a poursuivi une double carrière de stratégiste de marché dans le secteur financier et d’expert économique sur la zone euro et les marchés émergents pour divers think tanks.

Sur la zone euro, ses études traitent des divergences économiques, de la BCE, du jeu politique européen, de l’Allemagne et des questions industrielles.

Parallèlement à ses travaux, il enseigne l’économie de l’Union européenne dans le cadre de l’IRIS-Sup. Il est diplômé de l’Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace (SupAéro) et de l’Ecole d’économie de Toulouse.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€