Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mercredi 28 Septembre 2016 | Créer un compte | Connexion
Extra

Prostitution étudiante : victime collatérale de la crise du logement

Conférence ce mercredi à Paris sur le thème de la prostitution des étudiantes et étudiants. Un phénomène qui tendrait à se développer, via Internet, à cause de la précarisation des jeunes.

Tabou

Publié le - Mis à jour le 21 Octobre 2011

Stupeur au pays de Jules Ferry et de la méritocratie républicaine : environ 50 000 étudiantes et étudiants, selon le syndicat Sud étudiant, se prostituent pour financer leurs études…Comment a-t-on pu en arriver là ? Pourquoi les pouvoirs publics ont-ils laissé faire ?

Bien-sûr, les partisans du « laisser faire-laisser aller » diront que ce phénomène est difficile à juguler car il touche à la vie privée des individus, à leur liberté de disposer de leur corps… Ils ajouteront également que ce phénomène d’escorting (nom anglais politiquement correct pour prostitution) est impossible à contrôler et à quantifier car il s’effectue sur le net.

Allons-nous longtemps continuer à croire ces discours fleuve qui ne font que masquer une crise importante de notre fonctionnement républicain ?

Au nom de la société de consommation et de l’information numérique, la France va-t-elle encore longtemps tolérer que ses étudiants se prostituent ?

Ça commence par un loyer impayé…

 « Ça commence par un puis deux impayés de loyer » (Marie étudiante à Paris), « on a peur de se retrouver sans toit, en plein hiver, alors on va sur Internet chercher des petits boulots. On essaye des boulots de nuit de serveuse. Et puis un jour, il y a un mec qui passe ou une ancienne serveuse qui vous explique l’escorting. Vous ouvrez de grands yeux écarquillés quand elle vous dit qu’elle peut se faire plus de 1500 euros par jour, en accompagnant des cadres en formation ou des maris volages au restaurant…Elle vous certifie que vous couchez que lorsque vous le voulez. Ce qui est vrai, vous choisissez votre client. En revanche, sauf à des rares exceptions, vous ne touchez l’argent qu’en couchant. Moi, je me suis regardé dans une glace, je me suis sentie belle et vide…j’ai passé des annonces sur internet et créé un blog pour me vendre 300 euros de l’heure. En une semaine je pouvais payer tous mes loyers de l’année…C’est là que l’enfer a commencé: j’étais devenue une pute. Je suis tombée malade ».

Il ne s’agit pas d’un épiphénomène… Chaque année, des centaines de jeunes femmes et parfois quelques hommes aussi, sautent le pas et tombent dans l’engrenage de la prostitution sur Internet pour des difficultés financières passagères, essentiellement liées à des problèmes de paiement de loyer. L'attractivité du gain (200 à 300 euros par heure) au regard du temps dépensé, fait de cette prostitution une activité compatible avec les horaires des cours et des TD. Internet facilite le passage à l’acte. Les grandes heures des macs à mocassins vernis semblent révolues…en tout cas pour ce type de prostitution.

A l'heure actuelle, la pratique étudiante se fait quasi-exclusivement via le net. Pourquoi ? L’anonymat, bien sûr. Sur Internet on peut converser puis sélectionner ses futurs clients. Une annonce étudiante, ce sont des milliers de visiteurs en quelques jours : pouvoir faire le tri sur Internet renforce un sentiment de sécurité. C’est aussi la liberté de poser ses conditions, financières bien sûr, mais également sexuelles (sodomie, éjaculation faciale, SM, partouze) en faisant varier les tarifs du simple au triple. « Internet permet d’effectuer un pré-tri de qualité… après on prend un café dans un lieu public, voire deux et puis après si tout est cool, on y va », nous explique Marie. Un risque a priori mesuré selon elle. Pourtant chaque année des centaines de prostituées se font agresser par leurs clients…environ 1 sur 10 porte plainte. Difficile d’imaginer que cette proportion augmente lorsqu’il s’agit d’étudiantes.

… Ça finit par une déconstruction psychologique totale

Bien sûr on trouvera toujours au cas par cas d’autres raisons qui ont poussé certaines étudiantes à franchir le pas : briser des cadres éducatifs familiaux trop rigides,  prendre une revanche sur les hommes (souvent après un échec sentimental...), mener une double vie, briser des interdits sexuels sous couvert de l’anonymat, ou encore retrouver confiance en soi en maîtrisant totalement le désir des autres…

Mais toutes ces raisons sont dérisoires au regard du moteur principal de cette prostitution qui est le manque d’argent de certains étudiants pour se nourrir et pour se loger. C’est là que les pouvoirs publics doivent réagir;

En effet outre le fait que la prostitution étudiante est inacceptable dans notre République, en arrière-plan, les coûts sociaux de celle-ci sont immenses : séjours psychiatriques, polyadditions lourdes, risques de VIH (certaines étudiantes acceptent de faire des fellations sans préservatif pour 300 euros en pensant qu’elles ne prennent aucun risque), et plus généralement incapacité à revenir durablement dans le tissu social classique et dans le monde de l’emploi.

Autrement dit, la non réaction de l’État face à ces étudiants qui se prostituent pour payer leur loyer coûtera à court terme des millions d’euros à la société en termes de prise en charge sanitaire et sociale…et malheureusement des centaines de morts par maladie ou par suicide.

Pour moi, le nerf de la guerre : c’est la politique du logement. Tant que l’État et les collectivités locales ne s’engageront pas plus dans le logement étudiant, la prostitution de nos jeunes bachelières continuera…

 

 

 

L'association "Future au féminin" lancera un appel aux pouvoirs publics mercredi à 18H30, à l’Hôpital Saint-Antoine de Paris, au cours d’une conférence-débat intitulée : « Étudiante et prostituée : état d’urgence ».

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par juancarlos - 19/10/2011 - 09:51 - Signaler un abus misere etudiante

    les etudiants les plus pauvres tombent parfois dans une misere sans nom. j'en ai vu loger au camping toute l'année, parfois a peine 1 repas par jour, personne ne sait.

  • Par lorrain - 19/10/2011 - 09:52 - Signaler un abus cité U

    depuis combien de temps n'y a-t-il pas eu de cité U construite, par aucun gouvernement d'ailleurs, quelque soit sa couleur, les droits d' inscription explosent,mais les prestations offertes en échange rétrecissent cmomme peau de chagrin, on est en train de privatiser l' éducation de façon indirecte en rendant celle-ci trop chère du fait du logement , des transports etc etc

  • Par Florent Deliesle - 19/10/2011 - 10:23 - Signaler un abus Administration coupable par sa lenteur

    Aîné d'une famille de neuf enfants, je n'ai pu constituer mon dossier de bourse que début août. Près de trois mois plus tard je n'ai reçu aucune notification. Selon la simulation je dois toucher une bourse échelon 1. Cela fait depuis deux mois que je mon compte est régulièrement à découvert pour des dépenses modiques alors que je devrais avoir reçu 300 € de bourse.

  • Par Florent Deliesle - 19/10/2011 - 10:26 - Signaler un abus Administration coupable par sa lenteur

    Et pourle logement étudiant c'est pareil. L'aide au logement rembourse la quasi-totalité de mon loyer. Seulement, je ne recevrai les aides qu'en Janvier! Mes parents m'avancent ma bourse et me payent mon loyer parce qu'ils en ont les moyens. Mais comment font ceux dont les parents vivent du rsa. Pour avancer 600 € de loyer 300€ de bourse (quasiment un SMIC) à cause de la lenteur administrative?

  • Par ISABLEUE - 19/10/2011 - 10:54 - Signaler un abus Un étudiant a entre 18 et 25 ans,

    les parents ont l'OBLIGATION de pourvoir à leurs besoins jusqu'à cet âge. QUand je lis que c'est encore de la faute à l'administration, non , en partie seulement. Il ne faut pas oublier que la Région Parisienne est chère, mais il faut aller vivre en banlieue avec les joies de la SNCF et j'en passe.... Les parents ont fait des enfants, il faut assumer.

  • Par texarkana - 19/10/2011 - 11:15 - Signaler un abus c'est une urban legend

    A ¨Paris, ily a des Chinoises ou des Roumaines, l'étudiante française, si elle se prostitue, le fait comme call girl à 1000 € la passe, on n'st plus dans la survie, là.

  • Par littlevache - 19/10/2011 - 11:27 - Signaler un abus Le maronier de l'automne

    Chaque année, le sujet revient sur le devant de la scène médiatique. Cependant, le sujet n'est jamais réellement traité, sauf en mode légende urbaine. Les professionnels, services sociaux, d'assistance aux prostituées, etc ne confirment pas le phénomène. Certes le sujet choque et indigne chez Future, au féminin, mais il serait préférable de dénicher des personnes concernées pour avancer.

  • Par Lib - 19/10/2011 - 11:56 - Signaler un abus Misérabilisme à la française

    D'abord un chiffre absurde et contredit dans l'article (qq centaines par an, il faut qq siècles pour arriver à 50000) Ensuite un couplet à la Zola bien pleurnichard. Enfin le classique appel aux fonds publics. Les bénéficiaires de ce lobbying sont ici les étudiants, qui à 99,99% ne se prostituent pas, bénéficient d'études gratuites, n'ont personne à charge et sont souvent aidés par leurs parents

  • Par iznogoud - 19/10/2011 - 12:11 - Signaler un abus Réalisme.....

    .... Vous avez cherché sur Internet ? Non ? Eh bien moi oui, j'ai été tellement abasourdi que j'en suis devenu curieux. Non pas pour "consommer" (beurk !), mais pour savoir. Devinez ? Il m'a été IMPOSSIBLE de trouver une étudiante se prostituant sur Internet. Des filles en provenance des pays de l'est à la pelle, ça oui.... mais des étudiantes "d'ici" : NON. Alors ils sortent d'où ces chiffres ???

  • Par Florent Deliesle - 19/10/2011 - 13:41 - Signaler un abus @ ISABLEUE

    Si vous m'aviez lu entièrement avant ce critiquer, vous auriez remarqué que j'explique que dans mon cas, mes parents me versent des avances sur ma bourse. Cependant il existe des personnes qui sont au même échelon de bourse que moi avec des parents au RSA. alors dites-moi comment font ces parents pour avancer 300 € de vourse et 600 € de loyer pour un logement à 200 € par mois.

  • Par cappucino - 19/10/2011 - 13:58 - Signaler un abus Bizarre; vous avez des chiffres?

    Vous attirez l'attention, soit sur le logement étudiant ou sur la prostitution des jeunes? Pas la peine de faire un article spécifique. Le sujet a déjà été traité au travers de la colocation "sexuelle". Ce type de prostitution existe au japon au US et dans beaucoup de pays et n'est pas lié collatéralement aux logements mais au "manque d'argent"; et pas forcément la pauvreté.

  • Par ISABLEUE - 19/10/2011 - 14:47 - Signaler un abus Désolée Florent Deliesle, en effet.

    les avances sur bourse.. il faudrait aussi penser à ceux qui n'en ont pas;....

  • Par ISABLEUE - 19/10/2011 - 14:49 - Signaler un abus En fait,

    tout le monde veut être sponsorisé par l'Etat du berceau (allocs en tout genre) ecoles gratuites et même logement gratuit..... Grosse fatigue....

  • Par juancarlos - 19/10/2011 - 16:51 - Signaler un abus @ISABLEUE

    on vous a demandé de l'argent a vous? a vous lire il faudrait etre sur de ne jamais avoir de coup dur et avoir une bonne situation jusqu'au 25 ans de l'enfant, ca n'a aucun sens. vous cherchez a vous mettre en valeur par rapport aux "assistés" c'est pueril, si vous souffrez d'un manque de reconnaissance dans votre vie parlez en a un psy au lieu de cracher sur vos concitoyens.

  • Par Carcajou - 19/10/2011 - 18:13 - Signaler un abus Larmes aux yeux

    Après s'être prostituée une semaine pour 1500 € (soit 5 heures de "travail" avec rapport sexuel), l'étudiante citée se rend compte que de "belle et vide dans une glace", elle est devenue une pute. Pourquoi, pourquoi ne suis-je pas convaincu par ce témoignage émouvant? Me parait-il surfait? Ah! si j'étais resté un ingénu, j'aurais les larmes aux yeux, au lieu de douter de cette tranche de vie.

  • Par jakm - 20/10/2011 - 08:23 - Signaler un abus n'importe quoi

    Il y a 40 ans, quand nous passions rue de Rennes, des jeunes filles étudiantes, très classiquement habillées et bien élevées, nous proposaient déjà leurs charmes. Il y a 50 ans, quand nous étions étudiants, nous travaillions en gardant des enfants, en portant des paquets etc.. Actuellement encore, gardes d'enfants, cours particuliers, livraison de pizzas, services en cafés, cinémas etc...

  • Par jakm - 20/10/2011 - 08:27 - Signaler un abus n'importe quoi, suite

    Evidemment certains ont des besoins luxueux et choisissent l'argent facile, pourquoi pas ? D'autres se contentent de leur bourse en complétant par un léger travail, d'autres encore s'inscrivent dans une formation en alternance pour avoir un salaire : ce n'est pas forcément leur choix premier mais cela permet ensuite de poursuivre.

  • Par ISABLEUE - 20/10/2011 - 09:40 - Signaler un abus Juancarlos

    l'argent des allocs en tout genre sort d'où à votre avis ? sous les sabots d'un cheval peut être ?? Je ne souffre de rien j'en ai marre d'entendre des pleureuses.. l'état ne peut pas tout, bougez vous

  • Par brennec - 20/10/2011 - 10:07 - Signaler un abus etatisme invétéré

    Coté logement ça ne va pas s'arranger vu qu'on décourage les investisseurs. Si je comprends bien l'article, au lieu d'accepter de l'argent de vilains messieurs (la prostitution ne va que dans un sens) dont les arrières pensées sont innommables, ces étudiants feraient mieux d'accepter l'argent de l'état dont les arrières pensées sont parfaitement honorables.

  • Par Achille Supertramp - 20/10/2011 - 10:20 - Signaler un abus @ ISABLEUE

    VOUS AVEZ RAISON ! Seul les riches devraient pouvoir faire des enfants ou les envoyé faire des études ! Comme ça plus de problème :) ( Ah ah ... ah)

  • Par ISABLEUE - 20/10/2011 - 13:05 - Signaler un abus Riches ??

    Qu'est-ce que pour vous être "riche". Mon père était ouvrier et ses trois enfants ont fait des études

  • Par porticcio - 20/10/2011 - 14:09 - Signaler un abus En résumé

    Vu leurs bourses, certaines doivent en chercher d'autres ailleurs, hélas !

  • Par Outre-Vosges - 20/10/2011 - 17:04 - Signaler un abus Que de choses j'apprends sur le tard

    «Il y a 40 ans, écrit @n'importe quoi, quand nous passions rue de Rennes, des jeunes filles étudiantes, très classiquement habillées et bien élevées, nous proposaient déjà leurs charmes.» Rue de Rennes? Diable! mais c'est l'Institut catholique qui s'y trouve. S'agissait-il d'étudiantes en théologie qui avaient planché sur l'épectase de l'apôtre? Et on leur aurait donné le Bon Dieu sans confession.

  • Par bobocleaner - 20/10/2011 - 18:16 - Signaler un abus en dehors la réalité et de l'étendue du phénoméne

    et de son extension supposée ce genre de choix éditorial parait lui franchement racoleur . Il me semble qu'on peut aborder le problème du financement des études supérieures par des angles moins tapi eu tapageurs . C'est comme la pseudo polémique sur les maison closes,d autres schémas régressifs. c'est notre société toute entiére qui tourne à la prostitution normalisée . Mais cela vient du sommet

  • Par 12Emma3 - 20/10/2011 - 21:50 - Signaler un abus Aux Etats-Unis aussi

    J'ai lu plusieurs article sur ce sujet dans la presse americaine. Effectivement, certaines etudiantes se trouvent un "sugar daddy", donc se prostituent. Je n'ai pas idee du nombre. Mais les etudes la-bas sont infiniment plus cheres. De toute facon, ca commence par un besoin d'argent, mais apres ca derape souvent.

  • Par Robert Marchenoir - 21/10/2011 - 03:45 - Signaler un abus Il pleut, c'est la faute du gouvernement

    Je ne comprends pas. Si certaines femmes choisissent de se prostituer, en quoi est-ce la faute du gouvernement ? A la rigueur, on pourrait se plaindre que le gouvernement ne fourre pas ces "étudiantes" en prison, afin de les punir de leurs moeurs dissolues. Mais en dehors de ça ? Note : faire des études à l'université n'est pas un droit de l'homme.

  • Par Demystificateur - 21/10/2011 - 08:12 - Signaler un abus Les étudiantes victimes collatérales de la crise

    du logement !! On n'a jamais rien écrit de plus con...sur les étudiantes ! Celles qui se prostituent ont choisi le moyen le plus facile de gagner de l'argent c'est tout ! Heureusement la grande majorité des étudiantes travaillent ont un job et ne sombrent pas dans la facilité en devenant pute !!

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Lydia Guirous

Lydia Guirous est fondatrice et présidente de l'association féministe Future, au Féminin. Elle est l'auteur de #Je suis Marianne (Grasset) et de Allah est grand la République aussi (JC Lattès). Elle a été porte-parole du parti Les Républicains et est membre du bureau politique.

Voir la bio en entier

En savoir plus
Je m'abonne
à partir de 4,90€